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Une lettre de Cesare Battisti, en grève de la faim et des soins depuis le 2 juin
jeudi 10 juin
de Cesare Battisti
Je m’adresse à mes enfants bien-aimés, à ma compagne de voyages, aux frères et aux sœurs, aux neveux, aux amis et aux camarades, aux collègues de travail et à vous tous qui m’avez bien aimé et soutenu dans votre cœur. Les effets destructeurs de la grève Je vous demande à vous tous un dernier effort, celui de comprendre les raisons qui me poussent à lutter jusqu’à la conséquence ultime au nom du droit à la dignité pour chaque détenu, de tous. La dignité (...)
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BLACK AND WHITE

de : Nemo3637
samedi 1er août 2020 - 16h21 - Signaler aux modérateurs

Venant d’une famille plutôt « mélangée », sur les questions de racisme, et sur l’anti sémitisme, j’aime me référer au quotidien, à mes expériences, même si la culture livresque nous en apprend toujours, reste indispensable...

I. CHEZ LES BLANCS

Vivant dans une banlieue populaire nous étions déjà à l’époque de toutes les origines. Peu de Noirs parmi les « bronzés » cependant, mais plutôt des Maghrébins. C’est surtout après les Espagnols que ma grand-mère en avait ; « des rouges-qui-ne-savaient pas travailler ». Il y avait aussi les Italiens, installés plus anciennement. souvent maçons, chantant ou sifflant en travaillant des airs d’opéra qui finissaient par exaspérer tout le monde.

On oublie souvent que des « ratonnades » d’Italiens et de Polonais avaient eu lieu avant guerre dans l’est de la France avec la bénédiction de la gauche du coin.

Evidemment compte tenu de nos origines diverses personne n’était vraiment raciste.

Dans le quartier, dans la famille on aimait bien la bagarre. Et si Doudou – c’était le nom qu’on donnait à l’école au petit Noir qui suivait la bande – se faisait importuner, la boite à gifles était vite sortie. La violence n’atteignait cependant pas les sommets d’aujourd’hui. Mais on aimait la bagarre du côté du Canal de l’Ourcq.

Pour ma part j’avoue que j’aimais harceler certains petits blancs. Ceux, bien peignés, bien léchés, avec une petite cravate, chouchou de la maîtresse, que leur maman déposait à la porte de l’école..

Plus tard, pendant la guerre d’Algérie, un soir, j’ai vu mon père descendre l’escalier en catastrophe pour défendre dans la rue un jeune, dont nous connaissions vagument la famille. Il était en train d’arracher les affiches de partisans de l’Algérie Française et se retrouvait là entouré par une dizaine de nervis . Mon père réussit à les circonvenir en mettant en avant l’âge du profanateur : 17 ans. Mais il était déjà communiste ce qui lui valut par la suite une leçon paternelle. Car dans la famille, du fait des origines de ma mère (1), nous étions bien heureusement aussi anti-communistes qu’anti-fascistes...

Plus tard encore j’appris qu’il y avait vraiment des racistes, des « suprémacistes » blancs, que certains d’entre eux, la plupart même, étaient français ! Gobineau, Drumont... qu’ils avaient même inspirés Hitler. Et aujourd’hui, Noirs ou Blancs, pour tenter de déverser leurs insanités, ils s’étaient vêtus de nouvaux accoutrements et s’intitulaient à présent « racialistes ». Ce qui, bien sûr, ne les rendaient guère plus intelligents.

II. CHEZ LES NOIRS

J’arrivai dans mon nouveau « péyi », la Martinique, sans savoir autre chose que des généralités, vraies ou fausses, des affabulations et exagérations. Ce fut le quotidien de la vie qui permit une décantation.

Première constatation : l’île est peuplée très majoritairement de Noirs et non pas constituée d’une répartition égale entre Noirs et Blancs comme on le disait parfois en France. Et la langue usuelle n’était pas le français – bien que la majorité de la population le connaisse – mais le créole. Il existait une très petite minorité de Blancs, descendants de planteurs, les békés, qui vivaient à part.... Bien des habitudes étaient différentes.

Rapidement on pouvait constater des inégalités. Par exemple, à qualification égale, les sociétés françaises installées là préféraient embaucher un Français de métropole avec un salaire sans comparaison avec celui offert à l’autochtone.

Evidemment les situations de non droit ne pouvaient amener que jalousies, rancoeur et revendications.

L’esclavage et le colonialisme avaient marqué la société. C’était un système qui avait avalisé la couleur de la peau comme signe d’une hierarchie ineffaçable.

Les Noirs eux-mêmes, comme Toussaint-Louverture avaient des esclaves.

Mais surtout le travail lui-même restait le symbole d’une dépossession. On travaillait pour quelqu’un, pour une entreprise mais jamais pour soi. Ces liens et habitudes de servitudes ne s’estompaient que lentement.

Côté politique, la grande revendication d’Aimé Césaire (2) avait été, non pas l’indépendance comme les médias voulaient le faire croire en France, mais la « départementalisation ». Le statut de département, acquis en 1945 permettait en effet de demander l’application de toutes les lois républicaines comme en Métropole.

Les Blancs métro vivaient à part, sans vouloir se mêler de la vie de la cité,ne pensant qu’à jouir de leurs petits privilèges. Ainsi l’Alsacien voulait vivre comme en métropole puisqu’on « était en France ». Là encore l’envie venait de mettre un coup de pied dans la gamelle...

De mon côté je participais à la vie politique et syndicale (3), sans concession, la ramenant sèchement parfois au risque de me voir aliéner un public noir qui, au départ, m’était bien sûr loin d’être acquis !

J’étais – comme aujourd’hui – athé, du genre kamikaze, n’ayant pas peur de choquer, tout au contraire. Traiter des Noirs de cons, aussi cons que les Blancs me valut finalement une certaine renommée.

Participer à l’encerclement de la maison du directeur régional de la Poste, un Blanc métropolitain détestable, à sept heures du matin au son des tambours, des lambis et des ti-bois, reste l’un de mes bons souvenirs ...

J’avais le bon tempo et je ne me retrouvais pas seulement en tête des défilés de carnavals... J’allais le prouver encore lors de la révolte antillaise de février-mars 2009, qui me valut amitiés et dures inimitiés aussi bien parmi les Noirs que les Blancs. Mais ceci est une autre histoire... (3)

Parmi les anti-Blancs radicaux, en Martinique, peu nombreux, puisant leurs arguments dans un anti colonialisme primaire, on trouvait des « partisans de la table rase », rejetant tout ce qui pouvait venir d’Occident, comme la « Philosophie des Lumières » du XVIIIe siècle, n’y retenant que le racisme d’un Voltaire.

J’eus l’occasion d’y répondre, dans une tribune libre du journal « France Antilles » (« De l’islamisme radical à Dieudonné » - 15/01/2014), rappelant que Toussaint-Louverture avait lu dans sa jeunesse, les écrits de l’abbé Raynal, anti-colonialiste, partisan des encyclopédistes.

Les noiristes évitaient toujours de se réclamer d’un sinistre « ancêtre » encombrant : François Duvalier, dictateur sanglant d’Haïti, « suprémaciste » noir au pouvoir. Les assassinats et massacres dont il fut l’auteur, le soutien de la CIA, obligeaient, n’est-ce pas, à une certaine discrétion !

Même si la statue de Joséphine est régulièrement profanée, l’influence nord-américaine, d’un nazi noiriste comme Louis Ferrakhan (4), accusant les Juifs d’avoir été les promoteurs de l’esclavage (!) reste minime dans les Antilles.

III. DE RETOUR EN TARTARIE

Revenu en France métropolitaine dans les années 2000, je constatai les changements dans la banlieue de mon enfance. Le nouveau cadre était non seulement « bigarré » mais plutôt oriental et musulman.

Avec ma mère nous déambulions dans les allées du marché, allant porter la contradiction non plus au curé et aux bonnes sœurs, cette fois, mais « aux hommes de Dieu » mahométans. Les larmes aux yeux, ils gardaient un calme admirable, face à nos quolibets...

Je compris vite aussi que, comme ailleurs, les trafics de drogue, la délinquance et la violence avaient rongé toute une société marquée par le chômage et le sous-emploi. On était loin des « Blousons noirs », tous blancs, de mon enfance.

Doudou, à présent retraité, avait été flic et pestait contre les immigrés qui balançaient leurs poubelles par les fenêtres. Il me reprochait mon caractère rebelle, mon irrespect de la République. Et je lui répondais toujours que la devise « Liberté-Egalité-Frayernité » avait été le guide de ma vie, non pas le slogan galvaudé des politiciens...

Que conclure de cette tranche de vie sinon que la couleur de la peau ne m’a jamais sérieusement interpelé. Ce qui ce qui avait compté c’était les intérêts de classe qui rejoignaient mes intérêts personnels. Un béké pouvait être un ennemi tout comme le neg-crapo à son service.

Se défendre de la délinquance passe évidemment par le règlement de la Question Sociale.

(1) Voir « Anti sémitisme et lien social » sur AgoraVox du 12/03/2019 et sur mon blog de Médiapart

(2) Aimé Césaire (1913-2007), tout d’abord communiste, fut député et maire de Fort de France de 1945 à 2001. Il rompt avec le Parti Communiste (« Lettre à Maurice Thorez ») après l’écrasement de la révolte hongroise de 1956. Opposé au rachat de la Martinique par les Américains, conscient des rapports de foreces, il lutte pour la départementalisation, acquise seulement sur le papier en 1945. Athé, internationaliste, il refute tout racisme.

(3) Voir « Matinik doubout » (2009) et « Tchok » (2014) par Nemo3637


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