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ITALIE : "Accueillir les immigrés à coups de canon"

vendredi 27 juin 2003 - Contacter l'auteur

Au moins deux cents immigrés clandestins sont morts dans un naufrage le 20 juin 2003 alors qu’ils passaient de Tunisie vers l’Italie. Pourtant, le gouvernement de Silvio Berlusconi continue à considérer que la force est la seule réponse possible à l’immigration.

Une fois de plus, les immigrants clandestins ont payé un lourd tribut à la mort. "41 naufragés ont été retrouvés en mer, on compte 12 morts et 197 personnes sont portées disparues", rapporte le "Corriere della Sera" en évoquant le naufrage, vendredi 20 juin -" Journée mondiale des jeunes réfugiés", précise, entre ironie et tristesse, le quotidien communiste "Il Manifesto "-, d’un rafiot rempli de candidats à une vie meilleure. Difficile de survivre dans les eaux du canal de Sicile, et pourtant Mohammed ben-Thara, un jeune Somalien rescapé du naufrage, "a réussi à échapper à la mort après avoir nagé cinq heures durant au milieu de la Méditerranée", raconte le "Corriere".

Le navire a coulé au large de la Tunisie, point d’embarquement vers l’Italie pour des milliers "de jeunes âgés de 18 à 25 ans originaires de divers pays d’Afrique : du Maroc et de la Tunisie le plus souvent souvent, mais aussi d’Egypte, du Mali, du Ghana, de la Somalie et du Liberia", précise le "Corriere della Sera". Depuis le printemps, le nombre de migrants qui cherchent à débarquer en terre italienne est en forte augmentation. Les clandestins échouent depuis plusieurs semaines sur les côtes de l’île de Lampedusa, située entre Malte et la Tunisie.

1 500 euros pour traverser la Méditerranée

Désespérés, ces hommes quittent leur terre pour un long voyage qui passe la plupart du temps par la Libye, la Tunisie et se termine en Italie. Espérant trouver un pays de cocagne, ils sont en réalité les victimes d’un triste trafic : selon les sources du "Corriere", "ce commerce de la misère des hommes est probablement organisé par un groupe de policiers libyens. Ces derniers n’exigent pas moins de 700 euros par passager en moyenne pour traverser le canal de Sicile. Toutefois, ils n’hésitent pas à augmenter le prix du voyage, qui peut parfois s’élever à 1 000 ou 1 500 euros."

Après s’être fait extorquer leurs derniers sous, "après ce voyage de la honte, après la traversée de la mer, après la mort qui les guette, ces hommes n’ont vu qu’une partie de l’enfer", s’indigne "Il Manifesto". Le quodidien communiste regrette que le gouvernement Berlusconi ne connaisse que la force pour endiguer l’immigration clandestine : "Face aux réfugiés, la seule réponse que le gouvernement est capable d’offrir se trouve dans le décret de la loi Bossi-Fini de 2002 approuvé le 19 juin, qui dit que ’là où l’on doit nécessairement recourir à la force, l’intensité, la durée et l’extension de la réponse doivent être proportionnelles à la force de l’outrage, à l’actualité et à la menace effective’".

Une politique de petites astuces et de bouts de ficelle

Un fatras que le leader de la Ligue du Nord Umberto Bossi, à l’origine du texte, résume très sérieusement : "A la deuxième ou à la troisième sommation, boum, un coup de canon. Maintenant, on cesse de tergiverser et on tire dans le tas. Autrement on n’en verra pas la fin", rapporte le "Corriere della Sera". Bossi a d’ailleurs demandé la tête du ministre de l’Intérieur, Giuseppe Pisanu, qu’il accuse d’être trop tendre avec les clandestins. Ce dernier, toujours cité par le quotidien milanais, a rétorqué que le nombre d’immigrés clandestins en Italie est de toute façon inférieur à celui de l’Allemagne ou de la France.

Le journal de gauche "La Repubblica" tempère cependant ce flot xénophobe et convient que "l’on sait depuis fort longtemps qu’il ne faut pas prendre au sérieux les menaces d’Umberto Bossi". "Bossi semble avoir concentré d’anciennes et de nouvelles frustrations politiques sur les débarquements de clandestins à Lampedusa", nuance "La Stampa". Pour cette dernière, le leader léghiste [membre de la Ligue du Nord, parti séparatiste de droite] gesticule ainsi pour "maintenir à son plus haut point la tension en vue d’un éventuel remaniement gouvernemental, pour enflammer le coeur des léghistes avant le traditionnel meeting d’été de Pontida [sorte de Fête de l’Huma de la Ligue du Nord] et enfin pour se consoler de sa brûlante défaite lors des élections locales de juin dernier".

Même si les colères et les menaces de Bossi n’impressionnent plus, "elles ont au moins le mérite de recadrer le débat politique italien", ajoute "La Repubblica". Les attaques de Bossi contre les clandestins permettent "de délaisser le débat sur les affaires judiciaires de Berlusconi, qui a monopolisé pendant des mois la scène, pour se concentrer sur une question qui nous concerne tous : l’immigration". Et le quotidien romain d’analyser : "L’attitude d’Umberto Bossi prouve encore une fois que le gouvernement Berlusconi n’a pas de politique pour l’immigration, comme il n’a pas de politique économique, sociale et étrangère. Seulement des slogans, des astuces, de la poudre aux yeux pour masquer les divisions qui traversent la majorité et quelques ficelles pour durer tant bien que mal."

Magali Amougou

http://www.courrierinternational.com/actual/aujourdhui_etranger.asp

Mots clés : Italie / Les « sans-papiers » - Immigration /
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