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Le Bûcher des vanités

mercredi 25 mai 2011 - Contacter l'auteur

Ça pourrait-il être la fin de la mascarade, une fois, tout ce tintouin autour de surprises qui n’en sont pas tout en en étant quand même ? J’entends parler de ces révolutions nord-africaines et moyen-orientales puis grecques, puis espagnoles qu’on n’avait pas vues venir, paraît-il, aussi peu que la défaite nucléaire de quatre réacteurs japonais face à un séisme aussi improbable de puissance que le tsunami qui s’en est suivi, autant que de cette rocambolesque affaire Strauss-Kahn, dont on ne sait pas et ne saura probablement jamais s’il a commis toutes les saletés criminelles qui l’ont engeôlé, mais qui aura quand même permis qu’on sache qu’on nous tramait l’évidence de son destin présidentiel en "retenant" (ce dit pour rester neutralement bienveillant) un tas d’informations crousti-crousti sur la vie de turpitudes d’un serial fucker.

On trouvera sans doute le rapprochement de ces événements, révolutions, explosions nucléaires et scandale politico-mondain, un peu oiseux, et l’on aura certes raison si l’on en reste au pur factuel, qui d’ailleurs doit se décliner au pluriel, puisqu’à moins d’y voir l’effet de la Providence, toujours et forcément unique, il faudrait être fou pour trouver le moindre point de concordance entre les faits qui ont abouti en février et mars au départ de deux vieilles fripes dictatoriales, puis en avril à la contestation d’une autre par sécession interminable d’une partie de son peuple, puis d’encore quelques autres par la chute probable desquelles il est plus que certain que nous devions renoncer cet été à toute excursion touristique aux pays des mille et une nuits, et aussi en celui du soleil levant et même à la Grèce et à l’Espagne donc, et où encore ? puisque le jeu de quilles semble se propager – il faudrait être fou, donc pour discerner déjà entre ces phénomènes complexes le moindre lien consistant et penser pouvoir en établir en sus, avec la sordide affaire du bégaiement de la libido d’un prince au moment de franchir la haie qui devait le faire roi.

Pas de lien, vraiment, sauf celui-ci, qui pourrait être un espoir : la fin d’une mascarade, les facettes multiples d’un unique et plaisant et inévitable dévoilement, la rébellion des forces telluriques et spirituelles vitales contre la chape méphitique de mensonges et d’intérêts depuis trop longtemps consentie par la paresse et la lâcheté des hommes à accepter pour finalité dévoyée à la quête du sens qui les habite nécessairement, celle de l’hébétude consumériste qui les conforme inéluctablement. Ce serait trop beau, sans doute, mais comment ne pas en rêver face à l’affolement des commentateurs autorisés de toute espèce, "spécialistes" universitaires, politiques, journalistiques, économiques, techniques, psychologiques, philosophiques, sismiques, nucléariques, anathémiques, mais dont le piaillement infernal déferle, de plus en plus évidemment inconséquent, depuis le début de cette si belle année 2011 qui paraît n’en pas vouloir finir de ridiculiser en direct les prophéties et mea culpa de ces sentencieux de bistrot qui nous ont enfarinés depuis tellement d’années ? Qu’adviendra-t-il de ce dévoilement, qu’en ferons-nous ? Je l’ignore, mais je me projetterai j’espère encore longtemps quelques séquences du grotesque dans lequel se sont enfoncés certains avisés, à l’image du journaliste spécialiste des trucs techno-tectoniques, Michel Chevalet réagissant en direct aux premières images du tsunami japonais balayant sur son passage ce qu’il était pourtant assez facile de deviner, malgré l’altitude de la prise de vue, comme étant les hangars d’une bourgade rurale, et affirmant benoitement à la journaliste qu’ "en réalité, le front de vague n’avance pas très vite, un homme entrainé pourrait courir devant sans problème". Ou l’inénarrable Bernard-Henri Lévy, osant écrire, pour prendre la défense de son ami Dominique aux premières heures de la curée qui, il est vrai, s’était déchainée contre lui, qu’il se demande, sans même paraître remarquer ce qu’il y a d’insultant et d’accusatoire pour la déclarée victime, "comment une femme de chambre aurait pu s’introduire seule, contrairement aux usages qui (…) prévoient des "brigades de ménage" (…), dans la chambre d’un des personnages les plus surveillés de la planète". Une excuse, peut-être, à un tel mépris : le regret indicible des complicités joviales vécues avec un voisin de palais (à Marrakech, celui de BHL voisine avec celui de DSK) au temps encore tout frais où il faisait si bon boire le Raki (pastis local) en s’autorisant quelquefois peut-être à "trousser des soubrettes" ? Pour faire bonne mesure, on ne peut pas ne pas citer encore Michèle Alliot-Marie proposant à Benali, via la tribune de l’Assemblée nationale, l’expertise des forces de sécurité françaises pour l’aider à mater la révolte qui le destituerait quelques heures plus tard ; ou ces cohortes d’experts nucléaristes appelés à la rescousse de leur lobby, prétendant contre toute évidence que la situation à Fukushima était "sous contrôle"…

2011, année de la perle, vraiment, et il serait fastidieux (et facile cependant) d’en aligner un échantillon représentatif.

Mais revenons à l’espoir insolent et inepte qui, pour moi, se profile derrière le ridicule de plus en plus transparent de ces propos de chaisières, que laminent cependant un à un les événements, et qu’ils tentent vainement d’enfermer derrière les digues de leur servile et suffisant conformisme. A la Puerta del Sol, à Madrid, on entend retentir depuis 10 jours une musique que l’infatigable contempteur d’Euro que je suis trouve doublement sympathique : le rejet absolu, déterminé et calme de milliers de nos enfants, entre vingt et trente ans pour la plupart, d’une classe politique dominante, tous bords confondus, qui les a foutus à la rue bien avant qu’ils ne l’envahissent ; et la jubilation personnelle de ce constat simple qu’alors que la génération des soixanthuitards n’avait su engendrer presque que des fils à papa arrivistes et conformistes, celle de nos enfants est en train de faire trembler la planète.

Tout ça n’est qu’un rêve, assurément. Mais qu’il fait bon !

http://www.lepost.fr/article/2011/05/24/2504477_le-bucher-des-vanites.html

Mots clés : Justice-Droit / Serge Rivron /
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