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Interview de Roberto Ferrario, Collectif Bellaciao (Paris)

vendredi 21 novembre 2003 - Contacter l'auteur

Il y a deux ans est né le "Comité Resistenza", géré par des
Italiens qui vivent à Paris, avec pour objectif de combattre
Berlusconi. "Nous avons appris que Sgarbi, alors sous-secrétaire
à la Culture du gouvernement italien, devait venir au Salon
du livre de Paris. Nous avons été 200 à l’accueillir avec
l’objectif, qui s’est réalisé, de le chasser à coups de pied.
", dit Roberto Ferrario, l’un des fondateurs du Comité que
nous rencontrons lors d’un séminaire FSE. Peu de temps après,
le comité s’est dissout à cause de problèmes internes.

"Un ami et moi avons décidé de créer un forum de discussion
et c’est ainsi qu’est né le site Bellaciao autour duquel se
sont rassemblés quelques dizaines d’amis et de camarades :
le collectif. Lors des premiers mois, nous avons organisé
des initiatives au Babel Café, le vieux bar de Manu Chao quand
il habitait Paris, à Ménilmontant, un quartier populaire de
Paris où existe un "mouvement" non lié aux partis, avec lequel
nous avons collaboré en organisant des débats, des discussions
et la projection de quelques films dont le premier a été "Carlo
Giuliani, ragazzo" de Francesca Comencini, en présence de
Haidi Giuliani."

RAPPORTS AVEC LES INSTITUTIONS ET LIGNES POLITIQUES

Nous ne sommes liés à aucun parti ou organisation française
parce que nous n’en avons trouvé aucun (aucune) qui réponde
à nos exigences. Bellaciao est un collectif mixte d’Italiens
et de Français qui sortent d’expériences personnelles et politiques
décevantes. Nous disons ce que nous pensons sans prendre de
gants, de la manière la plus large possible contrairement
aux habitudes françaises et c’est pourquoi nous dérangeons.
Nous sommes convaincus que dans la diffusion de l’information
nous pouvons retrouver les bases d’une démocratie horizontale.


DEMOCRATIE HORIZONTALE

Le concept de démocratie horizontale se base sur l’expérimentation.
L’idée est de rendre le plus grand nombre possible de personnes
partie prenante des décisions les plus importantes, en partageant
les responsabilités qui en découlent entre tous les acteurs.


METHODES ET TECHNIQUES DES INITIATIVES PROPOSEES


Exemple : nous projetons souvent des films suivis d’un débat
non dirigé. Nous nous plaçons au milieu du public avec un
microphone. Au début, celà choque : premièrement parce que
c’est une pratique contraire aux habitudes parisiennes, deuxièmement
parceque nous ne faisons pas l’habituel speech initial et
passons tout de suite le micro à qui est à côté de nous.
Il se crée ainsi des moments très conviviaux. Les gens sentent
qu’ils peuvent parler avec leur langage, à leur façon. Il
n’y a pas de "spécialistes" qui monopolisent la parole et
le savoir. Nous préférons un débat dont le niveau politique
n’est pas très elevé mais qui au moins est participatif. Les
gens doivent se sentir chez eux.
Nous avons aussi beaucoup travaillé au sein du FSE où nous
avons gardé une position très critique en nous occupant de
la Commission Culturelle et Artistique.

VOTRE RÔLE DANS LE FSE DE PARIS


La gestion de ce forum est franco-parisienne. Nous avons eu
d’énormes difficultés à faire intervenir les camarades français
venant d’autres villes, pour ne pas parler des étrangers.
Nous avons essayé de mettre en évidence différentes contradictions
comme, par exemple, le manque d’intérêt total pour le thème
de la culture que nous considérons, au contraire, fondamental
dans la lutte. En nous battant, nous sommes arrivés à réaliser
100 projets durant ces journées de forum social, n’obtenant
que 50 000 € sur un budget déclaré de 3 500 000 €.

RAPPORT ENTRE LE COLLECTIF BELLACIAO ET PARIS

Nous nous positionnons comme une organisation politique. Nous
sommes très intégrés dans le territoire grâce à notre présence
au Babel Café. Tous les ans, nous organisons le 21 juin un
très grand concert où passent quelques groupes pour un public
de 3000 personnes. Cette année, sont aussi venus nous voir
les ZEBDA, un groupe de Toulouse connu à travers toute l’Europe.
Cette manifestation nous permet d’entrer en contact avec les
jeunes du quartier. Nous participons activement au mouvement
des intermittents du spectacle.

QUI SONT LES INTERMITTENTS DU SPECTACLE ?

L’intermittence est un rapport typiquement français entre
emploi et rémunération : c’est un protocole qui prévoie le
paiement du chômage. Par définition, les intermittents n’ont
pas de contrats à durée indéterminée, l’emploi n’est pas continu
et il y a des vides financiers qui sont couverts par des allocations.
Pour bénéficier de ce droit il faut produire un certain nombre
d’heures de travail dans l’année. Le nouveau statut va mettre
à la rue 30% des intermittente du spectacle. Cela tue la production
culturelle de base qui est alimentée par de petits évènements
et par des actions de quartier.

CULTURE ET ART D’EN-BAS

L’expression artistique n’est pas le privilège exclusif de
certains. Notre but est d’aider le plus grand nombre d’artistes
à concrétiser leur créativité en donnant un coup de main particulier
à ceux qui sont inconnus. On doit aider financièrement et
structurellement l’artiste en ouvrant des espaces d’exposition
qui rendent son travail visible et accessible au plus grand
nombre.

FINANCEMENT

Nous vivotons pour le moment avec les contributions personnelles
des camarades les plus actifs.

RAPPORT AVEC LA COMMUNICATION

La communication n’existe pas. Elle est monopolisée par un
système. Celui qui réussit à produire quelque chose en dehors
de ce système reste à un niveau marginal. Nous, nous pensons
qu’un site indépendant n’a de sens que s’il est lié au mouvement,
s’il en devient un instrument. Hormis Indymedia Paris avec
qui nous collaborons, nous avons pas mal de problèmes avec
les autres medias parisiens. Il semble que notre attitude
dérange aussi cette élite de l’ultra-gauche qui prétend représenter
le mouvement.
Aujourd’hui, en France, le mouvement est très faible ; la coordination
des intermittents du spectacle qui n’existe que depuis cinq
mois et les Sans-papiers, malgré leurs années de lutte, restent
de toute façon en marge. Hormis quelques partis politiques
et quelques organisations, le mouvement est peu présent au
FSE.

GUERRE

C’est un gros problème français. La France est une nation
pro-nucléaire et pro-armement. La gauche, dans sa totalité,
soutient ces réalités. Très peu de petites organisations se
rangent contre. Ensemble, nous sommes en train de préparer
une manifestation pour le 17 janvier 2004. En France, quand
on parle de guerre, on se réfère à la Palestine et à l’Irak,
en oubliant tous les autres conflits, surtout en Afrique,
qui voient l’armée française engagée directement. Toutes les
manifestations contre l’agression contre l’Irak étaient anti-
guerre et jamais pour la paix, et la participation populaire
était presque nulle. On ne peut pas créer un front large et
unitaire en tenant des discours sectaires comme ceux de la
gauche française.

RAPPORT AVEC L’INFORMATION

Il y a dix mois, nous avons dénoncé depuis notre site comment
le FSE dépensait le budget alloué. Un exemple : louer la Grande
Halle de la Villette a coûté 1 100 000 €. Nous voulions savoir
la raison de ce prix exorbitant. Nous n’avons toujours pas
de réponse aujourd’hui. Nous avons dénoncé que le mouvement
n’était pas présent à ce forum, le manque d’espaces consacrés
à la culture, l’usage du multiplex comme siège pour les séminaires
contre la guerre, quand ce lieu appartient à la plus grande
société qui fournit des appareils électroniques de contrôle
et de commandement à l’armée américaine.
D’ici 4/5 mois, il y aura, en France, les élections régionales.
Le parti communiste, désormais agonisant, a tout misé dans
l’organisation de ce forum, en le saucissonnant entre Saint-Denis
(Nord), Bobigny (Nord-Est) et Ivry/Seine (Sud), petites villes
très éloignées les unes des autres dont les maires appartiennent
chacun à un courant différent du parti nommé ci-dessus, pour
obtenir une plus grande visibilité.

Interview réalisée par Paola du site SOCIALPRESS de Milan
pendant le FSE à la Villette, Paris :
www.socialpress.it

Photo MaloTa de TRIBU RIBELLI
www.triburibelli.org

Samedi 15 novembre 2003
Traduction G.R. et MC.R.

20.11.2003
Collectif Bellaciao

Mots clés : Mouvement / Roberto Ferrario /
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