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Travailleurs sans-papiers : "Si Sarkozy continue, le mouvement embrasera tout le pays"

jeudi 15 mai 2008 - Contacter l'auteur - 10 coms

de CAMILLE STROMBONI

"A force de stigmatisations, Nicolas Sarkozy a acculé tous ces travailleurs sans-papiers à se révolter, dénonce Jean-Claude Amara, le porte parole de Droits Devants ! (www.droitsdevant.org). Alors que les réponses seront connues vendredi, il prévoit une nouvelle vague de grèves devant l’incohérence et l’injustice des consignes de régularisation données aux préfectures. Il n’y aura probablement pas plus de 15 à 20% de travailleurs régularisés sur les 1000 sans-papiers qui font grève depuis un mois."

Jean-Claude Amara (Droits devant !). "Le gouvernement a choisi de gagner du temps. Les préfectures ont reçu des ordres afin de ralentir le traitement des dossiers. Alors que les salariés sans-papiers du 92 (Café de La Jatte et Passion Traiteur) ont pu s’adresser à la préfecture de leur lieu de travail, certaines préfectures ont choisi de transmettre les dossiers dans le département du domicile salarié, ce qui rallonge les délais.

Depuis le début de la grève, le 15 avril, des centaines de travailleurs sans-papiers se sont manifestés pour rejoindre le mouvement. La brêche est ouverte. Depuis quelques jours, c’est plutôt nous qui freinons les demandeurs, afin de voir les signes concrets marquant la volonté du gouvernement de régulariser. De nombreux indices laissent penser qu’il n’y aura pas plus de 15 à 20% de travailleurs régularisés sur les 1000 grévistes. Nous visions un minimum de 50%. On s’achemine donc vers une nouvelle vague de grèves.

Pour La Jatte et Passion Traiteur, en moins de 3 jours, 19 travailleurs ont été régularisés, avec 10 récépissés délivrés d’un seul coup, et 7 ensuite. Le gouvernement parle sans arrêt de l’importance du “cas par cas”, mais nous notons ici la création d’une nouvelle technique : le “cas par cas collectif” ! C’est donc bien une question de volontarisme politique. Nicolas Sarkozy est coincé tout d’abord par ses bases idéologiques : il a une peur bleue d’annoncer une large régularisation, vis-à-vis de son électorat le plus réac’. D’un autre côté, il craint tout autant que les grèves perdurent et s’amplifient. Il préfère donc faire traîner.

Il est urgent de prendre des mesures de fond. La circulaire du 20 décembre 2007 a tout d’abord créé la possibilité de régulariser les travailleurs, dans 150 métiers “en tension”, mais seulement pour les ressortissants des pays de l’Est intégrant l’Union Européenne. Nous dénonçons évidemment le vieux fantasme du blanchiment de l’immigration, mais aussi le caractère irréalisable de cette mesure. Nicolas Sarkozy s’est d’ailleurs mis à dos une partie du petit patronat, qui ne compte pas virer son personnel formé, pour le remplacer par des immigrés de l’Est, à cause de cette conception doctrinaire. Après notre très forte mobilisation, une nouvelle circulaire est prise le 7 janvier et ouvre aux travailleurs déjà en place, à titre exceptionnel, la régularisation selon les besoins de l’entreprise. C’est dans ce cadre que les 8 cuisiniers du restaurant « La Grande Armée » sont régularisés en février ou encore les salariés de La Jatte et de Passion Traiteur. Mais il s’agit aussi de l’un des éléments déclencheurs de notre grève : ce caractère « exceptionnel » débouche obligatoirement sur l’arbitraire des préfectures, d’un département à l’autre. Il faut mettre un terme à cet esclavagisme moderne en passant du titre exceptionnel au titre général.

L’infléchissement du regard de l’opinion publique constitue un moment historique : aujourd’hui, derrière le mot “sans-papier” apparaît enfin celui de “travailleur”. Nous ne connaissons pas un sans-papier qui ne travaille pas, que ce soit au noir ou déclaré. Le débat est lancé et plus personne ne peut se calfeutrer derrière l’hypocrisie de l’ignorance. La majorité des patrons savent pertinemment qu’ils embauchent des salariés sans-papiers. On a levé un secret de polichinelle. L’implication de syndicats comme la CGT, depuis plus d’un an, a joué un rôle prépondérant. L’Etat l’a d’ailleurs bien compris, en essayant de diviser le mouvement. L’occupation récente de la Bourse du travail de Paris, et ce prétendu compromis entre la CGT et l’Etat, ne sont qu’une vaste manipulation. Le gouvernement a orchestré cela : la préfecture de Paris a ainsi conseillé aux sans-papiers de s’adresser à la CGT, soudainement. C’est presque logique, aux abois face à un mouvement qui ne cesse de s’amplifier, le gouvernement essaie de le freiner, en créant des dissensions.

Un courant de sympathie est né et cette lutte devient même populaire. Nous voyons de plus en plus des salariés français sur les piquets de grève. Les salariés français se rendent compte d’une contradiction flagrante : les sans-papiers cotisent pour les caisses de l’Etat, les allocations chômage ou les retraites, alors qu’ils ne toucheront jamais un dividende, s’ils sont licenciés par exemple. Le regard des Français a changé en voyant que l’Etat récupère des dizaines de milliards d’euros de cotisations sociales sur le dos de ces travailleurs.

Pourtant, Nicolas Sarkozy continue à fermer les verrous des régularisations. Avec encore cinq personnes arrêtées mardi, la chasse aux sans-papiers, initiée par la circulaire de 2006, ne fait que s’intensifier, dans la rue, le métro et même sur le lieu de travail. On vend ces arrestations à une frange électorale misérable. Mais Nicolas Sarkozy se trompe complètement et la situation se retourne contre lui. A force de taper trop fort sur la tête de ceux que l’on stigmatise en premier, il a acculé tous ces travailleurs sans-papiers à se révolter. Ils n’ont plus d’autre choix. Cette cécité du chef de l’Etat lui a permis de réussir plusieurs tours de force : se mettre à dos une partie de son électorat, le petit patronat, changer le regard de l’opinion publique sur les sans-papiers et retisser les solidarités par son acharnement et son incohérence. S’il ne prend pas les mesures nécessaires de régularisation globale, le mouvement va rapidement embraser tout le pays. »

Réalisé par CAMILLE STROMBONI

14/05/2008 à 17:32 dans Sans-papiers | Lien permanent

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Mots clés : Dazibao / Emploi-chômage / Gouvernements / Les « sans-papiers » - Immigration /

Messages

  • Embrasons, embrasons... certes, mais j’espère la présence encore plus massive de militants sur les sites et entreprises occupés !!!
    J’espère que ceux qui ont les allumettes ont aussi la volonté (si ce n’est déjà fait) de dormir au moins une nuit par semaine sur une des occupations, faire une collecte dans sa boite et/ou son orga, etc...

    Développons les soutiens pour les travailleurs sans papiers en grève depuis 1 mois !

    Info : Barbecue de Solidarité aux Grévistes : Dimanche 18 Mai à 12h au chantier occupé 6 rue Xaintrailles Paris 13.

    Salutations Fraternelles

    Rom

  • Ne soyons pas naïfs non plus, en comprenant bien que ce sont d’abord les grands patrons d’Europe et du CAC40 qui réclament davantage d’immigration, pour faire pression à la baisse sur salaires et droits sociaux.

    C’est une des facettes du grand libre-échange mondialisé, qui touche hommes, finances et produits.

    Changeons ce système destructeur, enfin.
    www.levraidebat.com

  • Le vrai problème n’est pas la régularisation des immigrés en situation irrégulière mais la volonté des pays occidentaux d’empêcher tout développement notamment de l’Afrique.
    Le monde occidental tue l’Afrique par la dette et les aides à l’exportation comme la politique agricole commune qui empêche de nombreux agriculteurs africains de vivre de leur exploitation et les incitent à venir en Europe pour trouver des conditions de vie meilleures.
    Je suis contre la régularisation des sans papier demandée par ces travailleurs en sutuation irrégulières mais aussi par l’industrie du batiment de la restauration qui permettra à terme de baisser les salaires. Soyons clair, aujourd’hui plus aucun blanc ne veut travailler dans le secteur du batiment (en tant que salarié d’une grosse boite) car c’est un boulot pénible, ingrat et très mal payé. Mais en France nous avons besoin de construire de nombreux logements et Bouygues est bien content d’embaucher des travailleurs qui acceptent des salaires misérables.

    • En les maintenant dans l’illégalité et en refusant leur régularisation tu te mets du côté de l’exploitation sauvage.

      Contrairement aux discours paranoiaques les travailleurs du monde entier ne rêvent pas de venir s’installer en France. Il faut arrêter le lepenisme rampant !

      C’est bien la crapulerie du capitalisme qui veut que les bourgeois, leurs capitaux, leurs entreprises et leurs produits aient droit d’aller partout alors qu’en même temps ils construisent des murs pour séparer les hommes des hommes.

      Jouer ce petit jeu n’est pas futé. De fait il existe 100 à 200 000 clandestins en France, soit on les garde dans la clandestinité et on multiplie les rafles indignes, soit on casse cette situation en les régularisant et en faisant en sorte donc qu’ils ne vivent plus dans la peur.

      Pour toi le sans -papier est un étranger. Pour moi non, c’est un camarade et je ne fais aucune distinction et estime qu’il doit avoir mêmes droits que moi.

      la "forteresse" Europe ne protège pas du tout les travailleurs d’Europe malgré le crypto-lepenisme rampant qui la travaille (dans tous les pays la bourgeoisie durcit son attitude contre les travailleurs immigrés). C’est à dire qu’en même temps que les ultra-liberaux plongent des millions d’immigrés hors droits en Europe ils attaquent parallèlement les droits de l’ensemble des travailleurs dans un même mouvement.

      Les travailleurs sans papiers sont pour moi de la seule nation que je reconnaisse réellement : les travailleurs.

      Et ceux qui essayent et proclament qu’ils ne doivent pas avoir de papiers se trompent , ils sont du côté de la honte et de l’inégalité.

      Ils jouent le jeu des patrons en avalisant des différences de droits entre travailleurs.

      Il n’est pas prouvé , mais pas du tout, que les travailleurs immigrés avec ou sans papiers soient moins courageux dans la bataille sociale face au capitalisme commun et son état.

      Le truc sur le lieu commun des travailleurs immigrés qui accepteraient n’importe quel boulot c’est un fantasme de Le Pen. Par contre, en les coinçant dans l’illégalité on les rend effectivement vulnérables et on laisse s’installer une classe ouvrière à deux vitesses, légalement.

      C’est pour ça que la régularisation de tous les sans-papiers est importante : Pour résister aux patrons, pour résister à Le Pen et la droite autoritaire, pour résister au social-libéralisme qui joue aussi sur cette division, il faut de mêmes droits.

      La bataille pour l’égalité des droits des travailleurs entre sans-papiers et travailleurs de plein droit est la même que la bataille pour unifier par le haut les droits sociaux et les salaires en Europe. Elle est la même que celle qui se fait solidaire des grévistes de Dacia sur les salaires, ou soutient les batailles sociales au Maghreb, en Inde, en Chine , en Russie, etc...

    • Ne perdons pas notre temps avec Le Pen, le Lepénisme rampant ou debout (il est plutôt à l’agonie) : le vrai problème c’est l’UMP dans sa totalité et la nébuleuse Berlusconienne. Leurs idées sont celles du FN et ils ont, eux, les moyens de les mettre en oeuvre. Et en prime ils sont nettement plus atlantistes que feu l’épouvantail à électeurs gogos.

    • Je suis entièrement en accord avec toi camarade ! Ce n’est plus le FN le gros problème (et en cela je pense que Mme Marine Le Pen a réussi ce tour de force), c’est la banalisation de ses idées. Que l’on songe aux reprises faites par M.Sarkozy au programme ancien du FN et l’on mesure nécessairement les proximités idéologiques. Le cheval de bataille de toute la gauche, communiste ou socialiste, ne doit plus qu’être la charge contre le FN, axe du mal, mais bien plutôt contre la sournoise dissémination de ses valeurs au sein de la vie politique française. En cela, la droite de M.Sarkozy est parvenu par une maneouvre remarquable, à concilier d’une part ultra-libéralisme effréné, et d’autre part un autoritarisme digne d’un Bonaparte. Le plus grave c’est qu’il a encore en plus, réussi à gagner à sa cause tout un parti de droite, qui avant lui n’était pas aussi extrémiste dans la conciliation des antagonismes. L’UMP actuel ne fait plus que suivre les directives du Président (enfin peut-on espérer que la contestation parlementaire interne à la majorité saura fissurer cette ligne dure et étroite ?). Et cela, M.Sarkozy l’a réussi par sa qualité politicienne à dresser les uns contre les autres (valides contre malades, jeunes travailleurs contre "vieux profiteurs" -entre guillemets à prendre avec des pincettes- et j’en passe ) et surtout à son insupportable discours de pseudo-vérité ("je vais vous dire la vérité, MOI")
      Et si la gauche n’arrête pas de se concentrer sur un parti d’extrême droite institutionnalisé et non sur les idées véhiculées, nous allons droit dans le mur !

  • Quelle réjouissance de voir défiler côte à côte des lycéens, des enseignants, tous ceux qui font le service public..Mais m’égarerais-je du propos de l’article ? Point du tout si tant est que ceux qui y étaient présents ont pu voir que des sans-papiers marchaient avec nous. Dans la crainte mi-figue, mi-raisin de voir les crs venir les choper et leur coller une expulsion aux fesses pour ne pas accepter la politique dangereuse, à tendance frontiste, de M.Sarkozy, nous avons fraternisé, poignées de mains et convergence idéologique aidant. Alors n’oublions pas dans le débat de l’école que nos camarades sans-papiers ont des enfants scolarisés, de plus que l’on sait que maintenant la police, commanditée en cela par le gouvernement, n’hésite plus à arrêter des parents attendant leurs enfants à l’école, voire les enfants eux-mêmes. Pour mieux les expulser.
    Quand donc la politique du chiffre sera-t-elle remplacée par la politique de l’homme et de la culture ?

    Tout cela ne l’oublions pas ...

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