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Présidentielle : Royal populisme

mercredi 25 octobre 2006 - 11 coms

de Bernard Lallement

Décidemment, ces derniers temps, le peuple se porte bien, du moins dans les discours de nos marathoniens de l’Elysée. Aux jurys de citoyens, instillés dans les tribunaux correctionnels, préconisés par un Nicolas Sarkozy, répond ceux chargés d’instaurer "une surveillance sur la façon dont les élus remplissent leur mandat" d’une Ségolène Royal.

Dans notre démocratie d’opinion, la course à l’élection présidentielle devrait se caractériser par une surenchère démagogique et une croyance mystique dans les vertus incantatoires du populisme. Entendez par là cette conception totalement mythique d’un peuple, transcendant les classes sociales et les antagonismes naturels, opposé à l’hégémonie des élites et unifié par la volonté d’un leader mis à son service.

En ce sens, le ministre de l’Intérieur et la présidente de la région Poitou-Charentes n’ont pas l’apanage de la nouveauté. Mais leurs propos traduisent une méconnaissance de notre histoire contemporaine ou, pire, une parfaite intelligence des conditions structurelles conduisant à l’émergence d’une autocratie postmoderne.

L’analyse des mouvements sociaux ayant marqué la fin du 19ème et le siècle dernier, amène à repérer les mêmes constantes.

Comme dans les années 30, une crise économique traduit la difficulté d’une société industrielle à assurer sa mutation et d’un capital à se reproduire dans un marché mondial concurrentiel. Il s’en suit une tentative de révision des acquis sociaux et une perte des repères idéologiques.

La petite bourgeoisie, que Léon Trotsky appelait la troisième classe, est la plus durement touchée et cultive un ressentiment, tant vis-à-vis du capitalisme que de toute idéologie socialisante, qui se caractérise surtout par un nationalisme exacerbé et une méfiance extrême envers toute organisation supra étatique. C’est dans cette brèche que s’insinue une troisième voie : le fascisme.

Elle prospère sur un terreau d’antiparlementarisme auquel elle préfère une démocratie directe, notamment par un usage étendu du referendum, liant le peuple à son dirigeant. Celui-ci est le garant de l’unité populaire au sein de la nation dont la primauté est, sans cesse, réaffirmée.

Les valeurs qui y sont célébrées reprennent celles de la respectabilité bourgeoise : La morale, l’autorité, la discipline, le travail, cultivant la nostalgie des espérances passées mais glorifiant le modernisme technologique.

La révolution démocratique

David Schoenbaum relève une « révolution verbale » avec l’emploi de concepts, y compris celui de révolution, en perpétuelles mutations.

Il s’agit, avant tout, de créer une mythologie du sentiment national fédérant tous les individualités. Comme le note Mosse « le mythe a toujours plus de force de conviction que l’analyse réfléchie de la réalité. »

Je vous laisse le soin de repérer, dans les interventions de nos thuriféraires de la rupture et du renouveau politique, les mêmes éléments qui annoncent une dérive inquiétante de notre système démocratique.

Car il ne faut pas croire que, depuis l’Allemagne nazie, nous sommes purgés de toute tentative totalitaire ni qu’un candidat, parce qu’il serait de gauche, soit à lui seul capable de nous en préserver.

Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Marcel Déat était, aussi, socialiste. Il fonda, même, le parti socialiste de France (Union Jean-Jaurès) et fut l’artisan du « réformisme » au sein de la SFIO. Et pourtant, tout en épousant la cause populaire, avec force et conviction, il n’en fut pas moins le plus ardent zélateur du IIIe Reich, au côté de Pierre Laval, lui-même ancien ministre du Cartel des gauches.

Ceux qui croient en l’homme, ou la femme, providentiel parce qu’il exalte le peuple se trompent. Royalement !

Souvenons-nous de Talleyrand : Agiter le peuple avant de s’en servir, sage maxime.

- http://sartre.blogspirit.com

Messages

  • Mais comment faire pour qu’un élu qui se fait élire sur un programme passe sereinement 5 (ou 7) ans à mettre en oeuvre un programme opposé ? (ça ne vous rappelle personne ?)
    Un minimum de contrôle par le peuple ne serait-il pas envisageable ? Et une révocation de l’élu "traître" à ses engagements ?

  • Royal populisme ou Royal démagogie médiatique ?

    Ségolène utilise aussi le terme de populisme tout en se livrant à une démagogie effrénée. Il faut cacher son engagement pour le chabaniste Delors en 80-84, pour le refus d’une dévaluation réaliste face au mark, ce qu’ont fait à l’inverse les sociaux démocrates suédois.La conséquence de ce refus a été des taux d’intérêt réels assassins conduisant aux trois millions de chômeurs.

    Il faut cacher son rapprochement avec Bayrou que demande J.F.Kahn avec son concept bidon et démagogique de "centrisme révolutionnaire", ce qui conduirait à la destruction de la gauche française et de la possibilité d’une alternative de gauche.

    Il faut cacher que les sondages six mois avant une présidentielle depuis 1969 se sont toujours trompés et que donc son principal argument est bidon.

    Il faut cacher que déjà par deux fois les sondages ont induit la gauche en erreur : en 2002 sur l’identité des protagonistes du deuxième tour. En 2004 au moment du référendum interne sur le TCE.

    Il faut cacher que les média sarkozystes des milliardaires et du gouvernement soutiennent Ségolène parce que ce sera le candidat de gauche le plus facile à battre.

    Beaucoup avec les débats internes ouvrent davantage les yeux et passent d’un soutien à Royal à un soutien à Fabius qui a changé avec sa position pour le non et qui est le seul à pouvoir rassembler la gauche et donc gagner.

    Les classes populaires ouvriers, employés, petits retraités sont plus de 60% des citoyens et feront l’élection. Le mépris de beaucoup d’éditorialistes, énarques sortis du rang, grands patrons..., en bref de la nomenklatura à leur égard est tel que beaucoup réagissent automatiquement contre ceux qui utilisent le terme de populisme, ce qui fait alors gonfler le milliardaire raciste antipopulaire Le Pen. Je préfère utiliser le terme de démagogie qui est connu de la classe ouvrière depuis plus d’un siècle.

    • qu’il soit élu le pen
      amen !
      que ce cancer du fion qui nous ronge depuis 30 ans explose, et deverse toute sa puanteur sur la france et ses bon francais.
      alors, quand le bruit des bottes retentiera dans vos ruelles, peut etre que la revolution vivra.
      plus le choix, revolte ou crève, c’est pour bientot

    • c’est ce que disaient les communisters allemands entre 1930 et 32 avec leur tactique "classe contre classe". On a vu le résultat...

    • "qu’il soit élu le pen
      amen !
      que ce cancer du fion qui nous ronge depuis 30 ans explose, et deverse toute sa puanteur sur la france et ses bon francais.
      alors, quand le bruit des bottes retentiera dans vos ruelles, peut etre que la revolution vivra."
      Comment tenir un tel langage ?

      Comment souhaiter un tel malheur ? Et avec quels mots : "cancer du fion" ? Je vous prie, cher ami, de vous calmer et de méditer un instant vos idées noires. Celà rejoint le désespoir qui mène à l’impasse ou au désastre. Je pense à ces amis de gauche qui répètent inlassablement "le PS est un parti de traitres, pas un vote pour eux." OK, mais avec quelle majorité allons nous gouverner ? Il est clair qu’en rejetant à priori toute alliance, même uniquement dans les urnes au second tour, avec le PS, comme le firent les communistes allemands en 1930 et après, la victoire de la droite ou de l’extrème droite est garantie. Vous affimez "peut etre que la revolution vivra" avec le Pen au pouvoir. Avec Hitler on a vu le résultat.

      Oui le PS est un parti modérément de gauche, oui il vaut bien mieux voter Bové, ou Buffet ou Autain, au premier tour. Mais se résigner ensuite au "bruit des bottes qui retentiera dans nos ruelles" sous prétexte que Ségolène (ou Dominique ou Laurent) est trop ceci ou pas assez celà est totalement irresponsable. Ce sectarisme maladif est, comme l’analysa Lénine, la maladie infantile du communisme. Ce n’est pas pour rien que le PCF, bien que très critique à l’égard du PS, et à juste titre, dit sans attendre qu’il fera battre la droite au second tour en 2007. Toute autre attitude est suicidaire.

    • La social-démocratie allemande, en assassinant Karl Liebneckt et Rosa Luxembourg(socialistes de gauche ,puis dirigeants spartakistes et fondateurs du PC allemand) et en écrasant la révolution allemande de 1918 porte une lourde responsabilité dans l’accès au pouvoir des nazis.
      Jusqu’en 1932 le SPD s’est refusé à l’union avec les communistes, a brisé les grèves et a préféré poursuivre et réprimer les communistes et les syndicalistes laissant faire les nazis.Elle a préféré à la veille de 1933 voter plutôt pour le droite allemande que pour le communiste ,Ernst Thaelmann.
      Il est vrai que le "socialiste" Noske surnommé "le chien sanglant" disait "je hais la Révolution plus que le pêché" cf "Histoire de l’Allemagne contemporaine " de G.Badia

    • Jusqu’en 1932 le SPD etc....

      L e "camarade" fait une légére confusion ce sont les staliniens de Thaelmann (qui disait "apres les nazis ce sera nous !") qui allaient briser les meetings social-démocrate" frére jumeaux" des nazis selon Staline, le "camarade" serait bien inspiré de lire "sur L’allemagne de L.Trotsky", le reste de son article est un tissus d’inexactitudes"(est le mot est faible)
      S.Dedalus

  • D’accord avec certaines choses dans ce texte, mais je pense pas que le jury citoyen en soi soit une maivaise chose, mais il est clair que ségolène a pas forcément la même vision des choses que moi sr le sujet.

    Sinon , il faut faire attention ax termes employés : la 3e voie désigne l’arnachie par rapport au bipartisme ou à l’opposition capitalisme contre socialisme atoritaire. Le fascisme n’est lui qu’un prolongement ultre-autoritaire du fascisme que la bourgeoisie utilise quand la manière douce ne suffit plus à faire rentrer l’argent dans la caisse.

    sc_marcos94

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