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Le pas suspendu de la Loi Helms Burton...

dimanche 13 août 2006 - Contacter l'auteur

de Viktor Dedaj

Dans un article publié dans le quotidien espagnol El Mundo, et repris en français dans Le Monde, Raul Rivero ("journaliste et poète cubain. Prisonnier politique d’avril 2003 à novembre 2004" est-il précisé) nous gratifie de ses réflexions sur la situation actuelle à Cuba. (1)

D’entrée de jeu, la Diva de la "dissidence" nous livre une observation : alors que le monde bruisse de commentaires sur l’eclipse de Fidel Castro, "à Cuba, personne ne dit rien. Il y règne un silence plus grand que la nuit..." et plus loin "Jusque dans ces moments-là, ou plus que jamais dans une telle circonstance, les contrôles, les fers, les cadenas qui enferment les 11 millions de Cubains sautent aux yeux." Plus loin encore "Une telle paix semble peu croyable, à moins qu’elle ne vienne de la contrainte ; une telle tranquillité, si les gens ne savaient pas - pour l’avoir vécu - que derrière le discours d’amour, il y a un tank." Un tank, rien de moins. Pauvre Raul. Pauvre Rivero.

En bon "gusano", Raul Rivero se garde bien de livrer toutes les pièces d’un puzzle patiemment concocté par les Etats-Unis et les médias inféodés depuis 47 ans. Il se garde surtout de se présenter lui-même comme une de ces pièces. (2)

Aux Etats-Unis, la Commission Pour une Assistance à une Cuba Libre, organisme crée par l’Administration Bush et présidé par Condoleezza Rice en personne, vient de publier un rapport de plus de 90 pages pour réaffirmer sa ferme intention d’empêcher une succession de pouvoir à Cuba qui prendrait une forme autre que celle prévue par Washington (3) Etrangement, ce rapport fut publié avec une partie officiellement occultée (classée "secret défense") sur le site du Département d’Etat. (3) Après toutes les mesures agressives déjà prises par les Etats-Unis, on peut se demander en quoi peuvent bien consister ces mesures "secrètes". Avec un peu d’expérience de l’impérialisme US, on peut raisonnablement penser que ces mesures relèvent d’une autre nature que, par exemple, la diffusion non-stop de musique country par des hauts-parleurs placés sur le batiment de la représentation des Etats-Unis à la Havane.

Bien sûr, Georges Bush vient de déclarer que l’avenir de Cuba devra être l’oeuvre des Cubains eux-mêmes. Bien sûr, les média ont complaisemment relayé ces propos rassurants. Et, comme par magie, Georges Bush serait devenu soudainement crédible. On en oublierait presque un autre rapport de la Commission Pour une Assistance à une Cuba Libre, publié en mai 2004 et comportant... plus de 450 pages. Mais derrière toutes ces déclarations de rigueur et/ou politiquement correctes, forumulées à tour de rôle par cette petite poignée de "spécialistes" attitrés (Rivero, Manet, Machover, Valdes, Languepin, Raffy, Muller, et les habituels scribouillards de la presse commerciale) on en oublierait presque un élément essentiel : la loi états-unienne dite "Helms-Burton" de 1996. Heureusement que je suis là pour vous la rappeler. (5)

La loi Helms-Burton est, comme son nom l’indique, une loi. Et elle est en vigueur aux Etats-Unis depuis 1996. Cette loi fait obligation (textuellement) au président des Etats-Unis de renverser le gouvernement Cubain et d’empêcher toute succession de pouvoir qui ne prendrait pas une forme "acceptable" pour Washington. Cette loi conditionne (textuellement) toute aide économique à un ex-pays de l’Est à sa rupture de toutes relations avec Cuba. Cette loi prévoit (textuellement) le pillage et la privatisation de l’économie Cubaine. Cette loi prévoit (textuellement) le contrôle de la période de "transition" par une commission ad hoc composée de représentants de sociétés multinationales US. Cette loi prévoit (textuellement) la création "ex nihilo" d’une société civile selon une tactique déjà mise en oeuvre dans les pays de l’ex-bloc soviétique. Cette loi prévoit (textuellement) des représailles contre les sociétés ou individus qui oseraient commercer avec Cuba. Cette loi prévoit (textuellement) que la transition à Cuba ne sera PAS l’oeuvre des Cubains. Cerise sur le gateau, cette loi prévoit aussi (textuellement) que Cuba sera considérée comme démocratique lorsque le président des Etats-Unis l’aura décidé. Et cette loi oblige le président des Etats-Unis en exercice à rendre compte tous les six mois de l’état d’avancement des travaux (si on peut dire).

Oubliées donc, les déclarations sur une soi-disant "cuba aux cubains". Oubliées, les mains sur le coeur et les promesses de "non ingérence"... Oubliée, toute "voie cubaine" qui serait autre que "cubano-américaine". Et toutes les déclarations des uns et des autres n’y changeront rien, tant que la loi Helms-Burton (entre autres) restera en vigueur.

Parallèlement à l’incroyable arsenal juridique des Etats-Unis contre Cuba (6), on trouve aussi des mesures administratives diverses et variées. Parmi ceux-là, l’interdiction faite (par les autorités US) aux états-uniens de voyager sur l’île, les refus de visas opposés aux Cubains invités dans le cadre d’échanges culturels, les refus de visas opposés aux officiels cubains, l’interdiction faite aux cubains vivant aux Etats-Unis de visiter l’île plus d’une fois tous les trois ans (et uniquement pendant une durée de séjour très limitée), l’interdiction d’envoyer de l’argent ou des colis aux familles à Cuba, etc. Sans oublier le bureau OFAC (Office of Foreign Assets Control) du Département du Trésor qui affecte 4 employés à traquer les fonds de Ben Laden et Saddam Hussein, et plus de 20 pour traquer les fonds cubains...

Pratiquement aucun média n’a cru bon de relever que l’administration Bush avait passé pratiquement tout le mois de juillet à réaffirmer qu’elle empêcherait Raul (Castro) de succèder à Fidel. L’actualité, d’une manière qui n’appartient qu’à elle, vient de placer l’administration Bush au pied du mur qu’elle a elle-même patiemment construite. Les médias, tout occupés qu’ils sont à se demander "ce que feront les cubains", en oublient de se demander ce que fera l’administration Bush qui avait déjà promis de "tout faire" pour empêcher la situation... qui vient de se produire.

Désorientés par l’absence de scènes de liesse à Cuba, déboussolés par l’absence de manifestants suppliant l’armée US de venir libérer l’île, l’administration Bush et les anticubains européens battent en retraite et se livrent logiquement à leurs contorsions habituelles pour "expliquer" Cuba. Et quarante-sept années consécutifs de pronostics erronés n’y changeront rien.

Pour Raul (Rivero) donc, le silence des Cubains ne peut s’expliquer par une terreur latente qui régnerait sur l’île. Par des tanks invisibles mais qui n’attendent qu’un mot pour envahir les rues. (Le fait qu’ils ne soient jamais sortis de leurs garages durant ces 47 dernières années ne change rien à l’imminence du danger que tout Cubain sentirait, euh, "instinctivement", "ataviquement", c’est ça ?).

Tels des chimpanzés de laboratoire, les anticubains tentent encore et encore de faire rentrer le baton rond de leurs affirmations dans le trou carré de la réalité. Sauf que le singe, lui, finit un jour par comprendre le truc et admettre son erreur.

Viktor Dedaj
"moi castriste, toi cheetah"
Aout 2006

(1) A Cuba, le silence des ombres, par Raul Rivero
http://www.lemonde.fr/web/article/0...

(2) voir Les Etats-Unis et la « dissidence » cubaine, par Salim
Lamrani.
http://www.legrandsoir.info/article...

(3) le nouveau plan de Bush pour renverser le gouvernement
Cubain, Salim Lamrani
http://vdedaj.club.fr/spip/article....

(4) "For reasons of national security and effective implementation, some recommendations are contained in a separate classified annex." - pour des raisons de sécurité nationale et l’efficacité de leur mise en oeuvre, certaines mesures ont été classifiées et placées dans un annexe. (Page 14)
http://www.cafc.gov/documents/organ...

(5) texte de la loi Helms-Burton en français, traduit avec les moyens du bord...
http://vdedaj.club.fr/spip/article....

(6) Trading With the Enemy Act, Cuban Adjustment Act, Loi Toriccelli de 1992, Loi Helms-Burton de 1996...

voir aussi :

Sur le terrorisme contre Cuba http://vdedaj.club.fr/spip/motcletout.php ?id_mot=10

et particulièrement :
- Luis Posada Carriles http://vdedaj.club.fr/spip/mot.php3 ?id_mot=59
- Orlando Bosch http://vdedaj.club.fr/spip/mot.php3 ?id_mot=51

http://vdedaj.club.fr/spip/article.php3?id_article=523

Mots clés : Amérique Latine / Sud / Gouvernements / USA / Viktor Dedaj /
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