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Violences policières : un problème politique et systémique
de : Philippe Marlière
vendredi 7 novembre 2014 - 12h34 - Signaler aux modérateurs
1 commentaire

Les forces de police françaises ont mauvaise réputation dans le monde. Perçue comme surarmée, brutale et peu respectueuse du public, la police inquiète les étrangers qui visitent la France. Au fil du temps, j’ai pu recueillir des critiques convergentes, quels que soient la nationalité, le genre, l’âge ou l’origine ethnique des individus.

Depuis plus de vingt ans, je voyage aux quatre coins du Royaume-Uni sans la moindre pièce d’identité en poche, et je ne me suis jamais fait arrêter une seule fois par la police. Les contrôles au faciès existent certes comme en France : la police ne cible pas ici les « Arabes », mais des jeunes d’origine afro-caribéenne. Quand une interpellation se passe mal, le public tend à se regrouper autour de la scène, obligeant les policiers à restreindre l’usage de la force.

Lorsqu’une bavure policière survient, les médias de toute obédience politique s’emparent de l’affaire. La BBC est, dans ce domaine, intraitable. En 1993, à l’occasion du meurtre de Stephen Lawrence, un jeune noir, par un groupe de blancs, ses reportages incisifs ont contraint les institutions policières à reconnaître qu’elles étaient gangrenées par un « racisme institutionnel ». La « London Met » avait en effet traité avec désinvolture et mépris la famille du jeune Stephen. Sir Paul Condon, le chef de la police nationale, avait dû présenter des excuses publiques. En 1999, une Commission Macpherson avait confirmé le « racisme institutionnel » de la police dans l’affaire Lawrence. Elle avait remis un rapport au gouvernement qui contenait 70 recommandations visant à améliorer le comportement de la police vis-à-vis des minorités ethniques.

Dans un pays de l’Habeas corpus, la police est une force de proximité, dont la tâche essentielle est de défendre et de venir en aide aux citoyens. Si vous cherchez votre chemin à Londres, allez le demander à un policier. S’il ne connait pas la réponse, l’agent consulte un plan et vous renseigne. En règle générale, il prend congé en vous souhaitant une bonne journée, le sourire aux lèvres. Toutes les fois où je m’approche d’un policier à Paris, j’ai face à moi une personne bourrue qui me répond qu’il n’en sait rien, et me fait signe du canon de son pistolet mitrailleur de circuler. L’attitude républicaine n’est pas là où on pourrait l’attendre.

Ne caricaturons pas les situations : la police britannique est également violente lorsque des intérêts politiques et économiques importants sont en jeu. Ce fut le cas lors de la grève des mineurs en 1984-85 ou plus récemment lors de manifestations anticapitalistes à Londres. Mais de manière générale, la police au quotidien est une force discrète et plutôt rassurante. Il est difficile d’en dire autant de la police française. En 2009, dans un rapport annuel qui avait fait grand bruit, Amnesty International avait épinglé les « violences policières et l’usage excessif de la force en France », ainsi que la légèreté des enquêtes sur les faits impliquant des policiers. Ce rapport notait que les victimes des violences policières sont avant tout les Français issus des minorités ethniques et les étrangers [1].

En France, la police ou la gendarmerie ne sont pas des forces de proximité et sont sous le contrôle ou aux ordres du pouvoir politique (préfet et ministre de l’Intérieur). En Grande-Bretagne, les policiers connaissent bien l’environnement local et ont une plus grande autonomie vis-à-vis du pouvoir politique pour prendre les « bonnes » et « justes » mesures pour le public. J’ai récemment dirigé la thèse de Matthew Moran, un chercheur irlandais, consacrée aux émeutes en France en 2005 et 2007. Dans le cadre de ce travail, Moran a passé plusieurs semaines en situation d’observation participante à Villiers-le-Bel. Il a constaté combien les rapports conflictuels entre policiers et jeunes étaient une source de tension permanente et la cause première des émeutes. Il décrit dans son livre le côté « cow-boys » des brigades anti-criminalité, qui procèdent à des contrôles au faciès sans ménagement, arme au poing, plaquant les individus au sol ou sur le capot des voitures, le tutoiement systématique, l’ethnicisation des populations. [2]

La mort de Rémi Fraisse à la suite d’un jet de grenade offensive s’inscrit dans le cadre d’un maintien de l’ordre qu’on peut définir comme brutal et répressif. Cet incident – que certains qualifient de meurtre d’État – est d’ordre politique et systémique. Il est d’ordre politique car c’est le gouvernement qui a instruit la gendarmerie d’intervenir de manière musclée. L’intimidation, voire la terreur ont été privilégiées, et non le dialogue qui était souhaité par les militants environnementaux. Cet incident est également d’ordre systémique car il ne peut s’expliquer par la bavure ou l’imprudence d’un gendarme. Elle est le produit d’un système qui tolère, voire encourage la violence policière ; bref qui l’institutionnalise en toute impunité et dans l’indifférence quasi-générale.

Sur le site du barrage de Sivens, il n’y avait plus à rien à défendre le soir de l’affrontement qui a provoqué le décès de Rémi. Et pourtant, la gendarmerie était en grand nombre, en tenue de combat ; prête à utiliser des moyens de coercition disproportionnés pour faire plier des militants qui, pour l’écrasante majorité d’entre eux, étaient pacifiques.

Hannah Arendt estimait que « [p]uisque l’autorité requiert toujours l’obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l’autorité exclut l’usage de moyens extérieurs de coercition ; là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué ». [3] La police qui a tué Rémi n’était pas animée par les valeurs égalitaires et fraternelles de la république. Manuel Valls et Bernard Cazeneuve ont approuvé et couvert l’usage disproportionné de la force publique. En l’occurrence, ils n’ont pas fait preuve d’autorité, mais de violence ; le type de violence qui sème le désordre et crée l’injustice.

Notes

[1] Non attribué, « Police abuse goes unchecked in France », Amnesty International, 2 avril 2009, http://www.amnesty.org/en/news-and-...

[2] Matthew Moran, The Republic and the riots. Exploring urban violence in French suburbs, 2005-2007, Oxford, Peter Lang, 2012.

[3] Hannah Arendt, La Crise de la culture, Paris, Gallimard (« Folio »), 1972.



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Commentaires de l'article
Violences policières : un problème politique et systémique
7 novembre 2014 - 13h46 - Posté par

1° En Octobre 1961, la police française a été l’auteure d’assassinats de masse sur des manifestants franco-algériens. A ce jour, aucune autorité officielle n’a jamais reconnu ces crimes contre l’humanité.

2° 20 ans plus tard, la police française se permettait de défiler, en armes et en faisant le salut nazi, sous les fenêtres du Garde des Sceaux, juif, Robert Badinter !!!! Les responsables, sanctionnés par la gauche, ont ensuite été réintégrés et promus par la droite (Pasqua) !

Inutile de remonter jusqu’à l’occupation pour se rendre compte que la Police et la Gendarmerie sont les dignes héritières de la Milice.






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