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Silence : lettre à Marcel Khalifé

dimanche 6 août 2006 - Contacter l'auteur - 2 coms

de Al Faraby

Mon ami Marcel,

Tu as, de Paris, lancé ton appel (*) à tous les artistes comme toi, nominés par l’Unesco, "artistes de la paix". J’aurai aimé tant être de ceux-là pour pouvoir répondre à ton appel !

Seulement voilà, je ne suis guère homme d’art. Je suis seulement homme et c’est déjà une lourde charge.

Jamais, cette dernière, n’a pesé sur moi autant qu’aujourd’hui. Pas à cause de la cruauté avec laquelle notre peuple d’Irak, de Palestine et du Liban subit la guerre.

Non. Toute guerre est cruelle. En être conscient aide à y faire face.

Non. Mon humanité me pèse d’autant plus lourd à cause du silence qui entoure cette guerre.

Ton appel est récent. Il date du jeudi 03 août 2006... mais j’ignorais qu’il était si difficile de tirer un son d’une guitare, d’un piano, d’un violoncelle, d’une clarinette, d’une flutte... ou de tout autre instrument de musique !

Où sont-ils les musiciens d’Auschwitz et d’ailleurs ?

Est-il aussi difficile d’ouvrir sa bouche, de remuer sa langue, de racler sa gorge... pour sortir un mot ?

Silence

Qu’il est lourd ce silence.

Il nous ramène d’avant notre civilisation, aux premiers temps de l’humanité où le genre humain ne connaissait pas la parole, jusqu’à ce qu’il ait rompu le silence !

Mon ami Marcel,

Qu’il est difficile d’être humain !

http://www.aloufok.net/article.php3?id_article=3299

Mots clés : Al Faraby / Guerres-Conflits / Proche & Moyen Orient /

Messages

  • Madame, Monsieur,

    Merci d’accueillir cette lettre à la libanaise sur votre site.
    Par ailleurs, merci de faire passer cet appel suivant :

    EN vue d’un recueil collectif sur les massacres du Liban, je lance un appel aux poètes, écrivains... de me faire parvenir des textes ; cette expérience fait suite à la publication collective entreprise au lendemain de l’incendie de la bibliothèque de Baghdad.

    Cordialement,
    Khal Torabully

    Lettre à la femme libanaise
    Khal Torabully

    Préambule, courriel envoyé à Evelyne Accad et Amira Issa :
    Ma soeur,
    Aujourd’hui, une étudiante rencontrée à Tripoli m’a écrit pour me
    donner les résultats de ses examens, Elle s’appelle Marwa, et elle
    s’inquiétait de ses notes, et me demandais de prier pour elle pour la
    deuxième session. Miracle de la vie, non, miracle de courage, non ?
    Persister à oeuvrer pour la connaissance quand tout est à feu et à
    sang.
    Inutile de te dire combien ce courage féminin m’a bouleversé.
    Elle est tout le symbole du Liban auquel nous devons nous raccrocher,
    désormais. Son acte puissant, admirable entre tous, m’a inspiré ces propos :

    Ma soeur...
    Nos coeurs saignent devant ce carnage.
    Mais nous resterons debout, car la barbarie qui triomphe se retournera
    contre elle-même. Je suis amoureux de la création, et je sais que la
    patience viendra à bout de l’ogre et de ses alliés.

    Ma soeur libanaise...
    Vous, femmes du Liban êtes d’une espèce précieuse, rare, admirable.
    C’est vous qui gardez l’humanité en éveil en moi, alors que j’avais
    cru la perdre au seuil de la bibliothèque de Bagdad, incendiée par les
    barbares.

    Vous avez la force exemplaire de la vie, et le désir inextinguible de
    pousser les ruines pour la récupératon du passé dans l’élan de
    l’avenir. Vous releverez le Liban pour nous, car en vous se concentre
    le peu d’humanité qui reste en ce monde des marchands et des fous
    sanguinaires. Je ne doute pas un seul instant de votre génie.

    Restez pour nous ces exemples frissonnants de l’abnégation, du courage,
    de la lutte, du temps à traverser, afin que l’espoir soit encore
    présent en ce monde régressif.

    Vous avez cette lourde responsabilité, et nulle au monde ne peut mieux
    la porter que vous. Je vous quémande cette oeuvre vitale, car dans ma
    souffrance, vous êtes ma consolation. Je sais, pour vous avoir
    connues, que vous aimez le savoir. Mieux, la connaissance, sans
    cloison de quelque sorte.

    Vous êtes amoureuses du livre. Vous respirez la poésie essentielle.
    Vous écrivez, vous lisez, vous analysez. Et vous transmettez la beauté
    au coeur même des souffrances de la géopolitique froide, inexpugnable.

    Vous savez garder la grâce dans l’anéantissement passager.
    Vous êtes pilier de Baalbeck, dôme de Tripoli, sang de Cana.
    Vous êtes le Liban.

    L’élan fort de la tendresse humaine.
    Vous êtes nos mères, nos soeurs, nos compagnes quand le pays est
    dévasté par les lâchetés assassines.
    Vous êtes notre dignité.

    Je ne dirai pas, par respect pour vos mères et vos ancêtres, que la
    lutte vient de commencer. Non, elle se poursuit, car vous avez
    traversé des siècles entre boucliers et agressions, entre meurtres et
    passions.

    C’est à vous de garder l’unité de ce pays, ne vous laissez pas diviser.
    Vous êtes notre conscience fine, et vous empêcherez que l’assassin
    profite de vos faiblesses politiques.

    Vous êtes debout, et le monde authentique, ou ce qu’il en reste, vous admire.
    Nous sommes avec vous, et c’est cela notre pâle participation à cette
    tâche à accomplir.

    Je te sais proche de tes soeurs, Marwa. Tu es Evelyne, Amira, Ezza.
    Tu es une profonde lueur d’espoir dans cette nuit atroce.
    Berce le Liban, il a besoin de tes bras.

    Pensée encore debout devant l’indicible.
    Pour le Liban,
    Pour toi.

    Khal Torabully

    P/S : Lis ce texte, diffuse le auprès de tous les Libanais, afin
    qu’ils sachent qu’ils sont aimés des poètes.

    http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=31965

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