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Referendum au Venezuela : La leçon de démocratie du président Hugo Chávez

lundi 2 mars 2009 - Contacter l'auteur - 8 coms

de Salim Lamrani

Les Vénézuéliens ont approuvé une réforme constitutionnelle abrogeant la limite des mandats électifs. Affolée, la classe possédante a dénoncé une situation où le peuple pourrait choisir de reconduire mandat après mandat le président Chávez. Mais à Washington, la raison l’emporte. La nouvelle administration a reconnu la régularité du scrutin et admis, enfin, le choix populaire.

Le président Hugo Chávez vient une nouvelle fois de donner une leçon de démocratie à ses détracteurs. Le 15 février 2009, pour la quinzième fois en dix ans, les Vénézuéliens ont été appelés aux urnes, cette fois-ci, pour se prononcer sur l’amendement constitutionnel qui abrogera la limite des mandats du président, des maires, des députés et des gouverneurs [1]. Pour la quatorzième fois en une décennie, les électeurs ont montré leur soutien au leader bolivarien en s’exprimant à 54,86 % en faveur de l’amendement qui permettra à Chávez de se représenter en 2012 [2].

Aucun président latino-américain ne dispose d’une légitimité démocratique aussi avérée que celle du dirigeant vénézuelien. La participation au vote a été massive, atteignant les 70 %. Par rapport à l’échec de décembre 2007, où la réforme constitutionnelle (69 articles), mal expliquée, fut rejetée à une infime majorité de 50,7 %, le gouvernement vénézuélien a gagné près de deux millions de voix supplémentaires, renforçant sa popularité [3].

Malgré les plaintes et les accusations de fraude de l’opposition, le scrutin a été, une nouvelle fois, salué par la communauté internationale pour sa transparence [4]. Le Groupe de Rio qui regroupe 33 nations du continent américain a qualifié le référendum de « nouvelle expression de civisme et se félicite de l’exercice démocratique » des Vénézuéliens, tout en soulignant « l’ample participation politique [5] ». Les Etats-Unis ont également salué un processus « conséquent avec les principes démocratiques », tout en faisant part de leur volonté de « maintenir une relation positive » avec Caracas [6]. Face à cela, l’opposition n’a eu d’autres remèdes que d’admettre sa défaite [7].

Le président Chávez, quant à lui, s’est réjoui de la victoire : « Aujourd’hui, c’est la vérité qui a gagné contre le mensonge, c’est la constance du peuple qui a gagné », en référence à la campagne médiatique de l’opposition. « Le socialisme bolivarien sort renforcé aux yeux du monde », a-t-il ajouté [8].

En effet, l’opposition ainsi que les médias occidentaux n’ont eu de cesse de mener une campagne de discrédit à l’égard des autorités vénézueliennes, accusant Hugo Chávez de vouloir devenir « président à vie », oubliant qu’en démocratie l’ultime décideur était le peuple. Bien évidemment, les transnationales de l’information se sont bien gardées de souligner que dans de nombreuses démocraties occidentales la limite du nombre de mandats était inexistante. Elles n’ont pas non plus jugé bon de rappeler que les Vénézueliens avaient la possibilité de révoquer leur président à mi-mandat si sa politique se révélait insatisfaisante, réalité inimaginable en Occident.

En dix ans de pouvoir, Hugo Chávez a entrepris des réformes économiques et sociales spectaculaires qui ont singulièrement amélioré le niveau de vie des catégories les plus vulnérables de la population, redonné une souveraineté politique et économique à son pays, insufflé un sentiment de dignité nationale à ses concitoyens, donné une stature internationale au Venezuela, dont le prestige ne cesse de croître au sein du Tiers-monde, fédéré une grande partie des nations latino-américaines autour de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), un projet émancipateur et intégrateur, et fait de la solidarité à l’égard des plus démunis le principe fondamental de sa politique étrangère. Voici brièvement les racines de la popularité du leader vénézuélien [9].

Cependant, Hugo Chávez doit encore faire face au moins à cinq défis majeurs : la baisse du prix du pétrole dont dépend l’économie vénézuelienne, le taux de criminalité qui, même s’il a été réduit, reste un problème sérieux, l’inflation toujours élevée, un niveau de corruption relatif mais présent dans certaines sphères du pouvoir et surtout une opposition qui refuse de se prêter au jeu démocratique en multipliant les campagnes médiatiques de dénigrement dont l’efficacité est indéniable. Mais le scrutin du 15 février 2009 illustre la confiance des Vénézuéliens à son égard pour faire face à ces obstacles et poursuivre sa politique de construction d’une alternative au néolibéralisme sauvage où l’être humain est placé au centre du projet de société.

Salim Lamrani, Enseignant chargé de cours à l’Université Paris-Descartes et à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les États-Unis.
Auteur de Cuba face à l’empire : Propagande, guerre économique et terrorisme d’État, dernier ouvrage publié en français : Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme.


[1] Articles 160, 162, 174, 192 et 230 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela.

[2] Casto Ocando, « Chávez gana el referendo », El Nuevo Herald, 15 février 2009 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « El 15F se impuso la fuerza socialista del pueblo », 19 février 2009.

[3] Pascual Serrano, « Aceptar a Chávez », Público, 18 février 2009 ; Maurice Lemoine, « Le Venezuela persiste et signe », Le Monde Diplomatique, 18 février 2009.

[4] EFE, « Rosales atribuye resultados del referendo a la represión », 17 février 2009 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Oposición no concreta en Contraloría denuncias mediáticas sobre ventajismo », 17 février 2009.

[5] The Associated Press, « Grupo de Río felicita a Venezuela por referendo », 19 février 2009.

[6] Nestor Ikeda, « Estados Unidos legitima el referendo chavista », The Associated Press, 18 février 2009.

[7] Agence France Presse, « Oposición venezolana admite derrota pero llama a ‘seguir la lucha’ », 15 février 2009.

[8] Agencia Bolivariana de Noticias, « Esta victoria es de todos los pueblos de América Latina », 15 février 2009.

[9] Salim Lamrani, « La nueva Venezuela del presidente Hugo Chávez », Le Monde Diplomatique, décembre 2008.

Mots clés : Amérique Latine / Sud / Dazibao / Démocratie / Gouvernements / Salim Lamrani /

Messages

  • Mais à Washington, la raison l’emporte. La nouvelle administration a reconnu la régularité du scrutin et admis, enfin, le choix populaire.

    Ce qui m’énerve c’est que l’on a l’impression q’un arbitre vient de l’égaliser une élection dans lequel il n’a rien à voir. Il aurait mieux fait de s’occuper de leurs fesses avec l’élection douteuse de Busch, c’est de l’ingérance et avec ces loulous il y a de quoi s’inquièter malgrè que beaucoup accordent le bon dieu sans confession à Obama.

  • Ce que je ne comprends pas c’est que quand les bureaucrates européens veulent faire revoter les irlandais sur le même texte, par exemple, toute la gauche dit que la démocratie c’est un vote par question point barre.

    Et là, chavez fait revoter sur des mesures qui figuraient déjà pour l’essentiel dans un texte qui s’est pris une baffe il y a pas si longtemps et toute la gauche applaudi Chavez.

    C’est deux poids - deux mesures, ou il y a une différence fondamentale entre les deux situations et il faut être un Woodiste hyper pointu pour la comprendre ??

    • 90-59,ce que vous dites n’ est pas exact,Chavez n’ a pas repris le même texte il a seulement reprit celui qui lui donnerait la possibilité de se representer autant de fois que le peuple voudra voter pour lui car comme le dit trés bien Salim Lamrani,c’est seulement le droit de se representer,ensuite le peuple pourrat le choisir ou non,et même mieux à mi mandat s’ il ne donne pas satisfaction le peuple encore une fois a la possibilité de le destituer si une petition contre lui peut atteindre un peu plus de voix que celles qui l’ avaient élu c’est encore lui qui a instauré cette loi dans la constitution,je ne crois pas que beaucoup de peuples au monde aient cette possibilité,ensuite le seul référendum que Chavez a perdu n’a été qu’ avec une trés trés faible marge (50,7%) la gauche ici désaprouve que l’ on fasse revoter les Irlandais parcequ’il n’est pas normal qu’ on ne respecte pas les voix du peuple,et que se sera probablement truqué pour le faire avaliser parce que dans ce pays il faut contrairement au notre refaire un référendum,au lieu de ce qui c’ est fait ici de passer par le parlement ou le pouvoir a la majorité absolu ce qui a éviter une autre déconvenue mais vraiment loin de la démocratie.AL de TOULOUSE

    • Il y avait des amendements à la constitution qui bloquaient le peuple dans l’ancienne constitution, mais la majorité du peuple voulait l’autonomie de Chavez sur le choix de sa réélection, du coup il refait voter juste sur ce point, ça me parait normal puisque le peuple le suit.

  • Monsieur Salim Lamrani je suis complètement d’ accord avec votre message, et bien sûr le prix du pétrole freinera peut être l’avancée du pays ,je pense quand même que Chavez et son équipe,parequ’il n’ est pas seul à diriger,vont prendre des bonnes mesures pour arrêter l’oposition de dire des mensonges et de faire tout son possible pour rendre la vie difficile économiquent, en spéculant sur l’alimentation, du reste samedi Chavez les a averti qu’il allait leur nationaliser tout s’il continuer a vouloir mettre des bâtons dans les roues en jouant avec les produits comme ils ont fait jusqu’ à présent, je pense que maintenant il a cette possibilité de le faire.AL de Toulouse

  • pour une fois que les vénézuelien ont un Président qui s’occupe d’eux, normal qu’ils vueillent le garder. il me plait bien moi ce HUGO. Il a des c.... et s’occupe des affaire du pays plutot que de s’occuper de ces pauvres riches qu’on spoli.
    ( je lui piquerai bien une de ses chemise)

  • Rajoutons a cela que la presse est très largement de droite et que la presse audio visuelle l’est tout autant et on comprendra deux choses

    1) la première c’est la force des militants du parti de CHAVEZ
    2) je vous laisse imaginer ce que serait la conscience politique si dans notre pays la presse et l’audio visuel reflètaient réellement les luttes et le débat politique

    De plus TOUS LES PRESIDENTS EN EUROPE PEUVENT ËTRE REELU A VIE SI LE PEUPLE LE DECIDE DONC LA DESINFORMATION FAISANT PASSER CHAVEZ POUR UN DICTATURE EST UNE SUPERCHERIE SUPPLEMENTAIRE ? CAR LUI A EU LES C..... POUR OSER L’INTRODUIRE CLAIREMENT DANS SA CONSTITUTION CE QUI RENFORCE LE DROIT DU PEUPLE EN LA MATIERE

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