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MAYOTTE entre honte et colère

mercredi 21 septembre 2011 - Contacter l'auteur - 2 coms

MAYOTTE :

ENTRE HONTE ET COLERE

Le 13 septembre 2011 commencera la 66ème session de l’Assemblée Générale des Nations unies.

La question de l’île comorienne de Mayotte devrait être à l’ordre du jour.

Le Président de l’Union sera au rendez-vous et interviendra à la Tribune des Nations Unies !

Il est donc très important que les Comoriens soient informés du but de ce déplacement et du message qu’en leur nom à tous, leur Président va adresser au monde entier !

Nous n’avons pas l’habitude dans notre pays de nous préoccuper des déplacements qu’effectuent nos dirigeants. Il est temps pourtant si nous voulons suivre le chemin difficile de la démocratie de nous intéresser à ce qui se fait en notre nom et à ce qui se dit !

S’agissant de la question de Mayotte aux Nations unies, l’obligation d’attention est encore plus évidente car c’est notre modeste place sur cette planète qui est en jeu, et tout ce que nous disons à New York à ce sujet reflète exactement notre niveau de conscience nationale, ce que nous sommes, ce que nous voulons être sur cette terre.

Il faut donc nous demander : où en est la question de l’île comorienne de Mayotte aux Nations unies ?

Mais voilà qu’avec l’interrogation, ma plume se met à danser, elle oscille entre la honte et la colère !

La honte ? oui ! Parce qu’à la lecture des comptes rendus des séances du bureau de l’Assemblée, je constate que la France et ses amis nous ont embarqués dans un vaudeville où les rieurs sont plutôt de leur côté…..

La colère ? oui ! Parce que le scénario burlesque se répète tous les ans ! et tous les ans le monde entier rit à nos dépens !

La colère parce que nous aurions pu faire mieux, nous aurions dû préparer le dossier, oublier les petits intérêts mesquins, échapper au piège grossier, et obtenir la résolution annuelle que nous avions régulièrement, à toutes les sessions de l’AG, depuis 1975 jusqu’en 1995 !

En 1995, quand l’Elysée a pris la ferme résolution de départementaliser Mayotte, elle a eu l’astuce de demander l’omission de la question de l’île comorienne de l’ordre du jour de l’Assemblée, en annonçant des consultations bilatérales qu’elle n’a jamais eu réellement l’intention d’engager, qu’elle n’a fait semblant d’ouvrir que pour gagner du temps et commettre son forfait !

Et les Comores ont dit oui !

Les vingt résolutions qui ont condamné l’occupation française de l’île comorienne de Mayotte l’agaçaient ! Elle faisait semblant de s’en accommoder, mais en réalité ces condamnations l’irritaient au plus haut point, et il fit tout pour arrêter la cascade de résolutions qui s’abattaient sur elle, tous les ans, sans appel devant l’opinion internationale.

De fait, aucun pays, quelle que soit sa force économique ou militaire, aucun pays ne peut vivre dans la réprobation universelle. La France encore moins que les autres, elle qui prétend être la mère des droits de l’homme et des libertés. Il fallait arrêter cette pluie glaciale qui l’empêchait de pérorer sur les places publiques et d’accuser les autres comme elle aime à le faire d’atteinte aux libertés fondamentales des peuples et des individus !

L’objectif immédiat qu’elle visait, la départementalisation, elle l’a finalement atteint dans le silence assourdissant de la communauté internationale ! et KO les Comores !

Comment donc s’y est-elle pris ?

C’est très simple : c’est le bureau qui propose l’ordre du jour provisoire de la session. Il devient définitif une fois adopté par l’Assemblée Générale qui, généralement entérine les thèmes choisis dès les premières séances de la session.

Chaque Etat membre peut proposer un ou plusieurs sujets et s’il n’est pas représenté au Bureau, l’article 43 du règlement intérieur lui permet d’assister aux débats et de soutenir son dossier.

Dans le cas de la question de Mayotte, c’est à ce niveau que la supercherie a été organisée ! La France demande au bureau d’inscrire la question mais à la condition qu’elle ne sera pas débattue dans la session en cours et qu’elle ne fera l’objet d’aucune résolution ! je vous restitue les termes exacts de l’intervention de M. ARNAUD représentant de la France que j’extrais du compte rendu de la réunion du Bureau du 15.09.2010

Questions diverses

27. Le Président rappelle qu’à sa précédente

réunion, le Bureau a décidé de différer l’examen de

l’inscription à l’ordre du jour du point intitulé

A/BUR/64/SR.2

4 09-61829

« Question de l’île comorienne de Mayotte », comme il

est indiqué au paragraphe 50 du premier rapport du

Bureau à l’Assemblée générale. Il propose que le

Bureau examine cette question sans plus tarder.

28. Il en est ainsi décidé.

29. Le Président dit que les négociations entre les

délégations comorienne et française ont eu lieu sous la

supervision du Président de l’Assemblée générale et

qu’il a été convenu, en principe, que la question serait

inscrite à l’ordre du jour, étant entendu qu’elle ne serait

pas examinée cette année.

30. M. Araud (France) rappelle que les Présidents

des deux pays ont institué un groupe de travail de haut

niveau pour procéder à un examen détaillé de la

question de Mayotte et des Comores. Au début de cette

année, le Président des Comores a réaffirmé que la

question serait réglée dans un cadre bilatéral. La

France est déterminée à promouvoir ce processus

novateur. Toutefois, l’inscription de la question à

l’ordre du jour rendrait la recherche de solutions plus

complexe. Il propose par conséquent de renvoyer

l’inscription de la question à la prochaine session de

l’Assemblée générale.

43. M. Araud (France), notant que le Président a

reconnu que le Bureau n’est pas encore parvenu à un

consensus, dit que, par respect pour lui, sa délégation a

fait une concession. L’accord est strictement

subordonné à la condition que la question ne sera pas

débattue et qu’aucune résolution ne sera envisagée à ce

sujet. L’inscription de la question ne constitue pas un

précédent pour les sessions futures.

44. Le Président invite les deux pays à engager des

consultations dans les meilleurs délais.

La séance est levée à 16 h 30.

Vous pensez peut-être que l’auditoire a été médusé par ce discours incongru ? Absolument pas ! Et cela pour 2 raisons : d’abord il est dit que les deux parties (entendez la France et les Comores) sont entrain de négocier sur le statut de l’île comorienne de Mayotte, ensuite parce que cela est dit devant notre représentant aux Nations unies qui……… confirme !!! Et savez-vous de quelles négociations il s’agit ? Ecoutez plutôt :

30. M. Araud (France) rappelle que les Présidents

des deux pays ont institué un groupe de travail de haut

niveau pour procéder à un examen détaillé de la

question de Mayotte et des Comores. Au début de cette

année, le Président des Comores a réaffirmé que la

question serait réglée dans un cadre bilatéral. La

France est déterminée à promouvoir ce processus

novateur. Toutefois, l’inscription de la question à

l’ordre du jour rendrait la recherche de solutions plus

complexe. Il propose par conséquent de renvoyer

l’inscription de la question à la prochaine session de

l’Assemblée générale.

Ecoutez maintenant ce que disait l’année d’avant, devant le même bureau, sur le même sujet, un autre représentant de la France

26. Mme Le Fraper du Hellen (France) dit que son

gouvernement comprend la demande formulée par le

Président des Comores et que le Président Sarkozy a

déjà proposé des solutions permettant d’avancer sur

cette question. Il est même à espérer qu’un certain

nombre de réunions de haut niveau qui doivent se tenir

à Paris dans les jours qui suivent contribueront à

résoudre les divergences entre les autorités des deux

pays. La représentante de la France propose donc

d’adopter une formule analogue à celle utilisée à la

soixante-quatrième session de l’Assemblée générale, à

savoir que le Bureau déciderait de recommander que le

point soit inscrit à l’ordre du jour étant entendu qu’il

ne serait pas débattu à la session en cours.

Et c’est ainsi que d’année en année la France reporte l’examen de la question, qu’elle évite une condamnation certaine par l’ensemble de la communauté internationale, et que notre diplomatie encaisse et multiplie les revers.

Question : jusques à quand allons-nous collectionner les échecs ?

Réponse : jusqu’au jour où nous déciderons d’avoir une politique comorienne de l’île comorienne de Mayotte !

Le jour où nous comprendrons que ce qu’on appelle le Groupe de Travail de Haut Niveau (le GTHN) est en réalité un attrape-nigauds qui a permis aux autorités françaises de faire croire à la communauté internationale que des négociations étaient en cours pendant qu’en réalité on préparait doucement et surement l’accession de l’île comorienne de Mayotte au statut de « département français »

Cela a été un succès total pour les stratèges français qu’il faut féliciter d’avoir si bien manœuvré des gens qui sont venus se battre sans armes et sans munitions, anesthésiés, comme pour entrer dans une salle d’opération…. Des gens qui ont fini par entrer, insouciants, les yeux fermés, dans la gueule du loup !

On sait d’ailleurs que ces mêmes stratèges ont fait d’une pierre plusieurs coups : le GTNH a été aussi l’occasion d’envoyer les tomates anjouanaises à Mayotte, ce qui évidemment pour faire joli, a été mis à l’actif du syndicat des agriculteurs comoriens, le SNAC ; on en a profité aussi pour régler les questions de déplacements des biens et des personnes, les jeux de l’océan indien, si essentiels pour le tout nouveau département !!!! Nous y reviendrons un jour peut-être en détails ! Mais d’ores et déjà les chercheurs, les journalistes, les jeunes et les moins jeunes, pourraient nous rendre un grand service en enquêtant sur ces fameux travaux du GTNH, et surtout sur ces dix ans pendant lesquels la France a préparé minutieusement la départementalisation de Mayotte !!! Que faisions-nous ? Nous dormions ????

C’est en effet dès 1995 que la France a commencé à parler de négociations dont on n’a jamais vu la couleur ! et qu’elle a mis fin par ce subterfuge aux victoires que nous remportions tous les ans aux Nations Unies !

Il faut peut-être ouvrir ici une parenthèse qui n’en est pas une en réalité, puisque c’est le cœur même du problème pour rappeler avec force qu’il n’y a jamais eu de négociation entre « les deux parties » sur le statut de l’ile comorienne de Mayotte.

Il ne faut surtout pas se laisser leurrer par les oripeaux du « groupe de travail de haut niveau ! » Le niveau est si haut qu’il n’a jamais été question de rien d’autre que des tomates d’Anjouan et des jeux des iles ! juste ce qui manque aux colons de Mayotte pour faire leur sieste, tranquilles !! !

Quand notre délégation a rencontré celle de Mayotte à Dzaoudzi, savez-vous ce que le président Attoumani DOUCHINA du conseil général de Mayotte a dit à notre délégation ? Ecoutez :

"je voudrais rappeler à nos frères de l’Union des Comores que Mayotte a fait son choix en 1975 et qu’elle aimerait que l’Union des Comores respecte ce choix", ………………………..Nous voudrions vous dire que nous tendons notre main mais à une condition : que le choix de 1975 soit respecté. Les négociations doivent se faire sans l’arrière-pensée de récupérer Mayotte. Les Mahorais ne sont pas des marchandises, quelque chose que l’on peut négocier sans leur demander leur avis."

Et voici la dernière toquade au cours de la même réunion, devant la même délégation comorienne qui venait de diner avec celle de Monsieur DOUCHINA :

"les élus de Mayotte ne trahiront jamais leur engagement pour la cause mahoraise, à savoir la marche vers la départementalisation. Si nous sentons une arrière-pensée chez nos amis comoriens, nous arrêterons les négociations et nous partirons",

Bien entendu nos délégués de haut niveau n’ont pas claqué la porte comme il convenait de le faire, ils sont restés boire le calice jusqu’à la lie et…. parler de tomates, de concombres et de football !!!!

Vous appelez cela des négociations ?

Mais pour nous persuader qu’il faut rester au niveau du « haut niveau » l’occupant nous dit que la discussion aux Nations unies est stérile !oh ! que non ! Elle n’est pas stérile parce qu’elle affirme et confirme notre bon droit ! Et le droit c’est notre seul drapeau ! c’est le seul domaine où nous pourrons gagner ! Notre droit reconnu et proclamé par toutes les nations de la planète, si nous le prenons et en faisons le bon usage, qui donc, quelle force, quelle puissance pourrait nous l’enlever ! Et si nous renonçons à ce combat, dites-moi lequel nous pourrons mener victorieusement,….. Avec quels arguments nous asseoir un jour à une table de négociations……Avec quelles armes pourrions nous un jour imposer ces négociations !!!!?????

C’est dire que notre Président a bien raison de se rendre à New York pour la session de septembre ! Mais j’aimerais être sûr qu’il n’aura pas honte ! J’aimerais être sûr que cette fois nous aurons un débat et une résolution en bonne et due forme ! J’aimerais être sûr que ce qui devait être fait l’a été !

Car après tant de défaites et tant de traquenards, il faut craindre le pire ! Et le pire aujourd’hui ce serait que « la question soit inscrite à la condition qu’elle ne fasse l’objet d’aucune discussion, d’aucune résolution » encore une fois !!!! alors que les « carottes sont cuites » qu’il n’y a plus d’espoir de revirement dans l’attitude obstinée et cynique de l’occupant, que Mayotte est devenue le 101èmedépartement français !

Dans ce cas, je le dis très franchement comme je le pense, il faudrait que notre Président n’aille pas à New York. Des belles phrases nous en avons entendu, en français, en arabe et en comorien ! et dans d’autres langues….. Aucune ne nous a sauvés du ridicule.

Au point où on est, nous ne pouvons pas nous permettre d’aller dire aux Nations unies que nous sommes entrain de négocier et qu’il faut arrêter les condamnations !

IL faut faire condamner l’occupant d’abord et parler ensuite de négociation !

A ce prix seulement, il acceptera d’ouvrir enfin des négociations bilatérales sur le statut de Mayotte, à ce prix seulement il consentira à considérer Mayotte comme une terre occupée

Ce qu’il nous faut, c’est une résolution énergique qui dénoncera les supercheries et qui imposera de vraies négociations Il faudrait que cela soit dit aux Nations unies !!!

Ce qui devait être fait ?

1. S’assurer que l’ordre du jour provisoire prévoit bien un débat et une résolution
2. Elaborer un projet de résolution et un mémoire explicatif
3. Trouver les trois orateurs (il en faut 3) qui défendront la résolution
4. Faire un lobbying serré pour le vote de la résolution
5. Préparer un discours en phase avec ce dossier

Si rien de tout cela n’a été fait, ou si tout bonnement il n’est pas question de débat et de résolution, oui, je crois qu’il vaut mieux que le Président de l’Union attende le rendez-vous de l’année prochaine

http://masiwamane.over-blog.com

Mots clés : Gouvernements / Outre Mer - Régions /

Messages

  • bonjour
    je comprends votre colère mais les rapports internationaux sont régis par des rapports de force et l’ONU a été crée pour favoriser les plus forts.
    les comores sont en position de faiblesses à tous les niveaux.
    il vaut mieux s’occuper des problèmes économiques très important dans les iles restantes.

    • les iles restantes ?
      que veux tu dire ?

      La situation économique est dramatique aux Comores, pire certe dans l’Union mais Mayotte est guère mieux malgré les illusions. Les conflits sont fréquents. Encore hier des blocages ont agité la capitale Mamoudzi. Un appel à la grève reconductible a été lancé pour mardi 27

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