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Après la fin du pétrole

vendredi 25 mai 2007 - 2 coms

L’envolée des prix du pétrole, un triplement des prix en deux ans, a provoqué de nombreux articles dans les médias et des débats pour savoir si nous avions atteint le pic de Hubbert, moment où la demande devient supérieure aux capacités de production. Ce débat - fort intéressant - en masque un autre beaucoup plus général l’extinction généralisée des ressources de la planète.

Le pic de Hubbert pour le pétrole ne signifie pas que nous n’avons plus de pétrole mais que, celui-ci devenant plus rare, il sera vendu au plus offrant... et donc, d’une part les prix vont s’envoler, d’autre part, les conflits internationaux pour le contrôle des ressources, déjà bien présents, vont s’intensifier. Globalement, en supposant que la demande de pétrole soit maintenue à son niveau actuel et que l’on ne trouve plus de nouvelles ressources, les experts des agences internationales estiment que l’on dispose encore d’une cinquantaine d’années de réserves.

Déjà - cela se voit au niveau des constructions des nouvelles centrales électriques - la tendance est au renforcement de l’usage du gaz. Mais ce recours au gaz, utilisable facilement pour la production électrique, et assez facilement comme carburant dans les transports, ne sera que de courte durée : à consommation constante, il ne resterait que 70 ans de réserves prouvées. Une durée qui, dans la réalité, sera moindre du fait de la croissance prévisible de la demande pour suppléer au pétrole.

Le charbon reste encore abondant puisque les réserves sont estimées à 230 ans. Mais plusieurs problèmes se posent. D’un part, la relance des mines ne sera pas socialement facile à faire, un quart des réserves sont aux Etats-Unis - qui avaient anticipé en ne les exploitant que très peu jusqu’à maintenant. D’autre part, augmenter l’utilisation de ce combustible reviendrait à provoquer d’importantes émissions de gaz à effet de serre et donc aggraver les problèmes climatiques déjà sensibles.

Alors, le recours au nucléaire ? Aucun espoir de ce côté : les réserves prouvées On peut alors miser sur les énergies renouvelables pour maintenir une croissance mondiale... sans doute, dans le domaine de l’énergie. Mais c’est oublier un peu vite qu’il ne faut pas que de l’énergie pour produire des objets. Il faut aussi différents matériaux et dans le seul domaine des métaux, la situation est déjà tendue.

Des matériaux en voies de disparition

Lindium, découvert à la fin du 19e siècle, est un métal utilisé au départ principalement dans les fusibles et les transistors. D’usage plus récent, on le trouve dans les écrans plats de télévision ou d’ordinateur, mais également dans les photopiles. Problème : ce métal est particulièrement rare et les stocks connus ne permettront pas d’assurer plus de 13 ans de la consommation actuelle. Treize ans !

Les stocks connus d’argent ne permettent de répondre à la demande actuelle que pour les 28 prochaines années, l’or aux 37 prochaines années, le plomb n’est plus disponible que pour 43 ans, le zinc 45 ans, le cuivre 63 ans, le nickel 93 ans, le fer 118 ans, le platine 184 ans.

Ces chiffres symboliques cachent une réalité économique bien plus dramatique. Le pic de Hubbert, moment donc où la demande dépasse l’offre, arrive forcément bien plus tôt que ces délais.

Avec une croissance de la demande en moyenne de 4,5 % au niveau mondial, les prix s’envolent déjà. Certains veulent encore croire à des phénomènes spéculatifs, à un retard d’adaptation des capacités de production. Mais la réalité est plus dramatique : la nature généreuse n’en peut plus et les limites de son exploitation ont été atteintes.

Quelles solutions ?

Dans le cadre du "développement durable" - comprendre la non-remise en cause de la logique économique actuelle - on avance que le recyclage des matériaux devient de plus en plus intéressant au fur et à mesure que les prix augmentent. C’est vrai et cela peut permettre de gagner un peu de temps lorsque ces matériaux sont utilisés tels quels. Il existe ainsi d’importants stocks de cuivre recyclables dans les conduites électriques anciennes... que les ferrailleurs recherchent déjà activement. Mais cette vision a toutefois des limites.

Georgescu-Roegen, dans son livre La décroissance, rappelle les principes de la thermodynamique et en particulier le phénomène de l’entropie. Eentropie mesure la dégradation irréversible de certains phénomènes. Ainsi, lorsque les matériaux sont utilisés sous forme d’alliage, il est extrêmement difficile de les recycler sous leur forme initiale et, entropie oblige, on n’en retrouve jamais autant qu’au départ. Pour donner un exemple parlant, on peut réutiliser les vieux pneus pour en fabriquer des neufs... mais ce qui a été usé sur des milliers de kilomètres de route ne sera jamais récupérable. Même pour des filières à fort taux de recyclage comme le fer ou le verre, on ne dépasse jamais 75 à 80 % de recyclage.

Le recyclage est donc un moyen de reculer l’échéance, mais pas une solution. La solution passe par une diminution rapide et importante des besoins en ces matériaux, un enjeu que résume bien l’image de la décroissance.

Michel Bernard

S !lence #345 avril 2007

Messages

  • La solution passe peut être par la décroissance continue de la population pour ramener celle ci à un niveau qui lui permette de vivre en équilibre avec son milieu.

    Pour vivre en équilibre avec son milieu une population ne doit pas consommer plus que son milieu n’est capable de lui offrir, recyclage compris. Donc décroissance de la consommation et de la production. Est ce la fin de l’avoir et le renouveau de l’être ?...

    Mobar

  • Si le pic de production commence à être connu pour le pétrole, il en est de même pour d’autre énergies fossiles et pour un minerai bien particulier, l’uranium.

    Mais le début de la fin arrivera très vite, nous y sommes peut-être pour le pétrole (sinon c’est dans les 2 ou 3 ans qui viennent). Le gaz passera par un maximum vers 2025, l’uranium aussi , le charbon vers 2030-2040.

    Car il ne faut pas se leurrer lorsqu’on vous parle de réserves pour 40 ou 100 ans. On ne va pas produire au même rythme pendant des années pour que tout s’arrête d’une année sur l’autre.

    Dans chaque cas, cela passe par un maximum et la diminution peut ensuite être très rapide (voir pour le pétrole en Grande-Bretagne, fini le bonus de l’économie anglaise).

    Dans 20 ou 25 ans, la production mondiale de pétrole (y compris les bitumes, le très profond en mer, le polaire) sera la moitié de celle d’aujourd’hui.

    Pensez à vous mettre au vélo, car il n’y a pas d’autre solution à part le chemin de fer pour les transports.

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