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Jeudi 20 novembre, premier blocage du campus, 1500 étudiants en AG, et manifestation en centre-ville : Avanti le Mirail
de : Emmanuel Barot
samedi 22 novembre 2014 - 20h34 - Signaler aux modérateurs
2 commentaires

Source : http://www.ccr4.org/Jeudi-20-novemb...

Même la presse bourgeoise le dit : en berne depuis la défaite de la lutte contre la LRU, en 2009, le Mirail renoue aujourd’hui avec sa « tradition contestataire ». Cinq années ont passé depuis. La « génération du CPE » est partie, mais c’est une nouvelle génération d’étudiants qui tente maintenant d’ancrer dans la durée une mobilisation forte contre le rouleau compresseur de « l’austérité » universitaire (au passage, encore une suppression de 70 millions d’euros dans le budget des universités lors du vote du budget 2015 à l’Assemblée Nationale), contre la criminalisation des contestations et les violences policières, mais également contre les désastres écologiques orchestrés par le gouvernement et les potentats locaux aux services des patrons de l’agroalimentaire tarnais.

Après une AG à 1200 le jeudi 13, ce sont environ 1500 étudiants qui ont voté, hier, après un premier blocage de l’université, un nouveau blocage avec occupation pour le mardi 25. Premier test, premier électrochoc : personnels et étudiants forcés de discuter entre eux, à côté d’une micro-ZAD symbolique plantée sur le jardin central du campus. Un constat s’impose : à Toulouse, au Mirail, tout le monde ou presque est conscient que rien ne va pas plus au royaume de Hollande. Pourtant, l’électrochoc suscite polémique, réactions épidermiques de la présidence, offensives d’anti-bloqueurs. « Blocage » ? Piquets de grève, arrêt forcé de la routine des cours et des examens, arrêt forcé de la routine des tâches administratives et des missions impossibles des personnels, toujours moins nombreux à travailler dans des locaux de plus en plus délabrés ou alors reconstruits par Vinci avec moins d’espace, et ce alors que le nombre d’étudiants est en augmentation : les « blocages », par définition, clivent, comme toute grève avec occupation, ils brisent l’ordre et le quadrillage établi, ils font symboliquement violence en démontrant qu’on n’est pas condamnés à subir, à encaisser, qu’il n’y a pas de fatalité et qu’on peut imposer un coup d’arrêt à une machine qui n’a rien de toute-puissante.

Blocage… et mobilisation

Face à cette situation, la présidence de l’université a du mal à faire croire à son progressisme. D’un côté, alors qu’un préavis de grève est déclaré du côté enseignants, elle les rappelle à l’ordre en demandant de venir travailler (première étape avant de taper sur le droit de grève lui-même ?). De l’autre, elle n’hésite pas à envoyer les vigiles démonter les piquets… qui ont par ailleurs vite été remontés dans les lieux centraux de la fac, jusqu’à ce que l’AG étudiante vote que mardi 25 prochain soit une nouvelle journée de mobilisation, de blocage avec occupation, avec une nouvelle assemblée générale. Les personnels en lutte de leur côté ont rappelé, après leur propre AG, leur soutien et leur participation active à cette mobilisation, et réaffirmé leur volonté d’une construction commune au quotidien de la bataille.

Dans la foulée de l’assemblée générale, ce sont environ 500 étudiants qui ont manifesté dans les rues de Toulouse. Rejoints par des cortèges de l’IEP du centre-ville et de la fac de sciences, Paul Sabatier, ils ont ainsi renforcé un peu plus leur présence da l’espace public toulousain. La semaine dernière, déjà, le 15 novembre, dans le cadre de la mobilisation nationale contre l’austérité, ils avaient été 300 à participer à la manifestation toulousaine, constituant, de loin, son cortège le plus dynamique de la manifestation, ajoutant aux mots d’ordres généraux la question de la dénonciation et de la lutte contre les violences policières.

Un début de recomposition du mouvement étudiant

Sur fond de défaitisme, de scepticisme, et de décomposition du mouvement étudiant, qui avait pourtant constitué l’une des forces déterminantes de la victoire du CPE en 2006, avec, en toile de fond, des personnels en grande partie atomisés et largement sonnés par plusieurs années de management et de surexploitation, la lutte actuelle du Mirail est bien plus qu’un sursaut : elle témoigne d’un début de recomposition subjective du mouvement étudiant qui commence à actualiser ses repères et ses délimitations. Forcément hétérogène, avec des niveaux de conscience très inégaux, cette lutte manifeste des aspirations profondes. Elle est également en demande de perspectives, traversées d’indécisions reflétant un contexte politique à la fois violent et difficilement prévisible : soif de débats, de réflexion, d’en découdre avec une démocratie austéritaire-autoritaire qui n’offre plus aucune espoir. En ce sens, l’atmosphère électrique et radicalisée qui se dégage de la journée de jeudi témoigne d’une lutte qui cherche son rythme, s’organise progressivement et recèle un potentiel explosif, à la fois localement et nationalement. La mobilisation étudiante, telle qu’elle est apparue à Toulouse, est en effet déjà plus politique et plus radicalisée que lors de la bataille contre la LRU en 2009. En revanche, elle ne s’est pas encore dotée d’une perspective stratégique suffisamment homogène pour rayonner et agglomérer autour d’elles les autres luttes, dans l’éducation, les entreprises, ainsi que les éléments de radicalisation lycéenne les plus développés, en ce moment, en région parisienne et dans le 93 en particulier.

Du « Grand refus » à la révolte prochaine ?

En 1964 Marcuse, symbole malgré toutes ses limites de l’intellectuel marxiste tentant de penser à la hauteur de son temps, écrivait dans L’homme unidimensionnel qu’un des espoirs de révolution qui résistait, à côté d’un mouvement ouvrier américain en crise, était les étudiants en révolte : leur « Grand refus » restait la lumière dans un océan de défaitisme et de repli défensif non seulement des réformistes, mais également de l’extrême-gauche révolutionnaire. Mai 68, en France, avait également commencé par une révolte étudiante contre la répression policière dont s’était par la suite solidarisé le mouvement ouvrier avant que ne se produise la grève générale la plus importante des luttes de classes en Europe occidentale. Les conditions historiques ne sont pas les mêmes et une telle comparaison n’est pas d’actualité stricto sensu : mais dans un pays où la souffrance et la colère irriguent toutes les franges du monde du travail, des classes populaires et de la jeunesse, qui peut prétendre aujourd’hui interdire le scénario d’un vaste mouvement social au sein d’une nouvelle génération ? Les ingrédients, en tous cas, sont au rendez-vous. Reste à mener la bataille en la tirant vers le haut, sans lésiner sur l’offensive. Prochaine étape clé, donc, mardi 25 prochain. Avanti le Mirail !

22/11/14



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Commentaires de l'article
Jeudi 20 novembre, premier blocage du campus, 1500 étudiants en AG, et manifestation en centre-ville : Avanti le Mirail
23 novembre 2014 - 12h41 - Posté par NOCTURNE

Mai 68, en France, avait également commencé par une révolte étudiante contre la répression policière dont s’était par la suite solidarisé le mouvement ouvrier avant que ne se produise la grève générale la plus importante des luttes de classes en Europe occidentale.

Je préférerais que se soit les travailleurs qui se mobilisent, et que les étudiants se solidarisent au monde du travail.
Mais les masses font l’histoire



Jeudi 20 novembre, premier blocage du campus, 1500 étudiants en AG, et manifestation en centre-ville : Avanti le Mirail
26 novembre 2014 - 10h44 - Posté par PierreP

"Mai 68, en France, avait également commencé par une révolte étudiante contre la répression policière ...". Ben oui, c’est chronologiquement évident que si on fait commencer la révolte (étudiante) en mai 68, elle commence effectivement en mai 68 !!!
Ceci étant avant cette révolte, il y déjà des luttes ouvrières et paysannes en place depuis plus d’un an et "mai 68" vient se greffer là-dessus. Ce qui est nouveau, c’est la radicalité et la violence assumée tant du côté des protestataires étudaints que de celui des policiers.
Car du côté des ouvriers et des paysans même s’il y a violence, elle est recadrée par les appareils politico-syndicaux (PCF et CGT), pour éviter l’aventure. Ce qu’ils ne aurons du mal à faire en mai et juin 68.






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