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Guy Moquet : " Je souhaite de tout mon cœur, que ma mort serve à quelque chose"

jeudi 17 mai 2007 - 2 coms

de Al Faraby

Nicolas Sarkozy, élu grâce au report massif des voix du Front National fait dans la provocation et l’ignominie. Il proclame que Guy Moquet a donné sa vie à la France, ce n’est pas ce qu’écrit ce dernier dans la lettre adressée à ses parents.

Je cite : "Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose."

Nulle part Guy ne dit ce qu’affirme Sarkozy. Car il est bien commode de parler au nom de la France lorsqu’on veut brouiller les esprits et faire de la récupération politicienne. Aussi, il est certain que si on demande à Sarkozy de préciser au nom de quelle France il parle, alors il répondra aussi sûrement "au nom de toute la France" comme d’ailleurs il se proclame être "le Président de tous les français".

Est-ce la réalité ? Ou est-ce un tour d’illusion ? Je pourrai écrire "l’avenir nous le dira", mais ce serait de ma part induire en erreur le lecteur. Je serai en cela profondément malhonnête, car ce serait faire passer sous silence tout le passé politique, ancien et récent, de ce sinistre personnage, dont le bilan penche clairement en faveur des intérêts de la classe dominante dont il est un zélé serviteur.

Il est vrai que de nos jours, la lutte des classes a fortement reculé, que la classe ouvrière n’est plus "une classe en soi et pour soi".

La grande bourgeoisie est parfaitement consciente des enjeux. Elle est "une classe en soi et pour soi" et veille à brouiller jusqu’au bout les esprits et effacer de la mémoire collective toute référence à ce qu’a été réellement la Résistance contre l’occupation.

Malraux l’avait parfaitement perçu quand il a écrit : "Seule, la classe ouvrière, en tant que classe, n’a pas collaboré."

C’est cette réalité là que Sarkozy, par son geste de ce jour au Bois de Boulogne, veut renvoyer définitivement aux oubliettes.

Alors oui, faisons aujourd’hui que la mort du jeune Guy et de ses camarades, dont la plupart étaient au chômage, servent à quelque chose !

Au même moment où ce représentant de la finance faisait son tour d’illusionniste, nous étions un peu plus d’un millier à défiler entre "Bastille" et "Nation" pour protester contre les projets de classe prévus par Sarkozy pour l’université française.

Le hasard a voulu que je marche dans cette manifestation au côté d’un ouvrier noir africain et sans papiers. Il m’a raconté sa peur au quotidien pour éviter toute rafle et être renvoyer dans son pays, le Mali, où il aimerait bien y retourner s’il pouvait y travailler et y vivre.

"Je n’ai pas choisi de venir en France", m’a-t-il avoué, la gorge serrée. "Je dois absolument me cacher et travailler pour nourrir ma famille restée là-bas." et d’ajouter, "j’ai constamment peur qu’il m’arrive un accident de travail et que je ne puisse plus envoyer de l’argent à ma femme et mes enfants, car alors, tout ce que j’aurais enduré n’aura servi à rien."

Rentré chez moi, je prends connaissance du geste de Sarkozy au Bois de Boulogne et ressort de mes archives la lettre du jeune Guy Moquet. En la relisant attentivement je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement avec les propos tenus par l’ouvrier "sans-papiers" malien côtoyé à la manifestation de l’après-midi... et décide de la publier, sachant que les jeunes lecteurs de cette liste n’ont très certainement, jamais lu cette lettre et n’ont jamais entendu parler du jeune résistant Guy Moquet.

Grâce à Sarkozy, c’est désormais chose faite ... Aussi, restons vigilants pour que sa promesse de faire lire cette lettre à tous les lycéens à l’occasion de chaque rentrée scolaire soit tenue. Car ces gens-là ont, quand leurs intérêts l’exigent, la mémoire très courte.

http://www.aloufok.net/article.php3?id_article=3866

Messages

  • La mort des victimes ne sert à rien hélas ; c’est un appel à la jeunesse non à se révolter ni à l’insoumission mais au sacrifice, et au contraire un appel à la soumission sacrificielle de la jeunesse pour la collectivité, dans le sens le plus biblique du terme... (Abraham) tel m’apparaît la signification de ces intentions présidentielles inaugurales ; en associant le jeune Möquet avec l’hommage à Clémenceau, celui qui a réprimé durement les déserteurs fraternels pendant la première guerre mondiale au nom de la victoire nationale, il créée un effet d’effacement de la résistance, il ne faut pas s’y tromper, tout en flattant les communistes déçus par le premier tour... C’est proprement machiavélique (non pas dans le sens progressiste du terme car il en est un, mais dans le sens négatif convenu ;-)

    La mort du colonnel Fabien n’a servi à rien, ce qui a servi c’est qu’il se fut porté volontaire comme militant communiste pour donner le signe clair de l’entrée du parti en résistance, en tuant un allemand dans le métro de Paris. Et par conséquent, commettant en quelque sorte le premier attentat sucide en France moderne ; à défaut de se faire sauter avec sa cible, puisqu’il fallait donner clairement le message de la guerilla, il s’est fait immédiatement arrêter et certes fut condamné à mort. Ce qui a servi c’est le crime qu’il a commis lui-même, mais contre les liberticides — quitte à en avoir sciemment payé le prix de sa propre vie.

    Ni l’affiche rouge, ni Fabien, n’auraient pu faire l’objet d’une célébration par ce nouveau président, vu la somme des signes contradictoires ou associés de morbidité et de mortifications du peuple qu’il a adressés aux citoyens français mercredi, en cinq annonces symboliques.

    Si de Gaulle avait une place associée à la résistance communiste, ce n’était sûrement pas à mettre en équivalence l’armée civile et militaire des forces françaises libres commandées depuis un gouvernement en exil (donc tous insoumis), avec l’armée nationale de Clémenceau qui a fusillé des internationalistes, communistes et anarchistes parce qu’ils refusaient la guerre nationaliste et convainquaient des deux côtés de la frontière les autres soldats de ne pas faire la guerre.

    Où de Gaulle n’a jamais trahi son héritage héroïque propre, c’est en restaurant le devoir d’insoumission aux droits de l’homme suspendus, en annexe de la constitution du gouvernement de la Libération, et en le restaurant dans la 5è comme il avait disparu dans les gouvernements précédents adeptes des droits adoptés à Rome par les réactionnaires collaborateurs revenus au pouvoir en 1955.

    Sans amnistie. il n’y aurait jamais eu de paix civile assurée par de Gaulle plutôt que la guerre civile. Mais insoumission et amnistie sont liés. On sait et on voit avec Battisti, comme avec les prisonniers d’Action Directe pourtant parvenus au terme de leur temps de prison incompressible, commele nouveau président ignore l’amnistie du peuple... Au point qu’il a dérogé à l’amnistie présidenteille des petits délits, pourtant traditionnelle pour inaugurer sa fonction.

    Ignorer que la notion de paix civile dans la conception et la pratique de de Gaulle reposait à la fois sur la reconnaissance du droit d’insoumission et de l’amnistie succédant aux crises, tout en associant l’hommage à de Gaulle à celui de Clémenceau, avec d’un côté le soldat inconnu et de l’autre l’activiste otage se réalisant en victime et non pas en héros, ou même les fusillés du monument de la cascade, parce qu’ils composaient un syncrétisme des forces de résistance, est proprement un détournement du sens de chaque symbole, au profit d’un sens global dont il ne faut ni se réjouir ni ne pas s’apprêter à le combattre.

    Je trouve au contraire cela non pas putassier, mais clairement signifiant d’un pire annoncé. Cela même, fait froid dans le dos.

    O.

  • trop cool son idée....un bolchévique prenant la parole post mortem dans les écoles, le pied !
    allez sarko encore une connerie de ce genre et ont verrat l’équivalent du PCN s’installer en france !

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