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Que la fête soit belle !

mercredi 25 août 2004 - Contacter l'auteur


de Pierre Laurent

" Ainsi sera fondée une République nouvelle. ", l’espoir était inscrit au céur
de ceux qui amplifièrent alors leur combat contre la barbarie nazie.

Au terme d’une semaine de célébrations, Paris devrait conclure aujourd’hui son
hommage au soixantième anniversaire de la Libération dans la fête. La place de
la Bastille dansera ce soir comme on dansait dans les rues de Paris alors libéré.
La libération de la capitale par des forces françaises, celles conjuguées de
la résistance intérieure et de la division blindée du général Leclerc, fut un
acte fondateur, un levier de la renaissance de la République française après
les heures noires de l’Occupation et de la collaboration. Cette histoire, il
convient de ne jamais l’oublier, n’était pas écrite. L’état-major des forces
alliées avait sérieusement envisagé de contourner la ville pour poursuivre sa
progression vers l’est.

L’insurrection parisienne, la démarche entreprise à l’initiative
de Rol-Tanguy auprès du commandement américain, la détermination de De Gaulle
en décidèrent autrement. Les troupes de Leclerc entrèrent dans un Paris déjà largement
libéré par les combattants des FFI et l’action populaire qui les appuyait. La
première colonne blindée à rejoindre les résistants de la capitale était celle
que constituaient au sein de la 2e DB les républicains espagnols, déjà frères
d’armes de Rol-Tanguy aux premières heures du combat antifasciste, quand le jeune
métallo Henri Tanguy s’engageait dans les Brigades internationales. La boucle était
bouclée. Que de souffrance, de courage et de clairvoyance politique il avait
fallu à ces combattants pour ne jamais renoncer !

Le caractère éminemment populaire de l’insurrection parisienne, le rôle décisif qu’y jouèrent les militants communistes et syndicalistes issus du mouvement ouvrier et du Front populaire, ont été fortement rappelés ces jours-ci lors des inaugurations de l’avenue Rol-Tanguy place Denfert-Rochereau, et du square André-Tollet, place de la République. La mémoire de ces racines populaires, l’importance qu’eurent en ces moments charnières les grèves et les manifestations du monde ouvrier sont mésestimées. Cet oubli trop souvent répété occulte l’élan qu’avait constitué pour toutes ces forces résistantes l’adoption clandestine en mai 1943 du programme du Conseil national de la Résistance. " Ainsi sera fondée une République nouvelle. ", l’espoir était inscrit au céur de ceux qui amplifièrent alors leur combat contre la barbarie nazie.

En soulignant la signification de ces événements lors de la cérémonie de la place de la République, André Carrel a appelé au renforcement du travail de mémoire, au soutien de celui engagé par le musée de la Résistance nationale, longtemps animé par André Tollet, et aux destinées desquelles il préside lui-même aujourd’hui. Ce travail, a-t-il insisté, est un gage pour le présent et pour l’avenir.

Soixante ans après la Libération, la fidélité aux idéaux de ceux qui forgèrent la légende passe en effet et d’abord par des actes. Des actes forts et concrets contre l’antisémitisme, le racisme, la barbarie, la guerre, et tout ce qui les nourrit. Des actes courageux pour la justice sociale, pour la défense et le développement des conquêtes issues de la Résistance, à l’opposé de leur remise en cause systématique. Des actes significatifs contre toutes les discriminations sociales, raciales, religieuses, pour reconnaître au monde ouvrier et salarié dans toute sa diversité la place qui devrait être vraiment la sienne au céur de notre société. Autant dire que les temps que nous vivons nous invitent encore et toujours à la résistance et au combat.

L’hommage national qui sera rendu cet après-midi sur le parvis de l’Hôtel-de-Ville par le maire de Paris et le président de la République aux combattants de la Résistance, qui rendirent à la France son honneur et sa liberté, est plus que jamais mérité. Nous serons là. Nous n’oublions pas que nombre de ceux qui s’engagèrent alors mêlèrent dans un seul et même élan leurs espoirs de liberté et de justice sociale. L’ambition de leur vision combattante est pour nous d’une brûlante actualité. En leur mémoire, et pour tous les combats d’aujourd’hui, que la fête soit belle ce soir à la Bastille !

http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-08-25/2004-08-25-399293

Mots clés : Dazibao / Démocratie / Guerres-Conflits / Pierre Laurent /
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