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Reconnaissance d’un Etat Palestinien par L’ONU

vendredi 16 septembre 2011 , par CAPJPO - Contacter l'auteur - 1 com

Ci-dessous l’analyse intéressante de l’ICAHD (Comité Israélien Contre la Démolition de Maisons) concernant l’initiative palestinienne à l’ONU sur la constitution d’un Etat.

Communiqué :

"Le Comité Israélien Contre la Démolition de Maisons (ICAHD) a été, de façon majeure et résolue, l’une des organisations israéliennes pour la paix et les droits de l’homme qui, durant ses quatorze années d’existence, a lutté pour les droits des Palestiniens. Les militants de l’ICAHD s’opposent à la démolition de maisons palestiniennes, aussi bien à l’intérieur d’Israël que dans les Territoires Occupés. Et, en liaison avec nos partenaires palestiniens et internationaux, nous avons reconstruit 175 maisons, en guise d’actes politiques de résistance à l’occupation. Outre nos efforts de résistance sur le terrain, nous avons engagé une vigoureuse campagne internationale de plaidoyer pour une paix juste. Nous sommes en ceci secondés par nos antennes à l’étranger – ICAHD au Royaume Uni, aux USA, en Finlande – ainsi que par des centaines de groupes de la société civile avec lesquels nous agissons à travers le monde.

Dès lors, où nous situons-nous sur la question de l’initiative de septembre lancée par l’OLP et l’Autorité Palestinienne ? En tant que non-Palestiniens, les militants de l’ICAHD ne plaident pas pour une solution particulière au conflit israélo-palestinien. Par-dessus tout, nous souscrivons aux trois principes de base incarnés dans l’Appel de la Société Civile Palestinienne : (1) mettre fin à son occupation et à la colonisation des terres arabes et abattre le mur de séparation ; (2) reconnaître en pleine et entière égalité les droits fondamentaux des citoyens arabes-palestiniens d’Israël ; (3) respecter, protéger et promouvoir les droits des réfugiés palestiniens à retourner vers leurs maisons et propriétés, ainsi qu’il est stipulé dans la résolution 194 de l’ONU.

Parce que nous croyons qu’il appartient au peuple palestinien de déterminer ce qu’il considère comme une paix juste, et que notre rôle en tant que partenaires israéliens est de leur apporter notre soutien – avec cependant un avertissement, qui est que toute solution prenne en compte l’ensemble des personnes résidant en Palestine/Israël – nous suivrons la ligne de nos partenaires palestiniens pour ce qui concerne les initiatives particulières ou les modes de résolution du conflit.

En tant que non-Palestiniens, nous nous trouvons dans une situation délicate au sujet de « Septembre ». Au cours des mois menant vers la présentation aux Nations Unies fin septembre, et en particulier dans les deux dernières semaines, nous avons reçu de nos partenaires de la société civile palestinienne des messages brouillés. La plupart des Palestiniens des Territoires Occupés et d’Israël semblent ne pas prendre part à l’initiative de Septembre à l’ONU – bien que Marwan Barghouti ait lancé depuis sa prison un appel passionné au soutien international et à l’implication. Un commentateur palestinien influent a appelé Septembre un « non-événement » ; d’autres, notamment dans la Diaspora palestinienne, s’y opposent activement.

Abbas lui-même paraît réticent à aller à l’ONU. Il a récemment déclaré à un groupe d’intellectuels israéliens en visite que ses priorités d’après Septembre sont de « négocier, négocier, négocier [avec Israël] ». Mais il est piégé par les attentes démesurées que l’idée a générée dans le monde. C’est d’un cœur à demi-résolu que le Juggernaut s’avance vers la date fatidique du 21 septembre.

Maintenant, juste deux ou trois semaines avant la présentation à l’ONU, un rude débat a surgi au sein de la communauté palestinienne autour de plusieurs questions-clés.

Est-ce que l’initiative de Septembre sera fondée sur la reconnaissance d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 ? Si tel est le cas, pourquoi Abbas veut-il négocier avec Israël ? S’agit-il d’ajustements territoriaux mineurs, ou bien d’un retour au piège stérile de négociations des vingt dernières années, qui ont rendu inadéquates les frontières de 1967 ?

Qui, en l’absence d’élections au Comité National Palestinien ou d’un référendum, a autorisé Abbas à persister vers une solution à deux Etats ? Même s’il présente le dossier à l’ONU en tant que chef de l’OLP et avec l’appui du Comité Exécutif de celle-ci, est-ce que l’Autorité Palestinienne, en devenant le gouvernement reconnu de l’Etat de Palestine, va remplacer l’OLP, et du même coup priver du droit de vote la moitié du peuple palestinien ?

En particulier, est-ce que l’établissement d’un état palestinien dans les frontières de 1967 compromettrait le droit au retour des réfugiés et les droits nationaux des Palestiniens à l’intérieur d’Israël ?

Est-ce que la reconnaissance d’un état palestinien dans les frontières de 1967 exclut définitivement l’émergence d’un Etat unique dans la Palestine historique, qu’il soit démocratique ou bi-national, ou bien va-t-il permettre de poursuivre les efforts politiques et l’évolution dans cette direction ?

Jusqu’à ce que ces questions aient obtenu une réponse, il serait difficile pour l’ICAHD de soutenir l’initiative de Septembre. Ce qui, néanmoins, soulève deux problèmes-clés. D’abord, comment gérons-nous la rupture de Septembre ? Abstraction faite de la politique interne palestinienne et des problématiques réelles de la présentation d’Abbas à l’ONU, « Septembre » va arriver. A une semaine seulement de l’échéance, la stratégie de l’OLP et de l’Autorité Palestinienne n’est toujours pas clarifiée, mais un vote de l’Assemblée Générale verrait sans doute la grande majorité de la communauté internationale reconnaître un Etat palestinien dans les frontières de 1967.

Quelle est notre propre stratégie ? Comment allons-nous canaliser l’énergie, si ce n’est l’euphorie, du « jour d’après » - ou la colère et le désespoir si, en fait, rien ne se produit ? Tandis que beaucoup d’intellectuels palestiniens et d’organisations de gauche se montrent critiques sur cette initiative, la « rue palestinienne » est néanmoins en train de s’organiser pour l’affirmation non violente de ses droits nationaux, y compris par des marches vers les colonies. Qu’est-ce qui peut être fait pour ne pas les abandonner ? Et qu’en sera-t-il des attentes qui ont été suscitées parmi les milliers de militants à travers le monde, eux qui au fil des ans ont consacré tant de temps et d’efforts pour la cause palestinienne ?

Si « Septembre » fait tout simplement long feu, vont-ils rester dans la course ? Plus important encore, qu’en sera-t-il si le vote de l’Assemblée Générale se révèle un véritable changeur de jeu, s’il libère une dynamique politique que ne seraient à même de contrôler ni l’Autorité Palestinienne, ni Israël, ni aucun autre acteur – la démission ou l’effondrement de l’Autorité Palestinienne au cas où, en fait, rien ne change dans les Territoires Occupés, déclenchant peut-être une réoccupation par Israël des villes Cisjordaniennes et de Gaza ? Comment devrions-nous réagir ?

La seconde question découle de la précédente : aucune lutte pour les droits palestiniens ne peut être poursuivie sans le leadership du peuple palestinien – ce qui, pour l’ICAHD et beaucoup de militants à travers le monde réfère aux organisations qui sont nos partenaires de la gauche palestinienne, à l’intérieur de la Palestine ou à l’étranger. Les comités populaires et d’autres militants « de terrain » jouent un rôle décisif pour maintenir la lutte active et ciblée, mais ils n’ont pas de programme politique. Au niveau des actions internationales, BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) est devenue un puissant moteur pour faire campagne et susciter une prise de conscience sur le cas palestinien ; de fait, l’ICAHD a été l’une des premières associations israéliennes à y adhérer. Mais, au bout du compte, il s’agit seulement d’un outil, qui ne saurait remplacer une stratégie politique à multiples facettes.

Deux exigences pour un programme d’après-Septembre paraissent évidentes : nos partenaires de la société civile israélienne devraient élaborer une vision claire de ce vers quoi ils voient la lutte s’orienter, si ce n’est un programme détaillé ; et nous tous qui oeuvrons pour l’auto-détermination palestinienne – militants palestiniens, israéliens et internationaux sans distinction – nous devrions engager des discussions urgentes et décisives au sujet de nos prochaines démarches. Notre militantisme et nos campagnes ont besoin d’être accompagnés par une stratégie conduite par les Palestiniens, avec beaucoup plus de coordination et de communication.

Nous, membres de l’ICAHD, croyons que le vote de l’ONU – ou même un non-vote de l’ONU – va changer les règles du jeu. Il est au moins probable qu’il débarrassera la table de tous les obstacles entravant la recherche d’une paix réellement juste : négociations stériles, la « solution » à deux Etats, et, très possiblement, l’Autorité Palestinienne elle-même, qui a trop longtemps permis à Israël de prolonger son occupation. Il nous faut être prêts pour ce basculement du terrain politique. Nous devons être anticipateurs, unis et efficaces.

L’ICAHD respectera donc les désaccords internes existant entre ses partenaires palestiniens. L’ICAHD a de longue date affirmé que la solution à deux Etats, qui a de toute façon été enterrée sous les colonies israéliennes, ne peut pas servir de solution juste et praticable au conflit israélo-palestinien. Nous aurions soutenu l’initiative en tant qu’étape vers la pleine réalisation des droits du peuple palestinien ; mais dès lors que nos partenaires ont exprimé leurs préoccupations sur le fait que la reconnaissance d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 va exclure ces droits, et vu le niveau des oppositions, l’ICAHD va fondamentalement « rester en dehors ». Nous y voyons une décision douloureuse, parce que notre conviction est que l’engagement de la société civile dans le processus politique est crucial.

Nous demeurons engagés dans la lutte pour l’auto-détermination des Palestiniens. Nous nous tenons solidaires du peuple qui souffre sur le terrain, dans les camps de réfugiés aussi bien que dans les Territoires Occupés, et nous espérons une coopération étroite tandis que nous développons des stratégies politiques efficicaces pour aboutir à une paix juste et à l’égalité pour tous en Palestine-Israël."

ICAHD : itay ZpR icahd.org

(Traduit de l’anglais par Anne-Marie PERRIN pour CAPJPO-EuroPalestine)

CAPJPO-EuroPalestine

http://www.ep-mir.com/spip.php?article6448

Mots clés : Proche & Moyen Orient /

Messages

  • Cet article, malheureusement peu commenté, pose des questions sérieuses sur la problématique "un ou deux états ?" .
    N’en déplaise aux simplificateurs, l’existence de fait d’un état confessionnel, donc excluant les arabes israéliens n’est pas du tout une réalité de fait à accepter obligatoirement.
    La création d’un état palestinien (quelles frontières ? voir les cartes mitées de colonies !) laisse entière la question des arabes d’Israël et du retour des déplacés.

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