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« À gauche, un autre pôle existe », un entretien avec Yves Salesse

mardi 2 août 2005

Concepteur de l’appel « Pour une alternative à gauche », qui crée une coordination de la gauche antilibérale, Yves Salesse explique la portée de cette initiative.

N’avez-vous pas cédé à la précipitation en annonçant la création d’une coordination de la gauche antilibérale à la veille des vacances d’été ?

Yves Salesse : Le moment politique est particulier. La question du prolongement politique de la mobilisation sociale est à nouveau posée par le mouvement social extrêmement fort que nous connaissons. Le fait que cette question soit présente dans de très nombreux débats, pendant la lutte elle-même, dans les assemblées de grévistes comme dans les réunions interprofessionnelles, a effectivement contribué à précipiter les choses. La valsehésitation du parti socialiste sur la question des retraites a aussi été un élément déclencheur. D’autant plus que, dans le même temps, le PS essaie de montrer qu’il est la seule force existante face à la droite. Il était temps de montrer qu’un autre pôle existe, celui des forces de gauche antilibérales, capable d’organiser des convergences et de montrer qu’autre chose est possible.

Avez-vous été surpris par le nombre de signatures recueillies ?

Oui. Les réunions préparatoires exprimaient une volonté, mais elles regroupaient une quarantaine de personnes. On ne s’attendait pas à ce qu’autant de militants du mouvement associatif et syndical prennent la responsabilité individuelle de s’engager dans une démarche politique. Ni à l’écho qu’aurait l’appel dans toutes sortes de groupes locaux qui existent déjà. Le fait que des forces du PS s’engagent, certes à titre individuel, n’était pas non plus donné d’avance.

Comment interprétez-vous la méfiance des directions des partis de gauche, hors PS ?

Ce n’est pas aussi net. Des membres de la direction des Verts ont participé aux discussions. Que leurs porte-parole ne s’engagent pas est compréhensible : de par leur fonction, ils doivent prendre en compte l’ensemble des sensibilités de cette organisation. Cela ne signifie pas qu’il y ait une réticence par rapport à la démarche. Quant au PC, son approche n’est pas négative puisqu’il a décidé de participer en tant qu’observateur. Les Alternatifs sont, eux, complètement engagés dans la démarche. Seule la direction de la LCR a l’air de se tenir à l’écart, pour l’instant...

Son refus n’hypothèque-t-il pas l’idée même de coordination ?

Si la Ligue refusait le statut d’observateur proposé aux organisations, politiques ou non, ce serait un regrettable signe d’isolement de sa part. Mais, encore une fois, il s’agit d’un appel sur lequel des gens, qui représentent des sensibilités diverses, s’engagent individuellement. Cette réunion est déjà un premier pas. Pour l’instant, même si l’événement politique est important, l’ambition est modeste : faire qu’il y ait une discussion approfondie et continue entre des gens qui, jusqu’à présent, discutent rarement ensemble. Et qu’il y ait des initiatives politiques communes, ce qui est à notre portée. Personnellement, je préférerais que la Ligue soit présente. Je crois que c’est le cas de l’ensemble des participants.

Quelles échéances vous êtes-vous fixées à la rentrée ?

Nous avons en projet une rencontre nationale le 27 septembre. Ensuite, c’est à l’ensemble des signataires impliqués de s’organiser. Cela suppose une organisation très décentralisée. Car l’appel ne rassemble pas seulement des gens de sensibilités différentes décidés à agir ensemble chaque fois que cela est possible. Il rassemble aussi ­ et c’est une innovation majeure ­ des acteurs du mouvement social et des militants politiques. Il n’est donc pas question, depuis Paris, de décider des échéances, des calendriers et des rythmes. Cela dit, nous allons vite devoir faire face à des attaques très brutales du patronat et du gouvernement. Ce qui suppose de s’exprimer nationalement sur l’assurance-maladie, les privatisations d’entreprises de services publics (France Télécom, EDF...), l’indemnisation des chômeurs, l’immigration... Mais l’organisation concrète doit être décidée localement.

Est-ce que cet engagement commun des acteurs des deux sphères sociale et politique marque la fin de leur méfiance réciproque ?

Je suis incapable de faire un pronostic. Cette méfiance très marquée, qui est surtout le fait des organisations du mouvement social vis-à-vis des partis de type traditionnel, a des justifications profondes. En même temps, on l’a vu dans la dernière mobilisation, chacun perçoit qu’une séparation totale entre le politique et le social est une impasse et qu’il faut offrir une traduction politique aux aspirations populaires. Donc, si on change les pratiques, si on modifie les comportements ­ la question est essentiellement posée aux forces politiques ­, on aura des chances de résorber cette fracture.

L’appel n’exclut pas d’inscrire sa démarche dans le cadre de la préparation des élections de 2004. Comment ?

Ce sera une question très compliquée parce que cette coordination ne se met en place que maintenant. Si on avait pu faire ce pas en avant au lendemain de la présidentielle, si on avait eu une année pleine d’activités communes, de rencontres, de discussions et de campagnes, non seulement nous aurions pu jouer un rôle dans la mobilisation sur les retraites et contre la décentralisation, mais cela nous aurait permis d’aborder ces échéances électorales avec une meilleure préparation. Alors, si l’on ne peut pas aller vers des listes communes, le fait d’avoir dans une campagne politique des forces qui défendent un certain nombre de prises de positions communes, malgré leur dispersion, serait déjà un point très positif.

Les modes de scrutin condamnent toute dispersion à l’échec...

Il est sûr que les nouvelles modalités électorales devraient faire réfléchir les organisations politiques aux possibilités de se rapprocher. Mais, encore une fois, il y a une histoire, des traditions et des habitudes .

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