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« Dans l’intérêt de l’humanité toute entière »
de : Il y a cent ans ... Prix Nobel
dimanche 12 octobre 2003 - 14h15 - Signaler aux modérateurs

Pierre Curie et Marie Sklodowska

Il y a cent ans ... Prix Nobel

« Dans l’intérêt de l’humanité toute entière »

« En renonçant à l’exploitation de notre découverte, nous avons renoncé à la fortune qui aurait pu, après nous, être transmise à nos enfants. J’ai souvent dû défendre nos conceptions auprès de nos amis qui prétendaient, non sans raison valable, que si nous avions garanti nos droits, nous aurions conquis les moyens financiers nécessaires à la création d’un Institut du Radium satisfaisant.

Mais je demeure convaincue que nous avons eu raison d’agir ainsi. L’humanité a certainement besoin d’hommes pratiques qui tirent le maximum de leur travail sans oublier le bien général, sauvegardant leurs propres intérêts. Mais elle a besoin aussi de rêveurs pour qui les prolongements désintéressés d’une entreprise sont si captivants qu’il leur devient impossible de consacrer des soins à leurs propres bénéfices matériels.

Peut-être ces rêveurs ne méritent-ils pas la richesse : toutefois une société bien organisée devrait assurer à ses travailleurs les moyens efficaces d’accomplir leur tâche dans une vie débarrassée des soucis matériels et librement consacrée au service de la recherche scientifique. »

Marie Curie

(Notes autobiographiques datées 1921, publiées uniquement en anglais, suite à la parution de son livre Pierre Curie.)

De l’intégration, Et quand l’amour s’en mêle

La similitude de culture, la ressemblance ont facilité les rapprochements. Un exemple non pas unique, nous a été donné par la famille Curie-Sklodowska. Deux " scientifiques " de haut niveau ont démontré qu’il suffit d’être Homme et Femme malgré des études et origines différentes, en joignant leur goût de la recherche, de faire progresser le Savoir. L’amour aurait-il été un stimulant pour eux ? D’autres couples mixtes se sont formés au long de l’Histoire des deux peuples. Pour certains ce fut l’amour, pour d’autres, une simple amitié sincère et durable a suffi. Quoi de plus beau, plus noble que ces deux sentiments, qui ont aidé à vivre et à traverser les épreuves de la vie.

N’est-ce pas ça aussi de l’intégration ?

Une belle histoire d’amour qui changera le monde

Imaginez d’une part un jeune homme Pierre, né à Paris en 1859. Il est d’une intelligence précoce, de caractère indépendant. Pierre Curie, instruit et éduqué par son père il n’a jamais été à l’école, car Jean Jaurès ne l’avait pas encore instituée. Bachelier Es-Sciences à 16 ans, licencié à 18 ans, chef des travaux à l’école de physique de Paris à 24 ans. Il n’est guère riche et ne vit que pour ses travaux scientifiques de cristallerie qui aboutissent à la première de ses grandes découvertes, avec son frère Jacques, la piezo-électricité, propriété de certains cristaux de produire de l’électricité.

Pierre Curie en cette fin de siècle est déjà un physicien très estimé de ses pairs , surtout à l’étranger, mais inconnu du grand public.

Il est tellement absorbé par ses recherches qu’il les considère incompatibles avec le mariage. Imaginez d’autre part une jeune fille née à Varsovie en 1867, douée d’une intelligence tout aussi précoce. A 16 ans elle a terminé ses études secondaires, première partout, mais comme sa famille est pauvre malgré le statut de professeurs de ses parents, Marie doit travailler tout de suite, tantôt comme gouvernante, tantôt comme répétitrice.

La Pologne partagée entre ses voisins est sous la férule russe et comme beaucoup d’intellectuels polonais ses parents subissent l’oppression de la terrible police tsariste et leur fille partage leur exécration. Marie milite à la fois pour l’indépendance de la Pologne et pour une forme de socialisme qui, bien sûr, est fort mal vu des autorités tsaristes. Il s’agit d’éduquer le petit peuple, d’enseigner la sociologie, la médecine, la philosophie, l’histoire à des ouvriers. Ces activités lui apportent des brimades de la police.

La vies est sombre et terne. Bientôt Marie rejoindra sa sœur Bronia qui faisait ses études de médecine à Paris.

Comme est particulièrement calée en physique, elle sera nommée par la Société pour l’encouragement de l’industrie nationale, pour entreprendre des recherches sur les propriétés magnétiques des aciers. Elle aussi ne vit que pour ses travaux et semble avoir exclu de sa vie l’amour et le mariage.

Et voilà qu’un jour, Kowalski, professeur de physique à Varsovie en voyage d’études à Paris reçoit à la fois Pierre et Marie, chacun expose ses travaux en cours. Il constate leur passion pour la science qui crée entre eux une sympathie vive et immédiate.

La Polonaise frappe le Français par sin intelligence, sa détermination, ses compétences et son dédain pour les armes habituelles dont les femmes se servent c’est à dire la coquetterie. Mais, laissons-lui la parole : " Il me parut très jeune, bien qu’il fût alors âgé de 35 ans. J’ai été frappée par l’_expression de son regard clair, sa parole un peu lente et réfléchie, sa simplicité. Son sourire à la fois grave et jeune inspirait la confiance. Il y avait entre sa conception et la mienne, malgré la différence de nos pays d’origine, une parenté surprenante, attribuable sans doute en partie à une certaine analogie dans l’atmosphère morale au milieu de laquelle chacun de nous avait grandi dans sa famille ".

Ils constatent leur passion réciproque pour la science qui créa une estime immédiate, une admiration mutuelle, prélude habituel à la tendresse et à l’amour qu’ils avaient pourtant exclu l’un comme l’autre de leur vie.

En juillet 1895 les deux jeunes gens se fiancent, elle a 28 ans, il en a 36 et se marient le 26 juillet 1895 à midi à la mairie de Sceaux. Comme cadeau de noces ils reçurent deux bicyclettes neuves. Comme voyage de noces, un vagabondage à bicyclette, à travers l’île de France. Cette histoire d’amour durera jusqu’à la mort.

L’histoire scientifique qui la double ne s’arrêtera pas : elle bouleversera le monde contemporain et l’électricité atomique qui éclaire les foyers français et étrangers., trouve en partie sa source dans l’intelligence de ces deux êtres d’élite qui habitaient 24 rue de la Glacière à Paris.

Après leur mariage le couple consacre tout son temps, tous ses loisirs à la science. Un rapport du physicien Henri Becquerel, les met sur la voie d’un mystérieux rayonnement. La radioactivité.

Les Curie sont séduits et intrigués par ce phénomène ils veulent percer ce mystère.

C’est le début d’un rêve dans un morne hangar de la rue Lhomond où des années durant ils travaillèrent avec un équipement de fortune et des installations rudimentaires pour mettre en évidence des loi sur la radioactivité, son origine atomique et surtout la découverte de deux corps nouveaux : Le Polonium (en souvenir de sa patrie d’origine) et le Radium.

C’est en 1902 qu’enfin, Marie et Pierre réussissent à obtenir un décigramme de Radium pur poids atomique 225.

En juin 1903 Marie Curie présente sa thèse de Doctorat (recherches sur les substances radioactives). L’Académie des sciences de Suède décerne, le Prix Nobel de Physique, pour moitié à Henri Becquerel, pour moitié à Madame Curie. C’est à partir de ce moment que l’importance de leur découverte sera reconnue et commencera à valoir une gloire dont leur modestie s’accommodera toujours mal.

La grande ouverture de la physique atomique est démarrée. Ils restent passionnés par les recherches qu’ils ont menées ensemble et refusent les avantages qu’ils pourraient en tirer, en faisant breveter leur découverte. Au contraire ils la donnent à la science et au monde entier. Ils continuent leurs recherches et découvrent que le radium guérit les lèpres, les tumeurs et certaines formes de cancers. C’est la naissance de la curiethérapie qui deviendra plus tard la radiothérapie et puis la cobaltothérapie.

Le 19 avril 1906 Pierre Curie est écrasé par un camion à chevaux rue Dauphine. Il sera inhumé dans le cimetière de Sceaux. Marie continuera désormais seule la tâche qu’ils avaient entreprise à deux, mais la vie de Maria n’a pas été facile. On lui reprochait d’être une femme étrangère, catholique, russe, allemande, polonaise, juive. Marie résiste à une offre de rentrer en Pologne mais accepte la proposition du Dr Roux, directeur de l’Institut Pasteur, de créer l’Institut de Radium, un laboratoire de recherches biologiques. Cet Institut sera terminé en juillet 1914.

Par la suite Irène Curie, leur fille épousera en 1926 un jeune ingénieur Frédéric Joliot , jeune chercheur de l’Institut de Radium auquel elle ajoutera son propre patronyme. Irène et Joliot Curie découvrent la radioactivité artificielle ce qui leur valut un Prix Nobel. Et ainsi les travaux de leur mère pouvaient continuer. Ils reprirent la tradition familiale des mariages d’amour et de science, qu’ils illustrèrent à leur tour avec un éclat mémorable et touchant.

Les travaux de leurs parents ont été repris par les scientifiques du monde entier et ont abouti à ce que savent nos savants contemporains.

N’est-ce pas là également une forme d’intégration ?

http://www.beskid.com/curie.html

Biographie :

Marie Sklodowska naquit le 7 novembre 1867 à Varsovie, elle avait quatre frères et sœurs : Sofia, Bronia, Hélène et Jozef.

Elle termine brillamment ses études au lycée où elle reçoit une médaille d’or. A 24 ans, elle rejoint sa sœur Bronia à Paris où elle s’inscrit au cours de physique et de mathématiques à la Sorbonne.

Trois ans plus tard, elle obtint sa licence universitaire et entreprit des recherches sur les propriétés de certains aciers. C’est lors d’une soirée d’avril 1894, qu’un professeur polonais lui présente Pierre Curie.

Un matin de juillet 1895, Pierre et Marie se marièrent. Un jour, Marie prit connaissance des observations d’un physicien français : Henri Becquerel qui constate que dans l’uranium de mystérieux rayons sont encore inexpliqués. Marie décide alors d’orienter ses travaux dans cette voie. Elle appelle ce phénomène : la radioactivité.

En juillet 1898, Pierre et Marie ont la certitude qu’un élément nouveau existe dans un minerai, la pechblende. Ils décident de l’appeler « Radium ». Afin de prouver son existence, il doivent l’isoler. Des recherches difficiles commencent dans un misérable hangar situé dans la cour de l’École de physique de Paris et grâce au gouvernement autrichiens qui leur fait envoyé un tonne de pechblende. Pierre garde la partie la plus théorique de la recherche et c’est à Marie que revient la partie chimique du travail.

En décembre 1897, Pierre et Marie ont une fille Irène. Au début de 1902, Marie réussi à isoler un décigramme de radium pur. Le radium possède des propriétés étonnantes. Il émet de la chaleur, des gaz et des rayonnements et il se détruit lui-même.

Le 10 décembre 1903, l’académie de Sciences de Stockholm décide d’attribuer le prix Nobel de physique à Henri Becquerel et à Pierre et Marie Curie. En 1904 naquit leur deuxième fille : Ève.

Le 19 avril 1906, Pierre trouva la mort dans un accident de la route. Marie continue son travail. On lui demande également de poursuivre le cours de physique que Pierre donnait à la faculté des sciences de la Sorbonne alors qu’aucune femme n’était professeur dans l’enseignement supérieur à cette époque.

En 1911, le radium métallique est considéré comme définitivement isolé. Cette même année, elle reçoit le prix Nobel de chimie. Elle décide de fondé un institut du radium à Paris. L’année suivante, elle prend des vacances en Engadine avec Irène accompagnée par Albert Einstein.

Pendant la guerre de 1914-1918 , Marie eut l’idée d’installer des appareils radiographiques dans des voitures pour soigner plus rapidement les soldats blessés au front. On appela ces véhicules les « Petites Curies ».

En mai 1920, une journaliste américaine, Mary Meloney, entre dans son bureau pour une entrevue. Suite à cette rencontre, Marie et ses deux filles partent pour New York en 1921. Elles vont y chercher un gramme de radium. Celui-ci lui était offert grâce à une récolte d’argent à l’initiative des associations féminines.

En 1929, elle repart au États-Unis pour y chercher un nouveau gramme de radium pour la Pologne. Grâce à ce don, elle inaugura en 1932 un nouvel Institut du radium à Varsovie.

Elle mourut en 1934, à Paris, d’une trop longue exposition au rayon du radium.



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