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Sur la mort de Raul Reyes et ses camarades

jeudi 10 avril 2008 - Contacter l'auteur - 6 coms

de COMAGUER

Un mois après l’assassinat sur le territoire équatorien de la colonne des FARC venue négocier un échange de prisonniers avec une délégation du gouvernement français il est possible de reconstituer assez précisément, à partir de l’enquête menée par l’armée équatorienne, l’opération militaire telle qu’elle s’est déroulée dans la nuit du 29 février au Premier Mars 2008.

La délégation française est conduite officiellement par DANIEL PARFAIT, diplomate et Directeur du département Amérique Latine et caraïbes au Ministère des Affaires Etrangères et NOEL SAEZ ancien consul de France à Bogota, qui passe pour un agent de la DGSE. DANIEL PARFAIT est également le compagnon d’ASTRID BETANCOURT, sœur d’INGRID. Il se peut qu’ils soient accompagnés de MANUEL CHURRASCO SANDOVAL mais cette présence est niée par la diplomatie française. Cette dénégation est normale : un « homme de l’ombre » doit y rester.

La délégation s’est rendue dans la province équatorienne de SUCUMBIOS frontalière de la Colombie en attendant que soit fixé précisément le rendez-vous avec la colonne REYES.

Tout en conservant un caractère confidentiel ces préparatifs sont nécessairement connus des trois gouvernements directement concernés : Equateur, France et Colombie.

La colonne REYES établit son campement sur le sol équatorien à environ 1800 m de la frontière à proximité du Rio Putumayo un affluent de l’Amazone qui sépare les deux pays. Elle est accompagnée de jeunes mexicains non armés qui sont venus faire connaissance avec les FARC.

La position exacte de la colonne REYES va être déterminée grâce à une communication par téléphone satellitaire entre elle et la délégation française.

URIBE le fourbe entre alors en scène. Il téléphone à RAPHAEL CORREA, le président équatorien, pour lui demander d’arrêter la délégation française et son escorte équatorienne dans sa marche vers le lieu de rendez-vous. Le prétexte invoqué est qu’il y a eu un accrochage entre les FARC et l’armée colombienne à proximité de la frontière et que dans la chaleur du combat l’armée colombienne a pénétré sur le sol équatorien à la poursuite du commando des FARC qui s’y est replié. CORREA qui, à cette date, semble avoir encore confiance dans la parole d’URIBE relaie l’information. La délégation française arrête sa marche.

La nuit est tombée sur la forêt équatorienne. La colonne REYES dort d’autant plus paisiblement que se sachant en territoire équatorien avec l’accord du gouvernement du pays elle n’a pas à craindre une attaque de l’armée colombienne.

C’est pourtant ce qui va se passer.

Peu après minuit, le campement des FARC est bombardé. L’armée équatorienne qui a depuis mené l’enquête sur le site a établi les données militaires suivantes : le campement a reçu dix bombes de 250 kilos soit 2,5 tonnes de bombes en tout. Les impacts sont visibles sur les photos communiquées par l’armée équatorienne qui a même accompagné des journalistes étrangers sur le site. Il s’agit de bombes guidées du type GBU PAVEWAY II fabriquées par la firme étasunienne TEXAS INSTRUMENTS. Ces bombes guidées par laser et GPS sont lancées depuis un avion, suivent le sol à l’horizontale en épousant le relief et piquent à la fin sur l’objectif.

L’armée de l’air colombienne dispose de deux modèles d’avions de chasse : les KFIR de fabrication israélienne sous licence DASSAULT et les TUCANOS. Aucun de ces appareils ne dispose du système de guidage laser permettant de lancer ces bombes. Elles ont donc été lancées par un appareil de l’US AIR FORCE en provenance soit de la base US de MANTA sur le sol équatorien soit d’une base colombienne. L’armée équatorienne a noté qu’un bombardier HERCULES C 130 avait décollé de Manta le 29 Février et qu’il n’y était revenu que le lendemain.

Peu après le bombardement, un hélicoptère de l’armée colombienne débarque un commando qui va liquider au fusil les guérilleros agonisants mais qui, dans sa hâte, négligera une jeune mexicaine blessée qui a survécu et se trouve donc être un important témoin de l’opération. Toujours paralysée par le mensonge d’URIBE, l’armée équatorienne n’intervient pas. Le commando colombien repart avec son trophée sordide : le cadavre de RAUL REYES enveloppé dans un sac de plastique noir qui sera complaisamment exposé devant les télévisions du monde entier.

En bref, il s’est agi d’une opération militaire bien préparée avec intervention militaire directe des Etats-Unis et utilisation d’armes très sophistiquées dont l’armée colombienne ne dispose pas.

Enseignements et contrecoups

- URIBE a démontré que le gouvernement équatorien est désormais, à l’égal du gouvernement vénézuélien, son adversaire. Le président CORREA s’inquiète très officiellement et à juste titre d’une possible infiltration des services secrets colombiens dans l’armée équatorienne, la localisation de la colonne REYES ayant pu aussi être effectuée par ce biais. Il s’agit d’une hypothèse sérieuse les Etats-Unis, ayant eu jusqu’à l’arrivée de CORREA au pouvoir les coudées très franches en Equateur au point d’y avoir imposé leur monnaie. L’Equateur n’a plus de monnaie nationale depuis 2000 ce qui est le signe le plus manifeste d’une perte de souveraineté. De plus il faut se souvenir que CORREA n’était pas en poste depuis un mois que GUADALUPE LARRIVA sa ministre de la Défense mourrait dans un accident d’hélicoptère non élucidé à proximité de la base de Manta. Les ingérences colombiennes en territoire équatorien ont été confirmées par l’arrestation à Quito en 2004 d’un autre dirigeant des FARC , SIMON TRINIDAD , extradé depuis aux Etats-Unis où il vient d’être condamné à 60 ans de prison sous le prétexte classique et éculé de « trafic de drogue ».

- Le gouvernement vénézuélien a de bonnes raisons d’être extrêmement méfiant lui aussi et de prendre garde aux infiltrations colombiennes dans son armée ou ses services de renseignement si l’on se souvient que RICARDO GRANDA un cadre dirigeant des FARC avait été, en Décembre 2005, enlevé en plein Caracas et en plein jour, par des agents colombiens aidés de complices vénézueliens Il peut également redouter des manœuvres de déstabilisation politique, voire des sécessions, des provinces frontalières avec la Colombie en particulier de la province pétrolière de MARACAIBO.

- De son côté, l’assemblée constituante équatorienne vient de tirer les leçons de l’évènement en inscrivant dans la nouvelle constitution l’interdiction de toute base militaire étrangère sur le territoire équatorien.

- Pour les FARC, la leçon est claire : ni BUSH ni URIBE ne veulent entendre parler d’une échange de prisonniers ni surtout de ce qui aurait dû suivre : une négociation politique avec les guérillas. Ils veulent une reddition complète sans condition qui aurait toutes les chances, vu les précédents, de déboucher sur un massacre de masse des guérilleros/as désarmés. La leçon a également été reçue par l’ELN qui vient de désavouer son émissaire chargé de contacts exploratoires avec le gouvernement URIBE pour trouver une issue politique à la guerre civile.

De plus, considérant ce qui s’est passé le 1er mars, les FARC peuvent redouter qu’une nouvelle opération de libération de prisonniers se termine en carnage. Le scénario s’impose de lui-même : les deux délégations se rencontrent à un endroit convenu et évidemment sous haute surveillance militaire. Les prisonniers et ceux qui les attendent montent dans les hélicoptères qui décollent aussitôt. La colonne des FARC elle repart à pied dans la forêt mais, dans la minute qui suit son départ, alors qu’elle est encore parfaitement localisable, elle est bombardée comme l’a été la colonne Reyes. Elle est anéantie. Un hélicoptère colombien peut même venir ramasser les cadavres pour qu’ils soient exhibés à la télévision.

L’acharnement mis par la Colombie à démontrer le soutien du Venezuela et de l’Equateur aux FARC en faisant « parler » l’ordinateur bombardé de RAUL REYES et en affirmant que l’Equateur laissait couramment des groupes des FARC se réfugier sur son territoire démontre que les Etats-Unis ont décidé de lancer une violente contre-attaque qui vise à sauver le pion URIBE et à empêcher toute avancée de la révolution bolivarienne en Amérique du Sud.

BUSH multiplie les pressions pour faire adhérer derrière la Colombie de nouveaux pays à ses accords de libre-échange.

Il appuie le gouvernement panaméen qui affronte une guérilla qui se développe prés de la frontière colombienne.

Pressé par l’ancien candidat à la Présidence de la République OLLANTA HUMALA, le Ministre de la défense péruvien vient de reconnaître que des troupes US sont maintenant installées dans la zone amazonienne du Pérou aux confins de la Colombie et de l’Equateur ce qui prépare une grande manœuvre d’encerclement de la guérilla colombienne et de l’Equateur pris en tenaille.

Face à cette offensive les gouvernements élus du Venezuela et de l’Equateur ont deux attitudes possibles : soit temporiser en espérant se défendre seuls soit comprendre qu’ils ont les mêmes intérêts stratégiques que les guérillas colombiennes et que s’il n’y a pas un grand changement politique en Colombie l’impérialisme leur rendra par tous les moyens la vie impossible et qu’un front uni bolivarien contre l’agression impérialiste est une urgente nécessité.

Reste un acteur clé dont le positionnement face à la contre attaque impérialiste pourrait être décisif : le Brésil. Pays le plus peuplé et le plus puissant du continent Sud, il possède également l’armée la plus nombreuse et la plus moderne. Il a des frontières communes avec la Bolivie, le Pérou, la Colombie et le Venezuela et il n’ignore rien des appétits des yanquis pour les richesses de l’Amazone. Le ministre de la défense brésilien est allé récemment défendre à Washington l’idée d’un pacte de défense latino américain, indépendant de l’Organisation des Etats américains dont seraient donc expressément exclus les Etats-Unis. Si ce projet se concrétisait la contre-attaque de l’impérialisme étasunien pourrait tourner court.

Quoi qu’il en soit et sans méconnaître les contradictions secondaires qui sont nombreuses et que l’adversaire tentera d’exploiter à son profit, la contre attaque de l’impérialisme étasunien doit être comprise comme la réédition, à l’échelle 10 car c’est cette fois toute l’Amérique du Sud qui est concernée, de l’opération de mise à bas de la révolution sandiniste au Nicaragua par l’équipe REAGAN. Tous les ingrédients sont rassemblés : implication militaire directe mais non affichée de l’armée US, intervention permanente du Mossad, des conseillers militaires et des marchands d’armes israéliens, financement clandestin – via le trafic de drogue – des groupes de contre-insurrection, et pourquoi pas, il y a un précédent, un minage des ports pétroliers du Venezuela, sans oublier la présence aux fourneaux de cette cuisine infernale du maitre-queux cynique de l’époque : JOHN NEGROPONTE aujourd’hui n°2 du département d’Etat.

Mots clés : Amérique Latine / Sud / Dazibao / Guerres-Conflits /

Messages

  • Selon le président équatorien, Rafael Correa, son homologue colombien, Alvaro Uribe, aurait plusieurs fois fait échouer la libération des otages des FARC, en tentant de profiter de ces moments pour lancer des opérations militaires au mépris de la parole donnée.

    Selon la sénatrice colombienne Piedad Cordoba, la France avait offert aux FARC un téléphone satellitaire pour conserver un contact permanent lors des négociations pour la libération d’Ingrid Betancourt. Mais lors d’une opération conjointe franco-états-uno-colombienne, les services français ont utilisé cet appareil pour localiser le négociateur et numéro 2 de la guérilla, Raúl Reyes, la CIA a tiré un missile guidé, et les forces spéciales colombienne ont nettoyé le campement.

    Des victimes du leader neo-fasciste Mario Sandoval affirment l’avoir reconnu parmi les membres de la délégation officielle française chargée des négociations.

    Selon la Comisión Nacional sobre Desaparición de Personas (Conadep), organisme argentin chargé d’enquêter sur les crimes de la junte, M. Sandoval aurait été à la fin des années 70 professeur à l’école de police et aurait commis divers crimes (dossier d’instruction 1076/1163).

    Selon El Tiempo de Bogota, repris par de nombreux quotidiens latino-américains, Mario Sandoval prodiguerait désormais ses conseils à l’état-major militaire de l’Élysée.

    Cependant, selon un communiqué de l’ambassade de France à Bogota, M. Sandoval n’exerce aucune fonction officielle auprès de M. Sarkozy.

    réseau voltaire lolita

  • le HERCULE C130 n’a jamais été un bombardier !!!!!

    • Il n’a jamais été un bombardier, ni "par définition" un transport de troupes.

      C’est la version US du Transall, Cargo destiné à des missions de logistique militaire lourde et aux USA à la lutte contre les incendies...

      Mais on ne peut oublier que depuis maintenant 15 ans il est de tous les coups fourrés de la CIA. De l’appui aux Contras nicaraguayens au transport de la drogue pour le compte de la Compagnie.

      Il coûtait neuf en 1985 3 600 000 dollars, et n’était pas exportable car étant considéré comme un élément stratégique. Donc, c’’est pas n’importe qui qui peut l’avoir à disposition, même aujoird’hui, et même en payant.

      En 1996 la nouvelle version du C130 S valait 25 millions de dollars.

      Relooké il continue sa carrière en Irak et Afghanistan.

      Pour ceux qui lisent l’anglais, ci dessous un documentaire sur le C130 et coment il fut détourné de la lutte contre les incendies vers transport de drogue d’Amérique latine aux USA par Oliver North pour le compte de la CIA.

      Je ne joins pas ma traduction intégrale perso car l’article est assez long et "dévie" du thème initial.

      Mais la présence sur les lieux d’un C130 "signe" la participation de la CIA et des ses sbires narcotraficants.

      Quelques extraits de l’article :

      ...Le Lockheed C-130 Hercule est entré en dotation dans l’Armée de l’air américaine en 1955. A ce jour il reste un des avions-cargos les plus polyvalents jamais construits. L’Armée de l’air possède et intègre diverses versions du C-130 dans ses plans opérationnels jusqu’en 2015. Il peut voler à une vitesse de croisière de 350 km-h, est capable de décoller et atterrir de pistes non aménagées et peut transporter des charges jusqu’à 50 000 livres. Il est capable de larguer ces charges littéralement "instantanément" d’une rampe arrière. Tandis que le nouveau C-130 S coûte au gouvernement autour de 20 à 25 millions de $, l’avion employé alors est généralement estimé par le GAO à environ 3.5 millions de $ pièce. Un rapport du GAO estime le prix d’un propulseur à 100 000 $ et un moteur à 250 000 $. C’est l’avion du parfait narco-trafiquant pour les longues distances.
      De par la loi des Etats-Unis le C-130 est un avion militaire sévèrement réglementé. Ce qui interdit de l’exporter dans un pays étranger sans approbation préalable du Département d’Etat, du Ministère de la Défense nationale, de la FAA et de la C.I.A....

      ...Dans cette même émission, le vétéran d’’’Air America’’ et de la CIA, le pilote Tosh Plumley, a déclaré qu’il a livré, dans les années et les mois précédant la mort de Sabow, des cargaisons de cocaïne de plus de 2 000 kilos sur El-Toro pour la C.I.A. Plumley a clairement exposé qu’il volait sur des ‘’C-130’’ en dotation pour le Service Forestier et ses entrepreneurs....

      ...J’ai soupçonné le ‘’DoJ’’ de livrer de la drogue et j’ai reçu l’assurance que les transferts n’étaient pas lié au narco-trafic’’, a continué Eitel. "J’ai accepté leurs explications quelque temps mais en 1996 j’ai fait une recherche de base de données sur un narco-trafiquant important nommé Luis Carlos Herrera-lizcano qui était l’associé de John Ford de retour au pays lors des transferts des ‘’C-130’’ hors d’Australie en 83-84. Herrera était le propriétaire et le PDG de ‘’Trans Latin Air’’ et en 1994 il a été accusé par le U.S. Attorney de Chicago d’avoir utilisé les ‘’C-130s ‘’pour transférer des milliards de dollars de cocaïne aux Etats-Unis"....

      http://www.fromthewilderness.com/fr...

      G.L.

  • Ces informations maintenant précises sont d’une grande importance !
    Elles devraient obliger les responsables des organisations de gauche
    à interpeller ( ne serait-ce qu’aux questions au gouvernement à
    l’Assemblée générale ) pour le moins le ministre des affaires étrangères.
    Certains ont dû trouver mes propos un peu excessifs sur l’appel de
    Sarkozy pour la libération d’Ingrid BETANCOURT en ne pointant que la
    responsabilité des FARC = avec la description précise des faits, j’espère
    que d’autres personnes sentiront la même révolte , c’est quand même
    notre pays, donc notre drapeau, qui est une fois de plus entâché de
    sang !!!

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