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On est toujours le riche de quelqu’un ...

lundi 25 mai 2009 - Contacter l'auteur - 5 coms

de Chien Guevara

Face à cette évidence, deux attitudes s’offrent à nous :

1. L’alternative capitaliste : Je vais m’enrichir un peu plus sur le dos du pauvre…

2. L’alternative anti-libérale : Je vais me battre pour que ce pauvre atteigne mon niveau de vie …

Pourquoi donc je vous parle de ça ? Et bien, il se trouve que ce week-end, suite à un décès, grosse réunion familiale sur plusieurs jours. Et là, ça rappelle les fêtes de fin d’année, ou de Pacques, où tout le monde se réunit en famille, un melting-pot tant de nationalités que de cultures. Et bien…….. (hein La Louve, il me semble déjà avoir lu un truc de toi sur les "réunions" familiales) , après partage de longues heures et le cas échéant, de chagrin commun, le mutisme pour éviter les pleurs, se transforme vite en discussions annexes, au début superficielles, puis, le temps passant, de moins en moins superficielles… Enfin bref, on en arrive à parler … politique !

Donc, le cas échéant, y’avait 3 filles d’un grand, très très grand militant communiste Espagnol, opposant farouche de Franco, obligé, il y a quelques décennies, à fuir en pleine nuit l’Espagne pour éviter l’éxécution.

Il y avait aussi certains de leurs descendants ou conjoints, enfin bref, une jungle politique quand l’oubli du chagrin s’est focalisé sur les convictions de l’un ou l’autre.

Les acteurs :

Il y avait la tata d’Espagne, grande voyageuse dans des hotels de luxe, de part son métier, socialiste dans l’âme, et mère de 2 fils totalement opposés : un « facho complet », pour la citer, et un parento-dépendant, malgré sa trentaine bien tassée (de l’humanitaire, de l’art, du scientifique gratuit on line…).

Il y avait la tata de Normandie, prof divorcée d’un professeur et remariée à un autre. Elle voyage beaucoup, elle-aussi, mais à ses frais et chez l’habitant (elle a fait la Chiapas en bus ! !). Son deuxième mari est un ancien grand militant Trotskiste, un proche de Krivine en 68. Ils ont deux fils aussi (enfin la tata, car le nouveau tonton est arrivé sur le tard…)

Le plus agé (je le connais plutôt bien, car le destin a voulu que l’on se croise souvent) , après de grosses galères étudiantes, et une dépendance parentale prolongée, tant matérielle qu’affective, a enfin trouvé un boulot… QUI NE LUI CONVIENT PAS . Il m’a annoncé sans retenue être un pur produit du capitalisme, alors que c’est sans doute le plus ‘coco’ de la famille à l’heure actuelle. Mais il gagne très très bien sa vie, même s’il bosse pas loin de 100 h par semaine …

Enfin bref, il gagne bien sa vie, tout est relatif : son petit frère est trader à wall-street ; apparemment très efficace, vu que la crise qui a évincé une bonne partie des golden boys, l’a, lui, propulsé (scusez-moi, j’ai pas tout compris de ce milieu qui me dépasse) grand gérant au niveau mondial de je sais plus quoi … En bref, il ne doit pas lire Bellaciao ! ! lol

La troisième fille du grand coco, c’est pas une tata, c’est ma belle-mère. Le beau-père défunt, avait lui aussi dû quitter l’Espagne dans son enfance pour les mêmes raisons que le père de son épouse …

Au Maroc, il avait fait carrière en tant que garagiste , sans se casser la tête, car sa vie, c’était les copains et la pêche ; le boulot ne servait qu’à financer ses passions.

Donc cette troisième fille a eu une fille (madame Chien Gué) et un fils : le Beauf. Ce fils a repris le garage de son père dès connaissance du premier cancer de ce dernier (il y a 15 ans environ). Le voilà petit patron au Maroc, avec 15 à 20 employés à son service.

L’affaire :

Enfin, voilà, ceux qui ont déjà vécu ce genre de discussion de famille doivent déjà me comprendre ; pour les autres, je vais essayer de faire bref.

Débat de départ, avec le beauf : patrons contre salariés ; inflation contre pouvoir d’achat. On n’est pas d’accord, rien de surprenant ; je lui explique qu’il parle de sa petite entreprise, alors que moi, je lui parle d’une politique mondiale … Pas grave, on passe à table et je coupe le gigot, ce qui me permet de me taire !

Deuxième tour, en milieu de repas : le débat devient plus « planétaire » (aurais-je gagné la première manche ?) : existe-t-il une alternative au capitalisme ? Je semble le seul à penser que oui, tout en ayant du mal à la décrire cette alternative (j’aurais pas du forcer sur l’apéro). Finalement des arguments me viennent, des mots, des idées, puis finalement des phrases implacables de Chomsky, Le petit patron se tait et reconnaît le côté humaniste de l’anti-capitalisme et confesse son égocentrisme étroit. Les deux tatas sont admiratives devant mon élocution. J’ai vraiment gagné ? Moi, le râleur, le gueulard ?

Et bien non, car le joker familial qui n’avait rien dit jusque là va venir m’achever en fin de repas … Et ce Candide, si discret jusque là, c’est qui ? Je vous le donne en mille ! ! Le Trotskiste ! !

Il trouve tout à fait normal que malgré le référendum et le « non » français contre l’europe, Nikola 1er de France fasse passer en douce un « oui » à la constitution européenne.

Il trouve normal aussi, dans l’actualité plus récente, que suite à un vote « non » contre HADOPI, l’assemblée repropose la loi moins d’un mois après pour obtenir le oui. J’ai beau lui expliquer que refuser ses échecs, et insister jusqu’à gain de cause est anti-démocratique, il semble toujours que ce soit moi le con. Face à son obstination, je lui demande donc pourquoi l’élection présidentielle n’a pas été resoummise au peuple, vu que près de 20 % des inscrits n’étaient pas allé voté… Silence radio …

J’ai gagné, à grand peine, et après moulte combats, le débat familial ; mais quand je vois que les petits patrons rêvent d’être côtés en bourse, que les anti-Sarko ou anti-Aznar ne connaissent même pas l’aternative anti-capitaliste émergente en amérique du Sud ; et que les Grands Trotskistes ne se réfèrent qu’aux votes des assemblées et aux textes des constitutions anti-démocratiques, je n’ai plus qu’une envie, c’est d’aller pleurer, car, je peux vous garantir que la révolution, ou même tout simplement une évolution politique vers l’anti-libéralisme, on en est très très loin !

On est toujours le riche de quelqu’un…

Face à cette évidence, deux attitudes s’offrent à nous :

1. L’alternative capitaliste : Je vais m’enrichir un peu plus sur le dos du pauvre… ?

2. L’alternative anti-libérale : Je vais me battre pour que ce pauvre atteigne mon niveau de vie … ?

Quelle est la votre ?

L’article chez lui ...

Mots clés : Communisme : le débat / Dazibao /

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Messages

  • Ce genre de discussion familliale, c’est exactement ça, et à peu près la même conclusion à chaque fois. Pour ma part, je m’ingénie toujours à foutre le bordel car je parle systhématiquement de religion, et alors là....Y-a même des fois que ça dégénère, et ça me fait marrer !

    A plus, Michel

  • Les réunions de famille, ça fait bien 8 ans que je n’y mets plus les pieds ! :)

    (k)G.B.

  • Et oui - ça rappelle des souvenirs :)

    C’est toujours propice aux réflexions intéressantes ce genre de grand raout familial.... :)

    LL

    • ah bon !

      t’as la chance d’avoir une famille qui donne l’occasion de faire des réflexions intéressantes toi ?

      super !

      moi c’est pas le cas : je suis entouré d’amirateurs de face book, de johnny haliday, de mère thérésa, de costard cravate et de cheveux courts, même chez les femmes, de gens pour qui castro est un dictateur sanguinaire, pour qui le communisme mange les enfants, pour qui l’université c’est l’antre du darwinisme...

      alors j’vais vous dire : soit il y a pas d’alcool à table et du coup je la ferme, sers à table et vais faire la vaisselle, soit il y de l’alcool et je bois jusqu’à dire que je discutte pas avec des gens qui adulent johnny haliday, qu’ont windows et la télévision, des portables et des iphones, des grosses cylindrées et des grosses motos etc... la liste complète des catalogues gosport et décathlon, eleclerc et carefour, ...

      le lendemain je fais le mec qu’a rien dit et me plains d’une gueulle de bois pas possible parce qu’habituellement je ne bois jamais...

      voilà

      z’avez encore de l’affection pour eux...

      z’en avez de la chance...

  • J’ai pris plaisir à lire ton récit, ne serait-ce que sur le plan de la forme, tu aimes écrire et tu nous le rends bien :)
    J’ai pu déceler quelques "turbulences" en toi, ou "bouleversements" ; j’entends par là, de l’émotivité, car j’imagine que ce sujet te touche beaucoup.
    J’ai ma compréhension à ce sujet. Permets moi de la partager et de la soumettre à débat :)
    Comme tu l’as écrit, tu penses qu’un débat se gagne ou se perd. Je crois qu’un débat peut aussi se concevoir autrement.
    Je crois qu’on ne change pas les gens. Les gens changent d’eux-mêmes, en traversant des débats notamment ; en les TRAVERSANT, en y PARTICIPANT, en y APPRENANT de nouvelles idées, de nouveaux points de vue.
    Je crois également que souvent j’ai des débats avec moi-même. N’en as-tu jamais ? Se poser une question, n’est-ce pas là l’essence du débat ?
    Je pourrais continuer longuement dans ce sens, mais je ne veux pas "flooder" la page.
    Tout ce que je veux dire, c’est qu’aujourd’hui, il ne s’agit pas (plus) de gagner ou de perdre un débat. C’est fascinant d’ailleurs, car c’est comme le capitalisme et comme la guerre !
    Globalement (la preuve en est, des sites comme bellaciao existent !), les niveaux de conscience émergents répandent cette approche là.
    Etre contre le capitalisme, c’est refuser la loi du plus fort, c’est refuser qu’il y ait un gagnant et un perdant. Nous devons l’appliquer au débat, nous devons l’appliquer à nous-même surtout !
    Un débat doit être utile pour tous, et en gagnant ce débat, je ne crois pas qu’il t’ait rendu service... tu restes juste persuadé que tu avais raison.
    Et je ne veux même pas, au final, réfléchir davantage sur cette question. Je crois que tous les arguments que tu as relatés étaient audibles. En revanche, les débordements de la fin,
    du style : "mais quand je vois (...) les anti-Sarko ou anti-Aznar ne connaissent même pas l’aternative anti-capitaliste émergente en amérique du Sud (...) je n’ai plus qu’une envie, c’est d’aller pleurer"
     :)
    Je ne finis pas car dans le fond, tu es calmé, et je sais que tu sais... et puis au final, ce n’est pas méchant et tu n’insultes personne, sauf toi peut-être.
    Pleurer ne sert à rien, tu crois que tu as assez de temps dans la vie pour pleurer ?
    J’écris beaucoup de "je sais", "je crois", etc... je n’arrive pas à m’exprimer en retrait, et je m’en excuses.
    (je n’ai d’ailleurs jamais compris comment faire valoir son opinion si on ne la revendique pas... mais bon je ne comprends pas souvent les choses)
    Si tu veux en débatre, c’est avec beaucoup de plaisir et dans une démarche de partage constructif (au plan spirituel biensûr) que je le ferai.

    Bien à toi,
    Arnaud.

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