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Brad Will assassiné par des policiers à Oaxaca

dimanche 29 octobre 2006

Le dernier texte du caméraman assassiné par la police à Oaxaca

Mort à Oaxaca

de Brad Will

NdT : Brad Will était un jeune caméraman indépendant de New York, appartenant au réseau altermondialiste Indymedia, qui se trouvait à Oaxaca depuis le début du mois d’octobre. Cet ancien squatter anarchiste du Lower East Side avait découvert le journalisme alternatif en travaillant bénévolement sur une radio libre locale, Steal this Radio. Il avait fait des reportages de New York au Brésil en passant par la Bolivie. Il avait connu les coups de la police new-yorkaise et brésilienne. Il est mort, caméra à la main, aux côtés du peuple en révolte d’Oaxaca, près d’une barricade du quartier de Santa Lucia, abattu par un policier en civil le samedi 28 octobre 2006. Brad est le 61ème journaliste assassiné cette année dans l’exercice de ses fonctions. Emilio Alonso Fabián et Esteban López Zurita ont aussi été assassinés par des policiers en civil le même jour. Voici un des derniers textes envoyés par Brad au réseau.

À l’aube du 16 octobre 2006

Hier je me suis baladé avec les braves gens de Oaxaca - je me suis baladé toute la journée en fait - dans l’après-midi ils m’ont montré où les balles étaient entrées dans le mur - ils ont compté celles qu’ils avaient pu localiser - ça m’a rappelé l’entrée de l’appartement d’Ahmadou Diallo (un Guinée tué par la police à New York, NdT) - mais ici les graffitis étaient là avant que les coups de feu éclatent - une balle qu’ils n’ont pas compté était encore dans sa tête - il avait 41 ans - alejandro garcia hernandez - sur la barricade du quartier chaque soir - ce soir-là, il est sorti avec sa felme et ses fils, pour laisser passer une ambulance - puis un pick-up a tenté de passer - il a pris leur balle quand il leur a dit qu’ils ne pouvaient pas passer - ils n’ont pas obéi - ces militaires en civil se sont frayés leur chemin à coups de feu.

Un jeune homme qui veut seulement être appelé marco était avec eux quand les coups de feu ont éclaté - une balle lui a traversé l’épaule - il était clairement sous el choc quand on s’est rencontrés - 19 ans - il a dit qu’il n’avait encore rien dit à ses parents - a dit qu’il était sur la barricade chaque nuit - dit qu’il y retournera aussitôt que la blessure se sera refermée - absolument.

Dans les jours précédents il y a eu une visite d’une délégation de sénateurs venus déterminer l’ingouvernabilité de l’État - ils en ont pu en avoir un avant-goût - l’appel a été lancé à fermer le reste du gouvernement - des douzaines de personnes sont parties du zocalo, au centre-ville, avec de grands bâtons et une caisse de bombes de peinture - ils ont pris le contrôle de trois autobus urbains et ils ont fait la tournée de tous les bâtiments du gouvernement local pour les informer qu’ils étaient fermés - et nous apprécions votre coopération volontaire - et ils sont sortis perturbés mais continuant à toucher leurs salaires - fermé - lorsqu’ils partaient de leur dernière étape 3 pistoleros sont sortis et ont commencé à tirer - 2 bus étaient déjà repartis - pagaille - dix minutes de bataille avec des pierres, des frondes et des cris - un blessé à la tête - un autre à la jambe - ils ont filé vers l’hôpital pendant que le combat continuait - alerte à la radio et des gens sont arrivés de partout - les pistoleros étaient au coin du bâtiment - ils sont aprtis - ils étaient à l’intérieur - personne n’était sûr - vigilants - des policiers en civil étaient signalés rôdant autour de l’hôpital et des gens se sont précipités pour aller monter la garde auprès des blessés.

Que dire de ce mouvement - ce moment révolutionnaire - tu sais qu’il est en train de se construire, de grandir, de prendre forme - tu peux le sentir - une tentative désespérée de démocratie directe - en novembre l’appo va tenir une grande conférence pour former au niveau de l’état une assemblée d’état du peuple de oaxaca (aepo) - il y a maintenant 11 états sur 33 au Mexique qui ont déclaré la formation d’asembleas populares comme l’appo - plus quelques-uns aux usa du côté de la otra - les marines sont retournés en mer même si les policiers fédéraux qui ont ravagé atenco restent dans les parages - le nouveau campement mexico a commencé une grève de la faim - le sénat peut expulser URO - la suite, personne ne la connaît - c’est un point de lumière focalisé à travers du verre - prêt à brûler ou à montrer le chemin - c’est clair que c’est plus qu’une grève, plus que l’expulsion d’un gouverneur, plus qu’un blocus, plus qu’une coalition de fragments - c’est une authentique révolte populaire - et après des décennies de domination du pri par la corruption, la fraude et les balles, les gens en ont marre - ils l’appellent le tyran - ils parlent de détruire son autoritarisme - on ne peut pas se tromper : il souffle un vent de jungle lacandone dans les rues - à chaque coin de rue, ils décident de tenir ensemble - tu le vois sur leurs visages - indigènes, femmes, enfants - si courageux - veillant chaque nuit - fiers et déterminés.
Suis reparti de la barricade d’alejandro avec un groupe de supporters qui venaient d’un district à une demi-heure de là - je suis parti avec des gens en colère en route vers la morgue - je suis entré et je l’ai vu - je n’ai pas vu beaucoup de cadavres dans ma vie - ça te bouffe - un tas de cadavres anonymes dans un coin - combien sont morts ? - pas de réfrigération - l’odeur - ils ont du ouvrir son crâne pour extraire la balle - je suis reparti avec lui et avec ses gens et maintenant alejandro attend sur le zocalo - comme les autres sur leurs plantones - il est en train d’attendre une impasse, un changement, une sortie, une issue, une solution - d’attendre que la terre tourne et s’ouvre - d’attendre novembre pour être avec ses proches le jour des morts et partager le manger et la boisson et une chanson - d’attendre que la plaza s’offre à lui et éclate - il va attendre jusqu’au matin mais ce soir il s’attend à ce que le gouverneur et sa bande partent pour ne jamais revenir - un mort de plus - un martyr de plus dans une guerre sale - encore une fois le temps des larmes et des blessures - encore une fois faire face a pouvoir et à sa sale gueule - une balle de plus qui pète dans la nuit - une nuit de plus sur les barricades - certains entretiennent le feu - d’autres se recroquevillent pour dormir - mais tous sont avec lui, le veillant pour son dernier repos.

Traduit par Fausto Giudice

http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1407&lg=fr

Messages

  • Nous attendons un sujet sur l’assassinat de ce journaliste américain ; comme on voudrait qu’il ne soit pas mort...
    Mais il n’y a rien il n’y aura rien il n’était pas dans le bon camp, dans le sens du vent...
    Et même ce cher Schneiderman ne lui accordera pas un numéro" d’arret sur images"tellement d’autres sujets "brûlants"
    Disney ou une affaire vielle de 30 ans mais policiére, les gens aiment les affaires policieres inexpliquées, surtout si elles sont
    bien glauques.
    Brad Will, personne pas même les pitres de RSF, ne parlerons de toi, quelques lignes peut être dans le nouvel Obs et encore...
    Mais on ne pourra plus dire que toute la presse est pourrie jusqu’a l’os ; seulement quatre vingt quinze pour cent.
    Comme dans ton pays désormais régne ici les" groupes de presse", qui n’ont de presse que le nom mais qui sont véritablement des groupes financier ou politico-financier ,ce qui est la même chose.
    Le pouvoir de ceux qui peuvent mille fois repeter le mensonge, en l’occurence le mensonge de l’Amérique latine, du mexique, d’Oaxca...
    A toi et aux tiens

    Macumazan

  • Un témoignage bouleversant, émouvant et.. posthume... hélas
    http://www.dailymotion.com/video/xum8f_hommage-brad-will

    c’est scandaleux que les médias restent silencieux sur Oaxaca... mais faut-il encore s’en étonner ?

    Lnela