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Le communisme dans le mouvement de l’histoire

samedi 6 juin 2009 - Contacter l'auteur - 1 com

Michel Peyret
4 juin 2009
(Réponse au commentaire qui se trouve à la fin de ce texte )

LE COMMUNISME DANS LE MOUVEMENT DE L’HISTOIRE

Y a-t-il des formes de communisme qui ont pu exister en d’autres temps et en d’autres civilisations ?
Le mouvement de l’histoire est aussi celui des civilisations qui se succèdent selon le principe de rupture / continuité .

LA NEGATION DE LA NEGATION

Les pourtours de la Méditerranée ont été des lieux où sont nées , se sont succédées , se sont mélangées les civilisations .

C’est aussi ces pourtours , ou leur proximité , qui ont vu apparaître « le croissant fertile » et c’est dans ces territoires également que sont nées les trois religions monothéistes , lesquelles se réclament du même Dieu .

Et c’est aussi par Al-Andalous et Averroès que nous sont venus des pans essentiels de ces civilisations . Ce sont des données qu’il nous est difficile d’oublier , sauf à considérer que le « table rase » serait constitutif de l’histoire , alors qu’il serait plutôt sa négation .

Sans doute aussi faudrait-il faire appel à « la négation de la négation » pour concevoir que des formes de communisme primitif puissent trouver des développements à un stade plus avancé dans ce mouvement des civilisations .

Quel peuple de ce pourtour méditerranéen pourrait-il dire que sa culture et/ou son identité ne doivent rien à ces successions et à ces échanges ?

UN GOUFFRE ENTRE PEUPLES ET PARTIS

Le peuple , que je ne mets pas pour ma part entre guillemets , et que je le considère constitué d’individualités condamnées , si elles veulent sortir des dominations , exploitations et aliénations , à construire du commun et à agir ensemble pour changer de société .

En ces fins de tout un système , ce n’est pas seulement un « hiatus » entre peuple et partis existants , c’est un gouffre .

Sans doute conviendrait-il de revenir sur l’histoire des partis , lesquels n’ont pas toujours existé , et comme rien n’est éternel , peut-on penser qu’ils existeront pas toujours . Ce me semble « aller de soi » .

Ils semblent être apparus à un certain stade de la stabilisation du système capitaliste , mais peut-être aussi après l’expérience qu’a constitué la Commune de Paris pour les différentes classes et couches sociales , certaines « jouant » la consolidation et l’approfondissement du système , d’autres le contestant tout en s’inscrivant dans les dispositions institutionnelles et constitutionnelles le formalisant

A la mesure du rôle grandissant de l’Etat , voire d’un hyper étatisme grandissant qui se concrétisera tout aussi bien dans les pays capitalistes que dans les pays et partis se réclamant d’un communisme prenant ses distances avec des pans essentiels de l’apport de Marx , la structuration des partis devint de plus en plus complexe , se centralisera dans le sens d’une hypertrophie organisationnelle s’éloignant plus ou moins des intérêts de la classe dont ils étaient , ou se voulaient être les représentants .

LES ELECTIONS ET LA DELEGATION DE POUVOIR

Le système électoral mis en place s’affirma tout d’abord avec des restrictions censitaires et sexistes révélatrices de son fondement et se révélera être un support essentiel de la domination de classe et de la préservation du système .

En s’inscrivant dans la seule délégation de pouvoir , sans moyens de contrôle pour l’accompagner et la circonscrire , ce système électoral s’affirmera être un moyen essentiel permettant aux appareils des partis de s’éloigner , de prendre de la distance , avec les « promesses » électorales , avec les programmes électoraux , lesquels , souvent , ne reflétaient que « petitement » les besoins et aspirations des électeurs-salariés-citoyens .

Aujourd’hui , avec l’approfondissement de la crise du capitalisme , le« hiatus-gouffre » est béant . La baisse tendancielle du taux de profit conduit le système à ne plus consentir aux « cadeaux « qui lui avaient permis d’acheter la paix sociale , c’en est fini de Keynes ou du « fordisme » , les acquis des luttes précédentes sont remis en question .

TOUTES LES DIMENSIONS DE LA CRISE DU CAPITALISME

La crise du capitalisme , ce n’est plus la seule crise économique mais un ensemble de crises qui affectent de la vie de la société et de ses différents aspects . En fait , ce n’est plus seulement la crise du système mais une crise de civilisation qui appelle une nouvelle civilisation .

Il y a la crise énergétique , la crise environnementale , la crise de la faim , la crise de l’eau , mais aussi la crise des transports , de l’aménagement du territoire , du logement , de l’école et de l’Université , de la recherche , de la santé... Rien , ni personne n’est épargné !

Et il y a simultanément une crise juridique , une crise institutionnelle , une crise constitutionnelle , dont la crise des partis n’est que l’un des aspects , même s’il n’est pas secondaire .

L’essentiel des forces politiques s’est en fait intégré à l’ensemble du système et elles sont aussi dans les fins...

TOUT EST A RECONSTRUIRE

Dans un processus de ruptures / continuités, tout est à repenser , à reconstruire , y compris la forme d’organisation des forces politiques et syndicales et ce sont les salariés qui doivent construire ces organisations dont ils ont besoin aujourd’hui .

On peut penser que la centralité restera une dimension incontournable mais l’horizontalité doit connaître un grand développement avec des structures le permettant , telles les groupes de travail par thèmes , côtoyant des structures d’entreprises ou locales .

La souplesse de ce fonctionnement doit s’opposer à toute rigidité , à tout centralisme castrateur des diversités , à l’étude la plus poussée des contradictions en oeuvre dans toute situation concrète .

Et nous ne sommes plus à l’époque où Marx considérait que les chemins de fer naissants comme un atout nouveau pour la communication et l’échange des idées dans le prolétariat .

Avec Internet et d’autres supports , l’informatisation qui se généralise , il est possible de penser , dans la sphère du travail , de la production et des échanges comme dans toute la société , un développement considérable du débat interne aux organisations comme du débat public , les deux aspects se confortant pour permettre la prise de décision . Des débats et consultations rapides peuvent être organisés sur les sujets les plus divers .

PROMOUVOIR LES FORMES DE DEMOCRATIE DIRECTE

Il est bien sûr important qu’à l’informatisation des entreprises s’ajoute celle de toutes les familles et qu’à cette fin des dispositions soient prises , par exemple dans le cadre du développement des gratuités .

Il m’apparaît ainsi que des formes de démocratie directe puissent être largement promues et élargies , tout à la fois dans la vie démocratique publique et dans le débat interne des organisations , les deux aspects concourant au même objectif .

Ces dispositions , pour être véritables , doivent pouvoir s’appuyer , être conditionnées même , par ce qui est resté ignoré de l’apport de Marx , l’appropriation sociale et le dépérissement de l’Etat...

DES RUPTURES INDISPENSABLES

Comment pourrait-il y avoir passage à une autre démocratie si les richesses produites par la société , par le travail de toute la société , demeuraient confisquées par une étroite minorité de possédants des principaux moyens de production et d’échanges et si l’on n’avançait pas dans le même temps vers l’auto-administration de la société par elle-même , en prenant ainsi en considération les acquis déjà significatifs existants en ce sens dans la société actuelle et qui ne demandent qu’à être promus et généralisés .

Aussi , tout en prenant en considération tout le passé collectif dont vous parlez et qui fonde l’identité spécifique du peuple français , il convient également d’examiner les ruptures nécessaires constituant le « bond qualicatif » constitutif du changement de société .

Le passé est toujours présent mais le mouvement de l’histoire abolit sans cesse une partie du présent et voit naître du nouveau .

Depuis Héraclite on sait que l’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve . De façon plus populaire , on dit aussi que l’histoire ne repasse jamais les mêmes plats .

Et c’est le peuple qui écrit l’histoire et non les partis , forces et formes politiques . Ce peuple vit dans une société et un monde profondément différents de ceux que connaissait le début du 20eme siècle .

LE TEMPS DE L’AUTOMATION ET DE L’INFORMATISATION

Au siècle où l’automation et l’informatisation révolutionnent la production , au même titre que « jadis » la révolution industrielle , le salarié de notre temps est celui qui met en oeuvre ces outils qui transforment profondément les conditions de travail et de vie , créent une augmentation considérable de la productivité .

C’est un homme nouveau qui peut envisager la fin du capitalisme avec une conscience nouvelle de ses capacités humaines de maîtriser son présent et son avenir .

Cet homme nouveau , ce « prolétaire » de notre temps , ne peut être celui qui attend tout de structures ou organisations extérieures à lui-même -ni Dieu , ni César , ni Tribun .

C’est lui -même qui peut concevoir l’organisation dont il a besoin pour assurer son pouvoir dans la société dont il vit lui-même , et maîtrise , les transformations radicales par ce qui est son expérience concrète .

Aujourd’hui , ce ne sont pas , ou plus , « les tenants du socialisme et du communisme » qui doivent être « écoutés » par le peuple . Ce sont les organisations se fixant ces objectifs qui doivent être à l’écoute du peuple , de ses individualités , pour construire du commun dans le double processus de centralité et d’horizontalité .

le futur est issu du passé le plus proche
le Lundi 01/06/2009 à 22:48
Gardons nous des analogies trop rapides puisées dans l’histoire d’autres pays. 
Actuellement, il semble y avoir un hiatus entre l’existence et l’influence des partis existants et les dizaines de millions qui constituent "le peuple". Que celui-ci se révolte un jour, nul n’en doute, à commencer par l’oligarchie financiere. 
Vous posez la question du pouvoir et de son contenu social. 
Cette question n’est pas directement réductible à une forme instutionnelle particuliere. Mais elle n’est pas sans rapport, notamment en France qui a connu six périodes révolutionnaires, avec leurs comités, leurs assemblées, leurs programmes, leurs partis, leurs elections, leurs constitutions, etc.
Si "révoltes" il y a en France, ce sera en tenant compte de ce passé collectif, des échecs et des succès. Construire des partis en dehors du moule de l’histoire republicaine, de ses comités, assemblées communales, des villes et des quartiers, des services publics ne me semble pas correspondre à un passé ou la campagne et la ville ont précédé l’usine. Idem de la séparation "des luttes" d’entreprise de celles des citoyens pour défendre leurs services publics et leurs "franchises" communales. 
Les tenants du socialisme et du communisme ne seront écoutés par le peuple, les travailleurs, les militants que s’ils sont capables d’ouvrir aujourd’hui des perspectives concrètes et immédiates de résistance unitaire aux contre-reformes de la droite et pas seulement d’une "rupture" silencieuse sur les revendications et bavarde sur les raisons de se diviser.

Mots clés : Communisme : le débat / Michel Peyret /
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