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Lettre au Président de la Tunisie

par Mustapha Kharmoudi (écrivain)

Publie le samedi 16 février 2013 par Mustapha Kharmoudi (écrivain) - Open-Publishing
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Lettre au Président de la Tunisie

Et si c’était ce leader islamiste qui aurait été assassiné, nul doute qu’on verrait une large chasse aux sorcières.
Que feriez-vous alors ?

Monsieur le Président,
Cher ami avec qui j’avais milité par le passé pour un monde arabe prospère et démocrate. Vous souvenez-vous de nos réunions, de nos analyses et de nos espoirs ? Certainement, je n’en doute point.
Vous souvenez-vous que j’avais traduit en français une partie de votre pamphlet "la seconde indépendance" ?

C’est au nom de cette amitié que je vous écris.
Depuis que vous présidez aux destinées de votre charmant et valeureux peuple, je n’ai jamais douté de votre honnêteté et de votre abnégation. Je vous sais mû seulement par l’intérêt général de votre pays. Intérêt général qui vous met parfois à mal vis à vis de vos propres camarades, qui vous met sans doute aussi à mal vis à vis de vous-même ?
Il arrive fréquemment que des amis m’interpellent à propos de votre soi-disant impuissance face à Ennahda, parfois ce sont nos amis communs, du moins les amis de notre passé commun, rude, un peu cavalier. Mais surtout passé courageux, car il est qui avait payé leur "humanisme" de leur vie ou du moins de leurs carrières et de leurs vies de famille (Je sais que quelques noms doivent à l’instant vous nouer quelque peu la gorge)...
Et à chaque fois qu’on me harcèle vous concernant, je réponds toujours de la même façon : "ilmaginez que le Président Merzouki démissionne !"
Hé bonnes gens, que se passerait-il ?
Vous l’avez compris, je vous soutient de toutes mes forces, bien que n’étant qu’un ami de la Tunisie mais dont je me sens à la longue un peu citoyen tout de même...

Mais maintenant, c’est à vous que je souhaite m’adresser, sans précaution langagière mais avec tout le respect qui est dû d’abord à votre passé militant avant de l’être pour cause de (trop) lourde charge que vous portez sur le dos (et que rappelle sans cesse ce burnous que vous portez (un peu gauchement) sur les épaules...

Cher mai,
Des islamistes viennent d’assassiner le Grand Chokri Belaïd, un vrai démocrate, certes indéfectible mais on peut sans risque de se tromper inscrire sa radicalité (dans le strict cadre de la démocratie, dois-je le rappeler) dans ce qu’appelle la dérive islamiste qui guette la Tunisie et le monde arabe.

Alors, je vous en conjure, réfléchissez-y : que se serait-il passé si on avait assassiné, par exemple, le leader islamiste Rachid Ghannouchi ?
Que se passerait-il si son assassin était un sympathisant de quelque parti démocrate si ce n’est de gauche ?
Que ne seraient-ils déchaînés sur les militants démocrates avec toute la rage et la haine que vous leur connaissiez ?

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