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Des ouvriers thaïlandais embauchés pour 200 euros par mois à la Réunion

mardi 3 mai 2005

L’annonce de l’arrivée de 150 soudeurs thaïlandais payés 200 euros par mois pour travailler sur le chantier de l’extension de la centrale thermique de Gol, à Saint-Louis, dans le sud de l’île de LaRéunion, a provoqué un véritable tollé.

Plusieurs dizaines de militants du mouvement des chômeurs "Agi pour nou tout", ont manifesté le 15 avril devant le chantier pour dénoncer l’attitude scandaleuse d’Ansaldo, l’entreprise italienne retenue pour ce marché, qui a décidé d’employer des ouvriers payés avec des salaires honteux, ce qu’elle n’aurait pas pu imposer à des soudeurs réunionnais. Selon la Direction du travail, les soudeurs réunionnais au chômage seraient au nombre de 650. Et dans le sud de l’île, où se trouve le chantier, 45% de la population en âge de travailler ne trouve aucun emploi. C’est dire que cette affaire choque fortement de nombreux travailleurs, indignés par les agissements scandaleux de ces patrons, aussi bien envers les ouvriers thaïlandais que réunionnais.

Ansaldo intervient sur tous les continents pour installer des chaudières, entre autres choses. Ici, elle a sous-traité le travail à l’entreprise Emco qui explique que l’appel d’offres ne spécifiait pas qu’elle se devait d’embaucher de la main-d’œuvre locale. Et son représentant ajoute : "Pourquoi les ouvriers thaïlandais ? Tout simplement parce qu’ils possèdent la qualification professionnelle pour ce type de chantier (...) Les ouvriers thaïlandais sont des ouvriers fiables, dévoués, très professionnels. C’est une main-d’œuvre très peu onéreuse. On ne va tout de même pas aller chercher des soudeurs à Monaco ! Comme toute entreprise nous avons des critères de rentabilité". On ne peut être plus clair... et plus cynique !

Après l’annonce de l’embauche des ouvriers thaïlandais, nombre d’interventions ont eu lieu de la part des responsables de la Direction du travail et de l’emploi (DDTE) ou du préfet de région, des gens bien informés du dossier. Ce sont en fait tous ces responsables qui donnent leur aval à de tels appels d’offres et qui ensuite, lorsque le scandale est mis sur la place publique, font mine de s’indigner devant de telles pratiques salariales.

La DDTE et la préfecture ont finalement déclaré qu’il n’était pas question de payer les ouvriers thaïlandais à 200 euros par mois et que, comme le stipule un article du Code du travail : "Tout salarié étranger exerçant sur le sol français bénéficie des dispositions législatives en vigueur." Et d’ajouter que ces ouvriers ne pourraient donc pas être payés en dessous du smic. Mais de là à vouloir imposer quoi que ce soit à Emco et à Ansaldo, il y a un pas que tous ces hypocrites ne franchiront pas forcément, à moins d’y être aidés par une forte réprobation publique.

Il faut aussi noter la démagogie raciste de certains élus de droite du sud de l’île qui, pour donner l’impression qu’ils agissent dans cette affaire, auraient selon le Journal de l’île du 14 avril, demandé aux hôtels et pensions de la place "de fermer la porte de leurs établissements aux indésirables thaïlandais".

Les travailleurs de la Réunion ne peuvent se laisser abuser par tous ces individus. Ils doivent dénoncer les agissement de ces patrons ainsi que de tous ceux qui les soutiennent et les aident. Il doivent aussi dans le même temps, dénoncer l’exploitation forcenée des travailleurs thaïlandais, en exigeant et en contrôlant que leur soit bien payé le tarif salarial en vigueur.

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