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Norbert Gilmez : "Ne jamais désespérer de la justice, mais savoir se battre"

par Yves Housson

Publie le samedi 2 mars 2013 par Yves Housson - Open-Publishing
14 commentaires

Il est l’un des rares survivants parmi les milliers de mineurs condamnés en 1948 pour fait de grève. Grâce à la proposition de loi communiste adoptée mercredi au Sénat, il sera amnistié et devrait obtenir réparation. Résultat du combat de toute une vie.

« Les mineurs condamnés à l’occasion des grèves de 1948 et 1952 sont amnistiés. Un décret en Conseil d’État définit les conditions d’application du présent article. » C’est l’article 1er A de la proposition de loi sur l’amnistie sociale, déposée par les sénateurs communistes et votée, mercredi, par la majorité de la Haute Assemblée. Deux petites lignes qui valent leur pesant d’or pour Norbert Gilmez, puisqu’elles couronnent soixante-quatre ans de combat contre l’injustice. Norbert, quatre-vingt-onze ans, est l’un des derniers anciens mineurs encore en vie ayant pris part à l’un des épisodes les plus violents de l’histoire de la répression anti-ouvrière  : les grandes grèves des mineurs de 1948 et 1952. Après avoir payé un lourd tribut à la résistance au nazisme et avoir répondu, après la Libération, à l’appel à «  retrousser ses manches  » pour relever le pays exsangue, les gueules noires affrontent le gouvernement, qui tente de remettre en cause des garanties sociales, compensatrices de leurs dures conditions de travail, en particulier un salaire minimum. La répression, organisée par le ministre de l’Intérieur socialiste Jules Moch, sera terrible  : la troupe est envoyée, avec des blindés, les brutalités policières font six morts  ; deux mille condamnations à des peines de prison sont prononcées. Et trois mille mineurs sont licenciés, sans indemnités, chassés de leur logement, privés du même coup de Sécurité sociale. De surcroît, les Houillères s’emploient à leur barrer la route de l’emploi dans les autres entreprises. Norbert Gilmez, qui sera licencié le 5 décembre 1948 avant d’écoper d’une peine de prison, le dit aujourd’hui et le répète  : « Nous avons été victimes de terrorisme d’État.  » En 1981, la gauche arrivée au pouvoir donne un espoir en promulguant une loi d’amnistie couvrant notamment les grévistes de 1948. Mais elle ne s’accompagne pas, pour eux, de réparation des préjudices subis. D’où «  l’indignation  » de Norbert et de ses camarades quand ils apprennent, en novembre 1982, que «  les généraux factieux ayant pris les armes contre la France en Algérie étaient, eux, réhabilités et rétablis dans tous leurs droits, pension avec reconstitution de carrière  ». Une discrimination d’autant plus révoltante que Norbert n’oublie pas ses camarades qui, «  par dizaines  », sanction supplémentaire à la suite des événements de 1948, ont été dégradés militairement, alors qu’«  ils avaient un grade souvent issu des FTP  ».

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Norbert Gilmez ne lâche rien. Début 2011, il témoigne encore devant le tribunal de Versailles. La cour d’appel condamne alors les Charbonnages de France à verser à 17 mineurs ou à leur famille une somme de 30 000 euros en guise de réparation pour avoir été victimes de «  licenciements discriminatoires  ». «  Le licenciement était triplement illicite, souligne Norbert Gilmez, le droit de grève était garanti par la Constitution, garanti par le statut du mineur, et le licenciement ne pouvait être prononcé que par une commission paritaire qui n’a jamais été réunie.  » Mais la haine de classe a la vie dure. Les Charbonnages se pourvoient en cassation. Et ils obtiennent gain de cause, en octobre dernier  : la condamnation est annulée. Depuis, le ministère de l’Économie a fait savoir, bon prince, qu’il a «  donné instruction  » pour ne pas réclamer l’argent versé aux 17 familles. Ces derniers temps, Norbert avait donc repris le flambeau du combat de sa vie. Il vient ainsi, dit-il, d’écrire à Mme Taubira (ministre de la Justice– NDLR) pour «  lui donner tous les éléments de ce qui s’est passé en 1948  ».

Le vote, mercredi, d’une nouvelle loi d’amnistie, et l’annonce d’un décret d’application rouvrent, semble-t-il, la perspective d’une réparation complète. «  Moi, sans ça, j’aurais eu une vie matérielle au moins trois fois supérieure à celle que j’ai eue  », fait valoir Norbert. «  Il faudrait qu’on se dépêche, avertit-il. On était encore 300 lors de la loi d’amnistie de 1981, on est 25, peut-être 30 maintenant. Ça ne coûtera pas cher à l’État…  » D’après ses calculs, «  ça ferait un petit 10 millions d’euros pour l’ensemble de ceux qui restent. À côté des 45 millions accordés à Bernard Tapie pour préjudice moral  »… Aucune somme, pourtant, n’effacera l’indignité subie. «  Il y a eu tellement de brutalités. Ma femme est restée complètement traumatisée, jusqu’à maintenant », confie l’ancienne gueule noire. «  On a été classés “mauvais Français”, déshonorés. On a passé toute notre vie dans le déshonneur.  »

Dans un courrier adressé récemment à l’Humanité, Norbert, «  au PCF depuis 1944  », plaidait  : «  Il est grand temps pour le gouvernement de gauche de réhabiliter (les grévistes de 1948), de leur rendre justice par l’application de la loi aux survivants de cette corporation qui a toujours fait passer l’intérêt national avant tout, au prix des plus grands sacrifices, au prix du sang.  » Lui qui a «  toujours été contre l’injustice, viscéralement  », tire cette leçon du combat d’une vie  : «  Ne jamais désespérer de la justice, mais savoir se battre, être persévérant, obstiné.  »

http://www.humanite.fr/social-eco/norbert-gilmez-ne-jamais-desesperer-de-la-justice-516523

Messages

  • Tout d’abord , je voudrais ici saluer et remercier Norbert Gilmez et tous ses camarades , vivants comme morts !

    Sans vouloir offenser la mémoire , une fois de plus dans ce pays , certains s’enorgueillisent à se faire passer pour LES GRANDS JUSTICIERS des "causes de l’humanité" bafouées et humiliées !

    65 ans pour permettre à quelques "élus" aux prétentions COMMUNISTES , de balancer quelques miettes sous la table pour satisfaire LA FAIM de JUSTICE légitimement réclamée par Norbert Gilmez et ces Camarades et anciens Résistants .

    Ce n’est pas une faveur Norbert , c’est seulement du MEPRIS ; et toi et tes copains , vous méritiez pourtant BEAUCOUP PLUS que cette dernière INSULTE !

    De ces quelques vulgaires miettes qu’ils transforment pour leurs besoins personnels et égoïstes ... en énorme gâteau en forme de belle pièce montée comme pour les mariages (ou communion) avec en haut de celle-ci , les lettres devenues félonnes de l’alphabet français : PCF !

    Merci Gilbert ! Quant aux traîtres qui usurpent et salissent le mot COMMUNISME , je vous plains sincèrement pour votre avenir . J’AI HONTE POUR VOUS !

    • Je comprends votre indignation, l’Humanité de Monsieur Le Hyaric espère créer ou renforcer chez ses lecteurs l’illusion, que le pouvoir PS est à "gauche". PS ou Droite, les gouvernements n’ont cessé depuis 1983 de casser de concert tous nos acquis sociaux en nous privant de nos moyens de lutte, comme l’interdiction de faire grève au dessous de 24 heures pour les fonctionnaires, au mépris de la promesse jamais tenue faite par le PS d’abroger cette loi de Droite adoptée par la Gauche au Pouvoir en 1981.
      Cette aumône qui va peut-être s’avérer de la "roupie de sansonnet "quand l’Assemblée y passera dessus, ce que je n’espère pas, illustre le drame du rôle de plus en plus pâlissant d’un PCF soumis et dépendant : 65 ans d’attente pour nos valeureux Camarades et encore rien n’est sûr c’est en effet dramatique.

  • La justice à un vitesse hyper -helvétique (-1947 à 2013-),ce n’est quand même pas une victoire des Droits de l’Homme ,juste un sursaut démago d’une gauche se sentant de moins en moins soutenue par un Peuple de plus en plus en difficultés matérielles,morales,financière grâce à un Néolibéralisme très conservateur fort mal cadré par le pouvoir !

  • Amnistie n’est pas justice, juste un pis aller, un faute de mieux. je trouve aussi regrettable cette action, alors qu’il fallait lutter pour obtenir la JUSTICE à laquelle ils avaient droit.
    Et les députés de droite comme du PS vont en profiter pour se faire amnistier toutes leurs saloperies et dieu sait s’il y en a en attente, autant au PS qu’à l’UMP. Je me demande d’ailleurs si cela n’a pas été fait pour ça, mais bon c’est mon coté paranoïaque, j’en rajouterai pas

  • Je m’étonne qu’on n’ait pas encore dit ici que la fameuse loi d’amnistie a été vidée de son objectif et L’Humanité n’a pas fait son boulot à ce sujet Les faucheurs d’OGM (honte aux ministres écolos incapables de les intégrer dans la loi d’amnistie ) ne seront pas de l’amnistie .L’Huma les cite à titre d’exemple entre parenthèses ! ET les Désobeissants ,les miltants de réseau d ’éducation sans frontières ,le antipub , ceux qui se battent contre les Llignes HT ,les miltants BDS pour la cause Palestinienne etc , l’Huma les oubliés ..Et en parlera Lundi j’espère ! Quant à l’amnistie elle vaut pour hier et non pas pour aujourd’hui ou demain qu’on se le dise ,le pouvoir dit socialiste l’a rappelé . lLa page consacrée à Norbert Gilmez (et il n’est pas sûr que la trentaine de mineurs survivants obtiennent réellement justice ) ne doit pas occulter que cette amnistie est une amnistie à minima et au rabais bien dans le style qu’on peut attendre du pouvoir actuel

  • Il va falloir entrer en résistance, mais dans la clandestinité. La répression va amener à cela. L’ennemi est bien plus sournois que pendant la dernière guerre. On ne fusille plus, on pousse au désespoir et au suicide. Mais attention la clandestinité à l’heure actuelle est très difficile. Ils le savent que ça va mal finir et ont mis les moyens.

    • Je pense que le mot clandestinité est seulement en parfaite harmonie à résistance ... lorsque d’aucuns tentent insidieusement de nous faire réitérer les mêmes erreurs que par la passé .

      Que sont devenus tous ces résistants communistes contre le gouvernement de Vichy et contre la nazisme ? Pour le plus grand nombre... des HEROS morts !

      Quels furent les remerciements et la reconnaissance de la France à l’égard de tous ces courageux résistants communistes rentrés dans la clandestinité ? Se reporter à l’article de Yves Housson sur : "Amnistie sociale-Tout le monde n’a pas la chance de lire l’Humanité" .

      N’oublions jamais que pour les oligarchies prédatrices qui nous gouvernent , un communiste ne peut être ... qu’un HEROS MORT !

      La pire des stratégies serait de malheureusement retomber dans la clandestinité et l’anonymat . Anonymat ayant déjà fortement tendance à s’insinuer dans les différents sites et messages .

      Etre COMMUNISTE est LEGITIME et JUSTE , et ne souffre aucune dissimulation ! Le NOMBRE de militants , de sympathisants et de Gouvernements adhérents à la cause COMMUNISTE INTERNATIONALE feront ensuite l’ESSENTIEL avec les mots indispensables : transparence et vérité !

      L’adversité a les moyens ! NOUS AVONS LE NOMBRE !
      Ils ont beaucoup à perdre ! D’ici peu NOUS N’AURONS PLUS RIEN A PERDRE !

    • Bonjour,
      Si je rentre en résistance, ce ne sera pour être un héros. J’ai donné. Viré en 1995. Correctionnel en 2006 pour avoir osé défendre le service public EDF-GDF ( on voit le résultat de la privatisation) et j’en passe. Alors nigaud plus jamais. Ils ont le système répressif, nous effectivement on a le nombre, mais il se passe quoi ? Le système capitaliste est orchestré et bien organisé.
      Si on fait des actions dans les règles de l’art, ils nous mettent à mort. Imaginez ce que ces mineurs dans leurs droits ont pu vivre. C’est débile. On a les moyens de les mettre à genoux, mais pour ça il faut être nombreux. On fait quoi on fait sauter les relais télés pour que le Français ne regardent plus TF1 et pou(judas) ? Eh oui les communistes sont des héros morts dans l’anonymat. Mais quelque part, ils seraient portés aux nues par le système capitaliste ça m’intriguerai.

  • ATTENTION. la loi n’est pas voté par les députés.le combat commence a l’assemblée nationale.une mauvaise surprise n’est pas impossible !

  • C’est un autre nonagénaire, qui a passé sa vie à résister, à se battre contre l’injustice. En 1948, Norbert Gilmez était employé administratif aux Charbonnages de France. Eclate la grande grève des mineurs, parce qu’une circulaire a supprimé le salaire minimal des mineurs. Orchestrée par le PC, la solidarité nationale s’organise. Gilmez collecte les vêtements, les chaussures, au bénéfice des familles de mineurs en grève. A la fin de la grève, il est licencié, avec 3000 grévistes. Alors logé par les Charbonnages, Gilmez est aussi expulsé avec sa famille. Depuis lors, avec 15 de ses camarades, il demande réparation pour licenciement abusif.

    On passe les péripéties judiciaires. En 2011, la Cour d’appel reconnait le caractère abusif du licenciement, condamnant les Charbonnages de France à payer 30 000 euros à Norbert Gilmez (encore dans la fleur de l’âge, avec ses 89 printemps) et ses camarades. Alors ministre des finances, Christine Lagarde se pourvoit en cassation. En 2012, l’arrêt de la Cour d’appel est cassé. Gilmez ne sera pas indemnisé. Si longtemps après, on sent encore percer, dans sa voix, une indignation intacte. « Nous avons été victimes de terrorisme d’État. Il n’y avait pas de délit. On a résisté au terrorisme comme on doit résister à tous les terrorismes » déclare Gilmez à La Voix du Nord, un des rares médias à recueillir son témoignage à ce moment.

    Norbert Gilmez ne fait pas, n’a jamais fait, ne fera sans doute jamais la Une d’un journal. Même pas aujourd’hui, au lendemain d’une journée où il vient pourtant de remporter une grande victoire : les sept mineurs encore sous le coup de condamnations après les grèves de 1948 et 1952 ont été inclus dans la loi d’amnistie sociale, votée mercredi par le Sénat, comme le signalent en quelques lignes les quelques comptes rendus de presse qui s’intéressent au sujet. Condamnations ? Oui, car plusieurs de ces licenciés, anciens résistants, prisonniers de guerre, ou titulaires d’un grade dans l’armée, ont été dégradés lors de leur licenciement, et réclament la reconstitution de leur carrière. Les mineurs peuvent s’estimer heureux. A la demande des socialistes, les antipub, les militants de RESF, ou les faucheurs d’OGM condamnés ont été, eux, exclus du champ de cette loi d’amnistie. Ils ne devraient pourtant pas désespérer. Un calcul élémentaire leur permet d’entrevoir une possibilité d’amnistie dans 65 ans, soit en 2078.

    chronique le 28/02/2013 par Daniel Schneidermann

    http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=5653

  • Amnistie : une première victoire qui en appelle d’autres (Pierre Laurent)

    Une première marche a été franchie et elle est un signe d’espoir pour de très nombreux militants qui attendaient ce vote. La proposition de loi du Front de gauche visant à amnistier les faits commis lors de mouvements sociaux et revendicatifs a été adoptée hier à l’issue de son examen en séance publique. C’est une première victoire pour les luttes sociales et associatives. Cette amnistie arrachée au Medef qui hurle déjà à la mort, est un point d’appui pour gagner, toujours en lien aux militants syndicalistes et associatifs, un élargissement de la loi dans les prochaines semaines.

    Enfin, après des années de criminalisation de l’action syndicale, des personnes qui n’ont fait que se battre pour le respect de leur droit pourront reconquérir cette dignité largement piétinée. Après le vote pour le mariage pour tous, c’est une nouvelle démonstration : Quand la gauche travaille et se rassemble sur des valeurs, avec la justice sociale comme boussole, elle peut faire de belles choses.

    La bataille est loin d’être finie. Elle doit se prolonger à l’Assemblée nationale où cette fois aucune personne ne doit être écartée de cette amnistie, qu’elle soit militante écologiste ou associative. Cette bataille à l’issue positive peut être, par effet d’entrainement, une victoire qui en appelle d’autres. Plus que jamais l’heure est à la mobilisation.

    Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

  • HOLLANDE copie tout sur SARKOZY y compris la non-amnistie des militants syndicaux, politiques et associatifs.

    Comme il a renié TOUTES SES PROMESSES DE CAMPAGNE (rappelons-nous "mon ennemi n’a pas de visage, n’a pas de nom, mon ennemi c’est la finance !) On a vu la suite ......?, suit la même politique que son prédécesseur ! :
    La police partout contre les salariés, à Notre Dame des Landes ,lors des manifestations et rassemblement (Lyon le 3 décembre contre les NOTAV)
    les expulsions massives (VALLS "a battu GUEANT en "chiffres en 2012 !),
    et contiinue les cadeaux financiers au Patronat et aux multinationales
    (Arcelor MITTAL ....)
    .
    Il renie les Droits de l’Homme avec POUTINE, (2 visites en 2 mois) pendant que le Dictateur russe envoie des avions de combat à la Syrie .....

    L’article de Norbert GILMEZ EST PLUS QU4INT2RESSANT ; 1948 est mon année de naissance.
    Je me souviens de l’amnistie de MITTERRAND en 1981 et la réhabilitation de
    collègues cheminots entrant dans mon établissement de CHAMBERY (Savoie)

    Je travaille sur le dossier de "la CRIMINALISATION DU MOUVEMENT SOCIAL ET SYNDICAL" depuis septembre 2010 et les actions pour la défense des retraites.
    J’ai réalisé 4 volumes (380 pages) qui sont disponibles à celles et ceux qui le souhaitent.
    Mon n° de tél : 06 95 98 99 61
    Je suis en Savoie à St Alban Leysse Gérard ETELLIN