Accueil > "Que sont les revendications socialistes ?"

"Que sont les revendications socialistes ?"

par Cornelius CASTORIADIS

Publie le mercredi 6 mars 2013 par Cornelius CASTORIADIS - Open-Publishing
3 commentaires

"Quelle devrait être l’attitude de l’organisation à l’égard des luttes de classe quotidiennes ? Quelles devraient être les revendications qu’elle appuie, aussi bien "immédiates" que "transitoires" ?

Les organisations traditionnelles, qu’elles fussent réformistes ou "marxistes", voyaient dans ces luttes essentiellement un moyen pour amener la classe sous le contrôle et la direction du parti. (...) Souvent, les grèves ont été menées à l’échec parce que toute l’éducation, toute la mentalité des membres des partis leur fait voir, sans qu’ils en soient nécessairement conscients, comme leur objectif premier leur propre contrôle du mouvement, et non le développement propre de celui-ci. De telles organisations considèrent les luttes dans les syndicats comme, essentiellement, une lutte pour le contrôle de l’appareil syndical.

L’idéologie et l’attitude réactionnaires de ces organisations se reflètent dans les revendications qu’elles soutiennent. Et cela de deux manières. D’abord en ne parlant que d’augmentations de salaires, de lutte contre les récessions et le chômage, ou de nationalisations, elles concentrent l’attention des travailleurs sur des réformes qui non seulement son parfaitement effectuables sous le capitalisme, mais sont, de plus en plus, effectuées par le capitalisme lui-même. Ces réformes sont en fait l’expression même de la transformation bureaucratique qui est en cours dans la société contemporaine. Prises en elles-mêmes, ces revendications tendent simplement à rationaliser la structure sociale existante. Elles coïncident parfaitement avec le programme de l’aile "progressiste" ou "de gauche" des classes dominantes.(...)

Pour l’organisation révolutionnaire, il n’ y a qu’un seul critère, simple, qui détermine son attitude devant les luttes quotidiennes des ouvriers. Est-ce que cette forme particulière de lutte, cette forme particulière d’organisation, accroît ou diminue, la participation des ouvriers, leur conscience, leur capacité de gérer leurs propres affaires, leur confiance en eux-mêmes (tous ces facteurs étant au surplus les seuls pouvant assurer qu’une lutte sera vigoureuse et efficace même du point de vue le plus immédiat et le plus limité) ?

(...)La source de l’oppression de la classe ouvrière se trouve dans la production même. Le socialisme a affaire avec la transformation de ces rapports de production. Par conséquent, les revendications immédiates relatives aux conditions de travail, et, plus généralement, à la vie en usine doivent acquérir une place centrale, au moins aussi importante et peut être encore plus importante que les revendications de salaire.(...)

L’exploitation se traduit de plus en plus par la structure hiérarchique des travaux et des revenus, et par l’atomisation introduite dans le prolétariat moyennant les différenciations de salaire. Nous devons dénoncer sans répit les conceptions hiérarchiques du travail et de l’organisation sociale.(...) Ce faisant, nous aidons le développement, à long terme, du sentiment de solidarité entre les travailleurs, nous dévoilons la bureaucratie, nous attaquons directement la philosophie et les les valeurs du capitalisme. Nous construisons un pont vers les conceptions fondamentales du socialisme."

(via LL in "La question du mouvement ouvrier", tome II, 1945-1997)

Messages

  • un désacord :

    ""D’abord en ne parlant que d’augmentations de salaires, de lutte contre les récessions et le chômage, ou de nationalisations, elles concentrent l’attention des travailleurs sur des réformes qui non seulement son parfaitement effectuables sous le capitalisme, mais sont, de plus en plus, effectuées par le capitalisme lui-même. ""

    Certaines avancées sont effectivement éffectuables sous le capitalisme ,ce qui ne veut pas dire que c’est le capital qui les promeut et on ne peut pas dire que c’est le K qui les réalise mais plutôt que sous une pression de lutte énorme(1936/1968) il est obligé de ceder devant la combativité du prolétariat.

    Ces revendications sont donc à soutenir,en y ajoutant et c’est le point d’accord :

    "

    Pour l’organisation révolutionnaire, il n’ y a qu’un seul critère, simple, qui détermine son attitude devant les luttes quotidiennes des ouvriers. Est-ce que cette forme particulière de lutte, cette forme particulière d’organisation, accroît ou diminue, la participation des ouvriers, leur conscience, leur capacité de gérer leurs propres affaires, leur confiance en eux-mêmes (tous ces facteurs étant au surplus les seuls pouvant assurer qu’une lutte sera vigoureuse et efficace même du point de vue le plus immédiat et le plus limité) ?"

    cela est aussi essentiel :

    "Nous devons dénoncer sans répit les conceptions hiérarchiques du travail et de l’organisation sociale.(...) Ce faisant, nous aidons le développement, à long terme, du sentiment de solidarité entre les travailleurs, nous dévoilons la bureaucratie, nous attaquons directement la philosophie et les les valeurs du capitalisme""

    cela doit être une boussole,un point obligé,de notre action dans nos organisations syndicales ou politiques.
    c’est ainsi que l’existence de la section cadre de la CGT est absolument en compléte opposition avec tout principe socialiste,elle reproduit et justifie la hierarchie du fonctionnement capitaliste.

    Et casse la solidarité ,pire elle entretient un sentiment de superiorité sociale et humaine.
    cela renforce la délégation et la soumission inconsciente .
    De trés bons camarades CGT m’avaient dit quand je critiquais cette hiérarchie infantilisante reproduite par le syndicat :

    Enfin ,tu imagines une femme de ménage réclamer sa cotise à un cadre qui est en retard ?"

  • Les entreprises n’ont plus pour but de répondre à un besoin du client mais uniquement faire plus d’argent, d’où la multiplication des services payants comme téléphoner pour avoir une information et faire qu’elle ne soit plus accessible à un guichet ou en face à face dans un bureau, et essayer au maximum de ralentir l’information désiré par le client.

    Faire des profits sur des besoins même minimes ou obligatoires pour le client, la démarche n’est plus de société (donc une revendication sociale) mais réaliser des bénéfices à tout prix et cette gestion se fait au détriment du client.