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Allemagne : le leader du mouvement anti-islam Pegida se met en retrait

jeudi 22 janvier 2015 , par Frédéric Lemaître - Contacter l'auteur

Lutz Bachmann, fondateur du mouvement anti-islam des Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident (Pegida), a démissionné de ses fonctions, mercredi 21 janvier. En cause, la révélation le matin même par le quotidien Bild que ce quadragénaire avait posté sur Facebook une photo de lui grimé en Hitler et traitait les étrangers de « bétail » et de « bâtards ». Pour un mouvement qui était à la recherche d’une certaine respectabilité, et se défendait d’être raciste, ces révélations tombaient on ne peut plus mal.

Interrogé par Bild, le dirigeant de Pegida a expliqué avoir fait ce cliché « chez le coiffeur » lors de la parution de la version audio d’un ouvrage satirique sur Hitler, Il est de retour, de l’Allemand Timur Vermes (2012).

Cuisinier reconverti dans la publicité, Lutz Bachmann, natif de Dresde, a fondé Pegida en octobre 2014 pour protester contre l’installation de camps de réfugiés en Saxe. Chaque lundi, il appelait la population à manifester dans les rues de Dresde, une démarche qui rappelait les manifestations pour la démocratie qui ont fait tomber le régime communiste en RDA à l’automne 1989.

40 000 PERSONNES ATTENDUES À LEIPZIG

Au départ, seules quelques centaines de personnes ont répondu à son appel lancé sur Facebook. Mais à partir de décembre, elles étaient plusieurs milliers. Outre des slogans contre les étrangers, les manifestants s’en sont pris à la fois aux « politiciens » et surtout à la presse, qu’ils qualifiaient de « presse mensongère » (« Lügenpresse »), une expression créée par les nazis dans les années 1930.

Le 12 janvier, selon la police, 25 000 personnes avaient participé à la manifestation de Dresde. Comme le rassemblement du 19 janvier a été interdit pour des raisons de sécurité, Pegida avait prévu de se joindre mercredi à une manifestation organisée à Leipzig, la deuxième ville de Saxe, par Legida, la déclinaison locale de Pegida. On attendait 40 000 manifestants mais également environ 60 000 contre-manifestants répartis dans une vingtaine de rassemblements.

BACHMANN PLUSIEURS FOIS CONDAMNÉ

Mercredi soir, nul ne pouvait dire si Pegida survivrait au retrait de son fondateur. Celui-ci était de toute façon en difficulté. Déjà condamné pour divers délits à trois ans et huit mois de prison, il s’était dans un premier temps réfugié en Afrique du Sud pour échapper à la justice. Après son extradition en Allemagne et deux ans de détention, ce partisan de la « tolérance-zéro-pour-les-immigrés-qui commettent-des-délits » s’est fait à nouveau condamner pour la détention de 40 grammes de cocaïne. Il est actuellement en liberté conditionnelle.

Son image était suffisamment mauvaise pour que, le 18 janvier, lors d’un talk-show télévisé très suivi, le premier auquel participait l’organisation Pegida, ce soit la porte-parole du mouvement, Katrin Oertel, et non lui, son fondateur, qui s’exprime. Après les révélations faites par Bild, le procureur avait annoncé lancer une enquête pour « incitation à la haine ».

Pour la petite histoire, ce n’est pas Pegida qui, initialement, a rendu publique la démission de son dirigeant, mais Frauke Petry, une responsable du parti eurosceptique Alternative pour l’Allemagne, ce qui en dit long sur les liens entre les deux organisations. Lors de ses vœux, le 31 décembre, Angela Merkel avait dénoncé les dirigeants de Pegida, qui, disait-elle, incitaient à « la haine », tout en affirmant « comprendre les préoccupations » des manifestants.

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/01/21/allemagne-le-leader-du-mouvement-anti-islam-pegida-se-met-en-retrait_4560813_3214.html

Mots clés : Discriminations-Minorités / Europe / Extrême droite - Antifascisme /

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