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Peut-on changer le monde sans prendre le pouvoir ?

vendredi 8 février 2008 - Contacter l'auteur - 14 coms

de John Holloway

J’ignore la réponse à cette question. Peut-être pouvons-nous changer le monde sans prendre le pouvoir. Peut-être pas. Le point de départ – pour chacun d’entre nous je pense – est l’incertitude, le fait de ne pas savoir, la recherche collective d’une piste pour avancer.

Nous recherchons cette piste car il devient de plus en plus clair que le capitalisme est une catastrophe pour l’humanité. Un changement radical dans l’organisation de la société, c’est-à-dire une révolution, est plus urgent que jamais. Elle ne pourra qu’être mondiale si elle doit servir à quelque chose.

Il est cependant peu probable qu’elle puisse intervenir d’un seul coup. Cela signifie que nous pouvons uniquement concevoir la révolution comme interstitielle, comme une révolution qui occuperait les interstices du capitalisme, qui occuperait des espaces dans le monde alors que le capitalisme existe encore. La question est de savoir comment nous concevons ces interstices : s’agirait-il d’Etats ou d’autres types d’espaces ?

Cette réflexion doit être menée depuis là où nous en sommes, en partant des nombreuses rébellions et insubordinations qui nous ont menés à Porto Alegre. Le monde est plein de ces rébellions, d’individus disant NON au capitalisme : Non nous ne vivrons pas nos vies selon les diktats du capitalisme, nous ferons ce que nous jugeons nécessaire ou désirable et non ce que le capital nous intime de faire. Par moment nous considérons le capitalisme comme un système global de domination et oublions que ces rébellions existent partout. Il arrive qu’elles soient si petites que même les individus qu’elles impliquent ne les perçoivent pas comme des refus, mais il arrive également qu’il s’agisse de projets collectifs recherchant une voie alternative.

Ces refus peuvent être vus comme des fissures, des trous dans le système de domination capitaliste. Le capitalisme n’est pas (au moins au départ) un système économique, mais un système de commandement. Les capitalistes, au moyen de l’argent, nous commandent, nous disent quoi faire. Refuser d’obéir revient à briser le contrôle du capital. La question pour nous est alors de savoir comment nous multiplions et donnant de l’ampleur à ces refus, à ces ruptures dans la texture de la domination.

Deux approches sont envisageables :

Selon la première, ces mouvements, ces nombreuses insubordinations, manquent de maturité et d’effectivité faute de concentration, de canalisation vers un but. Pour qu’ils soient efficaces, ils doivent s’orienter vers la conquête du pouvoir étatique – que ce soit au travers des élections ou du renversement de l’Etat existant pour y substituer un nouvel Etat, révolutionnaire. La forme organisationnelle permettant de canaliser ces insubordinations vers pareil objectif est le parti.

La question de la prise du pouvoir étatique est moins une question d’intentions futures que d’organisation présente. Comment devrions nous aujourd’hui nous organiser ? Devrions-nous joindre un parti, une forme organisationnelle qui concentre nos mécontentements vers la conquête du pouvoir étatique ? Ou devons-nous plutôt nous organiser autrement ?

La seconde manière d’envisager l’expansion et la multiplication des insubordinations consiste à dire « Non, elles ne doivent pas être harnachées ensemble pour former un parti, elles doivent fleurir librement et aller dans la direction où la lutte les porte ». Cela ne signifie pas qu’il ne doive exister aucune coordination, mais il s’agirait d’une coordination bien plus lâche. Par-dessus tout, le principal point de référence n’est pas l’Etat mais la société que nous souhaitons créer.

Le principal argument contre la première de ces conceptions est qu’elle s’oriente dans la mauvaise direction. L’Etat n’est pas une chose, pas un objet neutre : c’est une forme de relations sociales, une forme d’organisation, une manière de faire les choses qui a été développée sur de nombreux siècles afin de maintenir ou de développer le règne du capital.

Si nous concentrons nos combats contre ce dernier, ou si nous tenons l’Etat comme notre principal point de référence, il nous faut comprendre que l’Etat parvient à nous orienter dans une certaine direction. Par-dessus tout, il cherche à nous imposer la séparation de nos combats vis-à-vis de la société, à convertir notre combat en un combat mené au nom de quelque chose. Il sépare les leaders des masses, les représentants des représentés ; il nous mène à une manière différente de parler, de réfléchir. Il nous happe dans un processus de réconciliation avec la réalité, et avec le fait que la réalité est la réalité du capitalisme, une forme d’organisation sociale basée sur l’exploitation et l’injustice, sur le meurtre et la destruction. Il nous attire également dans une définition spatiale de la manière dont nous faisons les choses, dans une définition spatiale qui opère une nette distinction entre le territoire de l’Etat et le monde extérieur , et une nette distinction entre les citoyens et les étrangers. Il nous attire dans une définition spatiale de la lutte qui ne peut ainsi espérer tenir tête au mouvement global du capital.

Il est une question clé dans l’histoire de la gauche étatiste, c’est celui de la trahison. De tous temps les leaders ont trahis le mouvement, et non nécessairement du fait d’une mauvaise nature, mais simplement parce que l’Etat comme forme d’organisation sépare les leaders du mouvement et les happe dans un processus de réconciliation avec le capital.

La trahison est une donnée de départ avec l’Etat comme forme d’organisation.

Pouvons-nous résister à cette réalité ? Bien sûr, nous le pouvons, et c’est même quelque chose qui se produit tout le temps. Nous pouvons refuser de laisser l’Etat identifier les meneurs ou les représentants permanents du mouvement, nous pouvons refuser de laisser des délégués négocier en secret avec les représentants de l’Etat. Mais cela suppose de comprendre que nos formes d’organisation sont très différentes de celles de l’Etat, qu’il n’existe aucune symétrie entre elles. L’Etat est une organisation où l’on agit pour le compte de, alors que ce que nous voulons est une organisation reposant sur l’autodétermination, une forme d’organisation qui nous autorise à articuler ce que nous voulons, ce que nous décidons, ce que nous considérons nécessaire ou désirable. Ce que nous voulons, en d’autres mots, est une forme d’organisation qui n’ait pas l’Etat comme principal point de référence.
L’argument contre le positionnement vis-à-vis de l’Etat est clair, mais qu’en est-il de l’autre conception ? L’approche orientée vers l’Etat peut être présentée comme une approche en deux temps du développement de la lutte. La lutte est ainsi conçue comme ayant un pivot central, la prise du pouvoir étatique.

D’abord nous concentrons tous nos efforts sur la conquête de l’Etat, nous nous organisons à cette fin, puis, une fois notre objectif atteint, nous pouvons envisager d’autres formes d’organisation, nous pouvons réfléchir à révolutionner la société. Nous suivons une première direction afin de pouvoir en prendre une autre ensuite : les problème est que la dynamique mise en place durant la première phase est difficile voire impossible à démanteler dans le second temps.
L’autre concept se concentre directement sur le type de société que nous souhaitons créer, sans passer par l’intermédiaire de l’Etat. Il n’y a là aucun pivot : l’organisation est directement préfiguratrice, directement en lien avec les relations sociales que nous voulons créer. Où le premier concept voit une transformation radicale de la société comme développement de la prise du pouvoir, le second insiste sur le fait que le mouvement doit débuter maintenant. La révolution, non pas le temps venu, mais ici et maintenant.
Cette approche correspond au chemin vers l’autodétermination.

L’autodétermination ne peut exister dans une société capitaliste. Ce qui peut et doit exister, c’est le chemin vers l’autodétermination sociale : la mobilisation contre la détermination de l’extérieur, contre la détermination imposée par l’autre. Une telle mobilisation est nécessairement expérimentale, mais trois choses sont claires :

a/ Ce chemin passe nécessairement par le fait de s’opposer à ce que les autres décident à notre place. Il s’agit donc d’un mouvement contre la démocratie représentative et en faveur de la création d’une forme de démocratie directe.

b/ Ce chemin est incompatible avec l’Etat, qui est une forme d’organisation qui décide en notre nom et qui nous exclut de ce fait.

c/ Cette démarche est dénuée de sens si elle ne place pas en son cœur l’autodétermination de notre travail, de notre activité. Elle est nécessairement dirigée contre l’organisation capitaliste du travail. Nous parlons donc, non pas seulement de démocratie, mais de communisme, non pas de rébellion, mais de révolution.

Je me concentre pour ma part sur cette seconde conception de la révolution. Le fait que nous rejetions la conception stato-centrée ne signifie à l’évidence pas que l’autre approche soit exempte de toute difficulté. J’en identifie trois principales, dont aucune n’est à mes yeux susceptible de remettre en cause mes conclusions.

La première difficulté concerne le moyen de composer avec la répression étatique. Je ne pense pas que la réponse consiste à nous armer afin de défaire l’Etat au terme d’une confrontation ouverte : nous aurions peu de chances de l’emporter, et cela supposerait en tout état de cause de reproduire les relations sociales autoritaires contre lesquelles nous combattons. Je ne pense pas davantage que la solution consiste à prendre le contrôle de l’Etat afin de contrôler l’armée et les forces de police : l’utilisation de l’armée et de la police au nom du peuple est à l’évidence contradictoire des combats de ceux qui souhaitent que personne ne décide à leur place. Nous n’avons donc d’autre choix que d’identifier de nouvelles manières de dissuader l’Etat d’exercer la violence contre nous : cela pourrait supposer un certain degré de résistance armée (comme dans le cas des zapatistes), mais cela supposerait surtout une forte intégration de la rébellion au sein de la communauté.

La seconde question délicate concerne notre capacité à développer des activités alternatives (des activités productives alternatives) au sein du capitalisme, et notre capacité à créer une articulation sociale entre les activités autre que la valeur. De nombreuses expérimentations ont été menées en ce sens (les fabricas recuperadas, usines rouvertes par les travailleurs en Argentine, par exemple) et les possibilités dépendront à l’évidence de l’ampleur du mouvement lui-même, mais il s’agit là d’une difficulté majeure. Comment concevoir une organisation de la production et de la distribution qui soit ascendante, qui parte des révoltes interstitielles, plutôt que d’un corps de planification centralisé ?

La troisième difficulté a trait à l’organisation de l’autodétermination sociale. Comment organiser un système de démocratie directe à une échelle qui dépasse le niveau local dans une société complexe ? La réponse classique réside en la formation de conseils reliés entre eux par un conseil des conseils auquel chaque conseil mandaterait des délégués immédiatement révocables.

Cette proposition paraît cohérente, mais il est clair que, même au sein de petits groupes, le fonctionnement de la démocratie est toujours problématique, de telle sorte que la seule manière de concevoir la démocratie directe est de l’assimiler à un processus permanent d’expérimentation et d’auto éducation.
Pouvons-nous changer le monde sans prendre le pouvoir ? La seule manière de le savoir est de le faire.

Par John Holloway, le 6 avril 2005

Traduction par Blackjack d’un texte publié en anglais sur cette page :

http://www.zmag.org/content/showarticle.cfm?ItemID=7588

http://endehors.org/news/peut-on-changer-le-monde-sans-prendre-le-pouvoir-par-john-holloway

Mots clés : Communisme : le débat / Dazibao / Mouvement /

Messages

  • Bravo pour ce texte magnifique !

    Il faut créer partout un grand réseau de coopératives autogérées et interconnectées de façon horizontale grâce à Internet car le pouvoir est dans l’économie autant que dans le pouvoir politique.

    Une part de l’argent donné localement aux entreprises doit être revendiqué pour la création autogérée de ces réseaux.

    Il ne faut pas générer de mécanismes totalitaires, penser un système parfait qui répondrait à tout.

    Le pouvoir, y compris dans les luttes elles-même doit être le plus possible tournant et partagé.

    Halte à l’inflation du pouvoir personnel et des égos.

    Chaque lutte, chaque résistance est une prise de pouvoir.

    Militante communiste antilibérale

    • "Il ne faut pas générer de mécanismes totalitaires, penser un système parfait qui répondrait à tout."

      Si ! Il faut ! "Un système parfait qui répondrait à tout", ça s’appelle un idéal. Rien à voir avec un mécanisme totalitaire.
      Un poteau indicateur, un horizon à atteindre, etc. Ça permet de s’accrocher à quelque chose, ça montre les directions qu’il ne faut pas prendre... Et ça redonne de l’espoir !

  • Si nous pouvons ( première personne de l’indicatif présent du verbe pouvoir ), la question devient sans objet. Ah la la ces intellectuels. Vieux stal borné.

  • peut on changer le monde sans prendre le pouvoir ? C’est une question cruciale qui doit interpeller tous ceux et celles qui remettent en cause le capitalisme et qui veulent changer la societé pour aller a une société communiste,le débat doit s’installer sans retenue, meme vis avis de ce que les partis politiques on crees sur la prise du pouvoir ; la difficulté c’est pas de prende le pouvoir mais c’est de le restituer a la vie democratique ;la délégation de pouvoir qu’on connait ne fait que renforcer la dictature du pouvoir capitaliste .tout les partis en france se confortent conscient comme les partis de droite ou inconsciement comme les partis de gauche . a mon sens nous devons depasser la notion de prise du pouvoir par la démocrtie directe qui doit etre le moteur de la constuction d’une société communiste .ne jamais laisser les manettes du pouvoir d’ un parti,d’une commune ,d’un pays ect....ce qui se passe sur grenoble avec les municipales conforte qu’il faut vraiment faire bouger les choses en profondeur pour que vive la révolution.

  • Une chose est sure et depuis bien longtemps, c’est qu’on peut prendre le pouvoir sans changer le monde !! C’est d’ailleurs ce qui se passe la plupart du temps !

    Sinon il faut au moins un levier et un point d’appui, comme disait l’ami Archimède !

    vieil anar

    • Conquérir le pouvoir en pensant que c’est une machine que l’on peut faire tourner autrement est une illusion ; effectivement.

      Ceci dit :

      On ne changera pas le monde en laissant l’Etat tel quel, au service des puissants.

      On ne multipliera jamais les coopératives au point de supprimer toutes les grandes firmes. Les coopératives non reliées entre elles ne peuvent jouer le rôle d’un service public pour donner à tous une prestation égale.

      Quid de l’intervenyion citoyenne dans la planification des choix de production qui détermine la satisfaction harmonieuse des besoins dans le cadre d’un alterdéveloppement ?

      Christian

  • Justement ce sont ceux qui ne sont pas intéressés par le pouvoir qui sont les plus gênants pour les pouvoirs de l’ombre.

  • Démocratie participative, démocratie directe, autogestion par l’émancipation et la relocalisation...

    • Quand tous les individus auront compris que le capitalisme se nourrit de la faiblesse des hommes, nous accèderons tous à un niveau supérieur de la démocratie comprenant l’autogestion, la prise de décision collective, le partage de toutes les richesses, etc...

      le jour où nous prendrons conscience de notre force commune, nous pourrons "changer le monde sans prendre le pouvoir". C’est en cherchant ce moyen commun à tous ("couper le robinet" qui nourrit ces vampires) que nous ferons tomber le pouvoir, c’est-à-dire le capitalisme. Viser son "talon d’Achille", voilà une sacrée aventure humaine comme perspective immédiate.

  • Hum,

    Le développement harmonieux passerait d’abord par un respect accentué des coopératives qui existeront d’une façon plus généralisée.

    C’est une question redoutable, l’enfer étant souvent pavé de bonnes intentions. Il y aura inévitablement conflits d’intérêts entre centralisations et entreprises auto-gérées. Une série de problèmes que rencontre la société capitaliste se retrouveront demain, quelque soit la société, sauf dans l’imaginaire de ceux qui se gavent à la liqueur de rose.

    La planification impérative ne peut exister sans risques de brutalités, tôt ou tard, destructrices du pouvoir concret des travailleurs dans l’entreprise. Et de renforcement d’un centre avec ses risques d’autonomisation. Pourtant il faut bien qu’une volonté globale existe pour régler certains problèmes (mutations par exemple vers des modèles d’équilibre énergétique, batailles contre la pollution, contre les résurgences de l’exploitation et des oppressions, exemples à l’infini).

    Et pourtant le développement même d’un processus révolutionnaire amènera centralisation pour se débarrasser du pouvoir capitaliste qui, lui, est centralisé (il a son parti politique "organique", l’état, qui est en même temps ses troupes de choc).

    Croire qu’on puisse par un phénomène d’accumulation discret amener une situation où la bourgeoisie en prenant son café au lait le matin découvre par la fenêtre et sur les ondes qu’elle est définitivement battue c’est vraiment mépriser l’adversaire.

    Très souvent les lois et les constitutions de par le monde conservent des dispositions qui permettent à la tête de l’état de gouverner par la terreur. Ce n’est pas un hasard. Et même en l’absence de ces lois, des milliers d’années de gouvernement violent de l’humanité ne cèderont pas comme ça la place .

    Les expériences de violence inouïe, même dans de vieilles démocraties, pour reprendre par la force ce qui commençait à se perdre par le réformisme, obligent à s’interroger sur le fait qu’il faudra quand même à un moment donné avoir des initiatives qui désarment une classe violente. Et quelques part donc des centralisations puissantes ayant des pouvoirs réels pour pouvoir empêcher de façon efficace une rébellion victorieuse de la bourgeoisie s’appuyant sur ce qui lui reste de valide de son état.

    Ces processus révolutionnaires laisseront de grosses traces sur la société qui suit. Il convient donc de ne pas zapper les conditions de changement de société imposées par la bourgeoisie et son état , car elles marqueront énormément la suite.

    La révolution russe, sans la guerre civile qui a suivi , aurait marqué completement différemment, non seulement le système installé, mais probablement même le communisme dans le monde.
    Et pourtant le processus révolutionnaire russe a triomphé par l’espérance de la paix , d’un processus débarrassé de la violence. Mais les révolutionnaires tout de suite n’ont pas eu maitrise des conditions de changement par la réaction immédiate de la réaction (putschistes, armée allemande,...)

    Cuba, sans le blocus...... Attention, la différence ne serait pas tant économique qu’en termes de pouvoirs internes, de classes, de castes, de couches sociales.

    Il y a donc lieu de prendre en compte ce qui s’est toujours passé jusqu’à maintenant :

    Les conditions de changement n’ont jamais été paisibles, et quand le camp du changement a souhaité tellement qu’elles le soient qu’il n’a pas préparé le risque de choc, il a été massacré et détruit (Chili, etc).

    Ces conditions imposées posent les questions de l’état , des interventions étrangères, des guerres de déstabilisation, des étranglements économiques, de faire face à des stratégies de la provocation, et non point par un prompt renfort nous arrivâmes 3000 au port.

    Dans la phase d’accumulation (admettons les coopératives) il y aura des tentatives de changer les règles légales de l’activité économique afin que les coopératives soient liquidées. Si les règles ne suffisent pas, il y aura la pression économique (ou vice versa).

    Dans les phases d’apprentissage de l’auto-organisation puis de l’auto-gestion au travers de batailles contestant le partage de la plus-value , de batailles contestant le pouvoir dans les entreprises, les choses auront leurs dynamiques et tout de suite, en face, la bourgeoisie percevra le danger et réagira comme elle sait le faire.

    Rien n’est un long fleuve tranquille.

    Malheureusement les conditions imposées dessinent en partie le passage et le but.

    • Je suis d’accord avec le texte, nous ne pouvons changer les sociétés humaines que si nous ne raisonnons pas en terme de pouvoir, parce que c’est justement ce raisonnement en terme de pouvoir qui est la cause de ce que nous voulons voir changer.

      Je suis d’accord avec les ajouts que tu as fais. Ceux qui détiennent le pouvoir et manipule l’opinion depuis tant de décennies n’accepteront pas de laisser se pouvoir leur échapper.

      Toutefois nous sommes juste au début d’une crise du système, qui même si elle n’est pas annoncée comme telle, est le début de la fin du système capitaliste actuel, et nous avons en plus le chaos climatique qui s’accentue d’années en années.
      Rien ne va être mis en place par les pouvoirs en place à travers le monde pour effectuer un passage à autre chose en douceur, ils vont tenter de replâtrer les fissures apparentes, ce qui n’empêchera en rien à l’édifice entier de s’effondrer, mais donner l’impression d’une catastrophe subite parce que les syptômes de cet effondrement auront été masqués jusqu’au bout.

      Donc dans le temps le colosse que nous pensons avoir en face, risque de s’avérer avoir des pieds d’argile. Il nous faut apprendre à intégrer au fur et à mesure les mouvements en-cours et ne pas chercher à définir une fois pour toute la manière de procéder. Indépendament du fait que réussir à mettre tout le monde d’accord sur une projection à long terme, vouloir avancer en fonction d’une idée préconçue d’une organisation qui n’a jamais été expérimentée ... c’est le meilleur moyen de se planter.
      Je n’ai pas d’idée précise à proposer, il faut des réflexions collectives pour partager les visions et expériences et éviter de retomber dans les travers que nous dénonçons. Il faut partir du local, du plus local possible, parce que la capitalisme et le pouvoir y sont absents. Il faut raisonner pas seulement en terme d’économie, comme nous sommes conditionnés à le faire, mais en terme de lien social, de remettre du relationnel entre les gens, et entre nous au départ pour commencer. Il ne sert à rien d’en appeler à la solidarité, il faut la construire et ça ne va pas être facile, mais la construction réussie de véritables réseaux de solidarité serait une arme puissante face à un système qui ne connait que "diviser pour régner", une arme qu’il lui serait impossible de parer.

      Il faut tatônner, essayer et selon ce qu’une expérimentation donne, poursuivre ou chercher autre chose.
      Il faut utiliser les trous, les failles, les vides du système et non s’opposer frontalement à lui, il y a suffisamment de personnes qui s’en chargent et n’imaginent pas d’autre moyen de procéder. Laissons les occuper le pouvoir en place.
      Bien sûr ce que j’ai dit au début concernant la crise actuelle, n’est pas forcément une vision partagée, mais si nous allons dans cette direction, il est d’autant plus urgent de travailler à la mise en oeuvre d’alternatives, même s’il est peu probable qu’elles soient suffisament avancées pour prendre le relais lorsqu’il commencera à être flagrant que le système ne se redressera pas ... je suis inquiète pour les temps à venir et difficile d’évaluer de combien d’années nous disposons avant que les problèmes ne se précipitent ...

  • La seule bonne question c’est : pouvons-nous changer le monde sans PERDRE le pouvoir... Envisager de PRENDRE le pouvoir, c’est faire la révolution pour que jamais rien ne change.

  • Bonne réflexion.
    Je conseille la lecture de Bolo’Bolo qui peut apporter un éclairage supplémentaire sur le propos.
    Disponible partiellement en ligne à :
    http://www.lyber-eclat.net/lyber/bolo/bolo.html

    Si seulement, tous le monde pouvait lire ce livre...

    Cordialement
    Rikkoo

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