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Le lion et le moucheron

jeudi 3 août 2006

Le lion et le moucheron
Karim Jbeili

« Va-t’en, chétif insecte, excrément de la Terre ! »
C’est ainsi que débute la fable de La Fontaine où un moucheron parvient à mettre un lion dans tous ses états, dont celui de rage folle, pour bien lui montrer qu’il vaut bien mieux que le mépris dans lequel il le tient.

On reconnaîtra aisément Israël dans l’arrogance du lion et surtout dans sa rage folle d’avoir été seulement importuné par l’enlèvement de ses deux ou trois soldats.
Israël est un lion qui vit dans la certitude de sa force ; ou plutôt qui vivait dans cette certitude. Les derniers évènements sont désormais la preuve que cette force est uniquement basée sur le soutien indéfectible des États-unis. Il se trouve que ces mêmes États-unis sont dans la même situation d’avoir clairement démontré leurs faiblesses en Iraq.

Israël est un lion parce qu’il s’imagine n’avoir besoin de personne. Il est autosuffisant parce qu’il peut sans cesse se lamenter sur l’Holocauste et compter sur le soutien de son puissant allié. Allié qui, lui-même, se croit autosuffisant tellement il se croit puissant.

Ce sentiment de puissance est totalement illusoire. Le seul auquel peuvent se raccrocher ceux qui ont perdu la capacité d’aimer. Pire encore, ils sont devenus tout aussi incapables d’être aimés et attaquent férocement ceux qui prétendraient les reconnaître ou les accepter.

Ces peuples vivent dans un isolement quasi absolu. L’autre est pour eux un animal sauvage qui les menace tant par sa haine que par son amour. Ils peuvent tuer autant de prétendus ennemis qu’ils veulent sans sourciller. Ces ennemis ne sont à leurs yeux que des animaux à deux pattes. Et, d’ailleurs, lorsqu’ils ne trouveront plus personne à tuer, à la moindre étincelle, ils s’entretueront entre eux.

La jouissance que procure la haine est incommensurable. C’est une drogue. Ceux qui y ont goûté ne supportent même plus la présence d’autrui ; car elle implique de suspendre un instant cette jouissance pour accorder ne serait-ce qu’une virgule d’intérêt à cet autrui ; Intérêt qui ne va pas sans au moins un petit peu d’amour.

La jouissance de la haine est également contagieuse. On peut facilement se laisser tenter par ce sentiment de toute puissance qu’elle procure. On croit alors ne dépendre de personne puisqu’on ne dépend que de la négation et de l’élimination de l’autre.

L’Occident, dans un geste impérial, a donné aux Juifs la terre des Arabes sans s’occuper le moins du monde de leur demander leur avis. Considérant, sans doute, qu’ils n’appartenaient pas vraiment à la race humaine ou alors qu’ils n’étaient des hommes qu’en apparence ou par approximation. D’ailleurs quand ces mêmes Arabes élisent « démocratiquement » un gouvernement, ce gouvernement n’a aucune légitimité ; on peut en faire ce qu’on veut, non pas parce que la procédure démocratique n’a pas été respectée, mais parce qu’ils ne sont pas assez humains pour participer à cette procédure démocratique.

En dépit du refus répété des Arabes d’accepter cette amputation qui ajoute l’humiliation au pillage, les Occidentaux refusent encore de faire machine arrière et persistent à justifier une décision hautement contestable et, du reste, continuellement contestée depuis. Ils se maintiennent, ce faisant dans une position de maître face à des Arabes dépassant à peine le rang d’animaux pour atteindre péniblement celui d’esclaves sans opinion. Leur seul avantage sur les animaux sauvages étant que le, ou les, maître se préoccupe quand même un peu de leur survie.

Mais il ne leur en faudrait pas beaucoup pour suivre l’exemple d’Israël et des États-Unis. La tentation de la haine peut être très forte. Surtout lorsqu’elle est alimentée par une presse qui, amplifiant l’infatuation coloniale des populations qu’elle informe, se rend très peu compte du caractère colonial du discours qu’elle utilise.

La contagion de la haine peut aisément faire son œuvre dans ces pays dont le passé, et même le présent, demeure colonial. Le Canada, la Grande-Bretagne et l’Australie sont déjà en bonne voie d’imiter les États-Unis. La France et l’Allemagne ont déjà payé très cher leur engagement dans de telles aventures ; c’est ce qui les rend plus prudents à l’idée de récidiver. Mais la tentation reste là et se reflète dans les urnes.

Les Arabes pourraient être aussi tentés par la haine. Mais pour eux, le danger est beaucoup moins grand. Ils ont encore beaucoup de chemin à faire avant de véritablement instrumenter la violence dans le cadre de pouvoirs légitimes. Il faut aussi que ces pouvoirs ne soient pas systématiquement détruits par le pouvoir colonial ou ses supplétifs. Avant qu’enfin ils ne puissent mettre cette violence au service de l’infatuation et de l’arrogance.

La presse occidentale a pris l’habitude de gonfler démesurément la capacité de nuire d’Al Qaeda en la diabolisant à souhait, pour pouvoir mieux stimuler les ardeurs guerrières d’un Occident sans idéal. Mais la discipline et l’efficacité du Hezbollah relèguent à sa vraie mesure, c’est-à-dire à pas grand-chose, la prétendue puissance tentaculaire d’Al Qaeda.

Pour conclure. Il faut arrêter de croire qu’Israël souhaite être aimé et reconnu. C’est une fable que l’Occident serine aux Arabes pour pouvoir mieux les piéger et les rendre coupables de la colère légitime qu’ils ressentent. Il y a là de leur part un machiavélisme qui n’a pas changé d’un iota depuis la période la plus dure de l’ère coloniale.

Tout ce que demande Israël à ses voisins c’est une petite attaque de temps en temps ; de quoi ranimer ses ardeurs déliquescentes. C’est tout de même très difficile de se nourrir uniquement de la glorification de soi et de l’abhorration des autres. La ressource, à la longue, finit tout de même par s’épuiser. Il ne reste plus alors qu’à sombrer lentement dans un coma autistique. À moins que l’électrochoc d’une nouvelle guerre ne vienne l’en extraire de temps en temps. Décidément Ariel Sharon, dans son coma, continue d’incarner le destin d’Israël.

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