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KOUCHNER, le riz et les écoliers
de : pilhaouer
mardi 24 février 2009 - 08h09 - Signaler aux modérateurs
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de Paul Villach

À propos du livre de Pierre Péan : une victime collatérale méconnue de l’humanitaire à la Kouchner : l’École !

On voit d’ici les yeux ronds du lecteur. En quoi donc Kouchner a-t-il pu nuire à l’École, n’en ayant jamais été le ministre ? C’est vrai, mais il l’a utilisée comme personne d’autre. Pierre Péan le rappelle dans son livre, « Le monde selon K. » (1).

La campagne « Du riz pour la Somalie » restera un bel exemple de ce que l’humanitaire dévoyé à la Kouchner peut faire de pire : l’affiche qui a ameuté les établissements scolaires pour que chaque élève apporte un paquet de riz, le 20 octobre 1992, est sans doute l’une des plus obscènes qu’un leurre d’appel humanitaire puisse produire (2).

Un leurre d’appel humanitaire à l’affiche

Elle n’avait pas échappé à un professeur de Nîmes qui avait placé « la relation de l’information » au cœur de son enseignement. Il l’avait étudiée avec ses élèves dans les semaines qui avaient suivi ce grand élan humanitaire où avait été emporté les établissements scolaires de France sur les pas de Kouchner jouant au joueur de flûte de Hamelin d’un conte de Grimm. Cette affiche contenait, en effet, tous les ingrédients qui font l’efficacité du leurre d’appel humanitaire.

1- L’exhibition du malheur d’autrui - un enfant noir squelettique tenant une gamelle vide - captait l’attention jusqu’au voyeurisme.

2- Le réflexe de compassion et d’assistance à personne en danger était stimulé dans la foulée.

3- La mise hors-contexte de la scène la rendait opportunément inintelligible dans ses causes.

4- La distribution manichéenne des rôles était clairement tranchée : l’enfant et ses bienfaiteurs se trouvaient dans le camp du bien, et ses bourreaux comme ceux qui laissaient faire, dans le camp du mal.

5- Un amalgame simplifiait la situation : 1 kg de riz était la solution à la famine. Une situation collective de détresse trouvait son remède dans un geste individuel facile.

6- Ce coût dérisoire en regard d’une vie sauvée était de nature à accroître le sentiment de culpabilité en cas d’abstention. La médiation d’une organisation humanitaire ôtait tout prétexte à une dérobade.

7- Des institutions au-dessus de tout soupçon étaient autant de leurres d’appel autoritarien qui invitaient à se soumettre : les ministères de l’Éducation nationale et de la Santé, et des entreprises connues pour leur philanthropie comme La Poste ou Antenne 2, avec Patrick Bruel dans le rôle de la star au grand coeur.

8- Et, « last but not least », le leurre de la pression du groupe sur l’individu était mise en œuvre par la fixation d’un jour de remise collective du paquet de riz, le 20 octobre 1992 : quel élève pouvait prendre le risque de venir sans son paquet de riz sous peine d’exhiber aux yeux de tous la pierre qu’il avait à la place du cœur ?

La carence de l’École

Pierre Péan cite un communiqué du syndicat FO s’élevant contre l’utilisation de l’École dans ce genre d’opération politique. Il ne semble pas qu’on ait trouvé dans le milieu des professeurs beaucoup plus que ce type de vertueuses indignations, quand ce qui importait, était d’apprendre aux élèves à analyser « une relation d’information ». Aucun syndicat ne paraît s’en être soucié pour le plus grand bonheur d’un aventurier comme Kouchner, faute d’en avoir les moyens sans doute. S’est-il trouvé toutefois sur le territoire quelques professeurs isolés qui se soient emparés de ce qui relevait tout de même de leurs compétences, c’est-à-dire la lecture de l’ information que constituait cette affiche ? C’est possible. Mais, sauf erreur, ils n’ont laissé aucune trace de cette résistance, à une exception près, celle du professeur nîmois signalé ci-dessus. Car mal lui en a pris ! L’anecdote est révélatrice des infortunes du savoir mis au service du pouvoir par l’École d’aujourd’hui. Et gare à qui y fait obstacle !

Une principal adjoint diffame le professeur

Tandis que la droite est revenu au pouvoir, six mois après ces belles images montrant Kouchner portant un sac de riz sur l’épaule et décochant des louches de grumeaux de riz dans la gamelle d’enfants affamés, le 25 mai 1993, la principal adjoint du collège Jules-Verne de Nîmes accuse ce professeur tout à trac en son absence, à la fin d’un conseil d’administration, d’ « avoir interdit à ses élèves sous peine de sanction d’apporter le (fameux) paquet de riz et de les obliger à acheter ses livres ».

Il faut avouer que ces griefs sont originaux : ils n’ont pas été improvisés, mais mûrement réfléchis. Sont visés à la fois l’enseignement particulier du professeur fondé sur une réflexion approfondie que révèle l’existence de livres et un exemple de sa nocuité puisqu’il interdirait de participer à une campagne humanitaire. La principal adjoint a parlé sans être interrompue par le chef d’établissement à ses côtés qui s’est tu.

Les délégués de parents tombent des nues : ils sont quand même les premiers concernés : or, depuis six mois, il ne leur est jamais revenu aux oreilles de pareilles absurdités. Ce sont eux d’ailleurs qui, les premiers, alertent de l’incident le professeur incriminé et lui présentent leur témoignage écrit. Ses « chers collègues », eux, gardent le silence, à l’exception d’un seul. Quand l’accusé veut recueillir aussi leur témoignage par écrit, tous les délégués des professeurs s’y refusent, sauf un. Mais certains professeurs fournissent volontiers à la principal adjoint des attestations de haute moralité en dénigrant leur collègue, lorsque celui-ci est obligé de porter l’affaire en justice : le chef d’établissement a refusé à sa demande de démentir les propos de son adjoint ; il la protège ! De même, puisqu’il est attaqué à l’occasion de ses fonctions, le professeur demande la protection statutaire au recteur au titre de la loi du 13 juillet 1983. Mais celui-ci la lui refuse, en précisant toutefois avec arrogance qu’il l’accorde à son agresseur !

La principal adjoint condamnée

N’empêche, en novembre 1993, la principal adjoint est condamnée par le tribunal d’instance de Nîmes au titre des articles 1382 et 1383 du Code civil. Mais elle fait appel. Pourquoi se gênerait-elle puisque c’est l’État qui paie ses frais ? Or, le 13 juin 1995, la cour d’appel de Nîmes confirme sa condamnation : « Si donc, écrit la cour, une faute ou une simple présomption de faute pouvait être imputée (au professeur), on ne comprend pas que (la principal adjoint) (…) ait choisi de procéder en quelque sorte à une enquête officieuse, non officiellement déclarée, pouvant par un paradoxe aberrant donner lieu à une rumeur dont on pouvait craindre alors qu’elle ne devienne un mode de preuve tout à fait anormal, attentatoire aux droits de la personne. Dès lors, l’action de (la principal adjoint) s’inscrit en dehors du cadre strict de ses attributions ».

Le recteur d’académie de Montpellier et l’État condamnés

Le professeur en profite pour soumettre le refus de la protection statutaire qui lui était due au tribunal administratif de Montpellier : le recteur plaide évidemment l’innocence de sa principal adjoint modèle qui n’a fait que remplir les devoirs de sa charge ! Le tribunal rétorque, lui, que les propos qu’elle a tenus, sont diffamatoires et ne relèvent donc pas des devoirs d’un administrateur : le recteur a commis une faute et l’État est condamné, le 12 juin 1996, pour refus de protection statutaire due, à verser au professeur 15.000 francs de dommages et intérêts.

Entre temps, la principal adjoint qui jouit toujours des deniers de l’État, s’est pourvue en cassation. Ceux qui s’y sont essayés, le savent : un avocat devant la haute cour n’est pas donné ! Manque de chance, le 16 juillet 1997, la cour de cassation confirme l’arrêt de la cour d’appel en dénonçant « l’animosité » de la principal adjoint envers le professeur qui caractérise une faute personnelle.

Ainsi, l’Éducation nationale ne se contente-t-elle pas d’enseigner à ses élèves un formalisme stérile qui interdit de maîtriser « la relation d’information » pour ne pas être le jouet des prédateurs. Mais elle combat toute recherche qui pourrait amoindrir la désorientation de ses élèves qu’elle organise. Jamais une campagne comme celle que Kouchner a mise sur pied en 1992, n’aurait eu l’écho qu’elle a rencontrée dans l’École, si une théorie expérimentale de l’information y était enseignée. L’agression de la principal adjoint quelques mois plus tard, une fois la droite revenue au pouvoir, montre que des vigiles veillent pour tenter de discréditer un professeur qui refuse d’enseigner les erreurs prescrites par les instructions officielles. Par chance, l’époque connaissait encore des juges indépendants capables de condamner une autorité coupable de diffamation. Aujourd’hui, « la culture de soumission », dénoncée par le procureur Éric de Montgolfier, rendrait l’issue heureuse de cette procédure, improbable, voire impossible. Des opérations à la Kouchner ne peuvent prospérer que sur le terreau d’un peuple soigneusement désorienté par l’École. Paul Villach

(1) Pierre Péan : Chapitre V : « Sacs de riz et soutien de la politique américaine en Afrique », p. 105, in « Le monde selon K. », Éditions Fayard, 2009.

AGORAVOX, 21 mai 2007. http://www.agoravox.fr/article.php3...



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