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Une lettre de Cesare Battisti, en grève de la faim et des soins depuis le 2 juin

jeudi 10 juin 2021, par Cesare Battisti

Je m’adresse à mes enfants bien-aimés, à ma compagne de voyages, aux frères et aux sœurs, aux neveux, aux amis et aux camarades, aux collègues de travail et à vous tous qui m’avez bien aimé et soutenu dans votre cœur.

Les effets destructeurs de la grève

Je vous demande à vous tous un dernier effort, celui de comprendre les raisons qui me poussent à lutter jusqu’à la conséquence ultime au nom du droit à la dignité pour chaque détenu, de tous.

La dignité d’affronter ses propres responsabilités en restant soi-même.

Mon choix est un choix radical, si on peut parler de choix, quand il reste le seul moyen décent de défendre son amour propre, les valeurs humaines et de justice que jusqu’ici vous avez partagées avec moi, la sauvegarde de la mémoire historique et de la mémoire affective.

Le 2 juin 2021, j’ai commencé une grève de la faim en sachant que je ne reviendrais pas en arrière, donc en étant conscient de vous infliger une grande douleur. Mais en ayant la certitude que, le temps relâchant la morsure de la douleur, vous conviendrez avec moi que c’était l’acte le plus digne que je puisse faire pour éviter de mourir à genoux, après avoir été pressé et utilisé, à toutes ses fins ignobles, par le pouvoir.

Ce serait ainsi trahir les valeurs d’un passé auxquelles j’ai crues, jusqu’à la dérive armée. Je ne me suis jamais senti un criminel alors, ni ne me sens de l’être aujourd’hui, même si j’ai conscience de m’être trompé. Je suivais, comme tant d’autres, des valeurs fondamentales du droit pour la personne, je ne peux me permettre de les trahir sur la ligne d’arrivée.

Voilà pourquoi je vous demande une dernière fois de m’aider à être moi-même et de me pardonner pour la douleur que je vous inflige.

Je veux qu’il soit clair pour vous que ma lutte est une lutte de protestation, de revendication de droits inaliénables.

Il n’y a pas de place dans ma décision pour des dérives d’ordre psychologique. J’ai des demandes objectivement précises, clairement formulés aux autorités compétentes. Il n’y aura donc aucune espèce d’arrondissement des angles, d’actes irréfléchis, ni de prétextes psychiatriques. Si nécessaire, je continuerai la grève de la faim jusqu’au dernier souffle.

Je ne suis pas un imbécile, je suis en train de lutter pour la vie.
Vous êtes des personnes merveilleuses, défendez toujours la liberté et le respect.

Je vivrai pour toujours avec vous.

Rossano, le 9 juin 2021

Cesare Battisti

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