Bellaciao est hébergé par
Se rebeller est juste, désobéir est un devoir, agir est nécessaire !
PUBLIEZ ICI PUBLIEZ VOTRE CONTRIBUTION ICI

Le témoignage décapant d’une ouvrière d’usine

de : Paco
lundi 13 septembre 2010 - 17h43 - Signaler aux modérateurs
JPEG - 59.5 ko

de Paco

Aujourd’hui à la retraite, Sylviane Rosière a travaillé dans une usine de décolletage en Haute-Savoie. Entre 2006 et 2007, elle a noté quelques fragments de ses journées dans un journal qui est à présent publié par les éditions Libertaires. Une plongée en apnée dans le monde ouvrier.

« Toutes les usines ont une odeur. La mienne sent la chaussette sale. Ici tout est vieux. Certaines machines verdâtres ont plus de vingt ans. Elles rotent et pètent fort. L’an passé, un intérimaire s’est empalé la main sur une de ces vieilles brocheuses. Le matin, tous ceux de l’équipe de nuit étaient blancs d’émotion. Ils avaient dû descendre le gars, enlever la broche, étendre le blessé évanoui et attendre vingt-cinq minutes que les pompiers arrivent… » Les premières phrases du livre de Sylviane Rosière n’y vont pas par quatre chemins. En un souffle, l’ouvrière d’usine nous plonge dans son ex-quotidien blafard.

Pour aller au boulot, le parcours emprunté par Sylviane était plutôt agréable. La route blanche, c’est son nom, monte à Chamonix. « Peut-être que si je me démontais le cou, je verrais le Mont-Blanc. En tout cas c’est très beau ! On s’arrête avant. » Les amateurs de cartes postales en seront pour leurs frais. On change vite de panorama en franchissant les portes de l’usine crasseuse. « Je me demande si la fréquentation quotidienne de la laideur peut abîmer en profondeur », s’interroge l’ouvrière. La suite répond à son inquiétante question. « Sur la rodeuse, il y a de l’huile de coupe et ça pénètre par la peau. Demain je ferai des cacas très puants, avec une horrible odeur métallique. »

Son premier jour d’usine remonte à 1969. Sylviane avait 18 ans. A 57 ans, bien que forte tête, elle n’a pas perdu son émotivité. Tous les jours, Sylviane a pu mettre son humanité sur le gril en ouvrant son cœur, parfois sa porte, à des collègues désemparé-e-s. Le stress, la dépression, les problèmes conjugaux, l’alcool, les conditions de travail, les brimades, l’oppression, la maladie… n’épargnent personne, intérimaires ou non. Tous les peuples et les soucis de la planète semblent s’être donnés rendez-vous dans cette usine affreuse. Les prolos viennent aussi du Sénégal, de Turquie, du Salvador, d’Algérie, de Tunisie, du Laos, de l’île Maurice, de Serbie, du Cameroun… pour devenir sourds. « Je m’amuse quelquefois à écouter le bruit comme on écoute de la musique. Les sons sont extrêmement variés, cadencés, pointus, stridents, monocordes, jamais très désagréables, non. Il y a aussi des souffles qui donnent vie aux machines. Je n’ai pas vraiment mal à la tête le soir, mais quand je vais en vacances les gens me disent de baisser d’un ton, ils trouvent que je parle trop fort. »

Au sens propre, cette usine est une tôle. « Tout est en tôle avec charpente métallique et grandes baies vitrée côté route. De l’extérieur, ça paraît moderne. Là où je travaille, il n’y a pas de fenêtre. Pour avoir de l’air, il faut ouvrir un grand portail. L’été dernier, il faisait si chaud que j’ai été prise de nausées. » La santé du personnel n’est pas la priorité. Certes la loi sur le tabac est appliquée, mais on se soucie peu des vapeurs de trichlo et d’antirouille ou des produits très irritants utilisés pour dégraisser les sols.

Le décolletage consiste à faire des pièces à partir de barres de métal. Parfois, le boulot trouve un sens quand il s’agit de fabriquer des pièces pour les pompes à péridurale. Mais ça ne suffit pas pour supporter l’insupportable. Mille fois, des envies de foutre le camp prennent aux tripes. Par manque d’argent pour déménager, par peur de repartir à zéro et de ne pas retrouver leurs marques ailleurs, les salariés bagnards restent en comptant sur les prochaines RTT pour tenter d’oublier qu’ils perdent leur vie entre graisse puante et copeaux métalliques. Tout ça pour gagner quelques centimes au-dessus du SMIG et se farcir des collègues pas toujours marrants. Comme ces connards qui ont voté Sarkozy… parce qu’il est plus jeune que Le Pen !

Avec talent, Sylviane Rosière témoigne en découpant de fines tranches de chagrin. A petites touches, elle peint son quotidien entre colère et tendresse. Dans un style sobre et incisif, cette ouvrière écrivaine met un joli coup de projecteur sur un monde souvent ignoré ou méprisé. Comme notre ami Jean-Pierre Levaray qui a attiré l’attention sur sa Putain d’usine, Sylviane Rosière sait de quoi elle parle et elle en parle bien.

Sylviane Rosière, Ouvrière d’usine ! Petits bruits d’un quotidien prolétaire, éditions Libertaires, 178 pages, 10€.

PACO sur Le Post


Partager cet article :

Imprimer cet article




accueil | contacter l'admin



Suivre la vie du site
RSS Bellaciao Fr


rss IT / rss EN / rss ES



Bellaciao est hébergé par DRI

(test au 15 juin 2021)
Facebook Twitter
DAZIBAO
Une lettre de Cesare Battisti, en grève de la faim et des soins depuis le 2 juin
jeudi 10 juin
de Cesare Battisti
Je m’adresse à mes enfants bien-aimés, à ma compagne de voyages, aux frères et aux sœurs, aux neveux, aux amis et aux camarades, aux collègues de travail et à vous tous qui m’avez bien aimé et soutenu dans votre cœur. Les effets destructeurs de la grève Je vous demande à vous tous un dernier effort, celui de comprendre les raisons qui me poussent à lutter jusqu’à la conséquence ultime au nom du droit à la dignité pour chaque détenu, de tous. La dignité (...)
Lire la suite
QUI ATTAQUE UN CAMARADE ATTAQUE NOTRE SYNDICAT DANS SON ENSEMBLE !!!!
samedi 5 juin
de Roberto Ferrario
Après mon expulsion de infocom ordonné par Romain Altmann ma colère est très froide je peux dire glaciale... Je me réveille cet matin avec plein d’idées de comme organiser la riposte... mais tranquillement... Ma première adhésion syndicale à 17 ans mon premier boulot dans le plus grand hôpital de Milan, je ne 64 et certainement n’est pas un Romain Altmann qui va m’empêcher de continuer mon combat, probablement solitaire... Mais aussi avec mes camarades de mon syndicat, la (...)
Lire la suite
La purge interne chez Info’Com-CGT se poursuit...
vendredi 4 juin
de Collectif Bellaciao
La direction du syndicat #InfoComCGT dirigé par le secrétaire général Romain Altmann : après avoir poussé à la démission Mickaël Wamen (délégué CGT Goodyear) du syndicat #InfoComCGT après avoir expulsé Sidi Boussetta (secrétaire-adjoint UL CGT Blois) du syndicat #InfoComCGT après avoir expulsé Roberto Ferrario (porte parole du site bellaciao.org) du syndicat #InfoComCGT après la démission de Stéphane Paturey secrétaire général-adjoint d’#InfoComCGT après la démission de (...)
Lire la suite
Israël. Exemple du déséquilibre d’information…
lundi 17 mai
de Roberto Ferrario
2 commentaires
Le gouvernement israélien a toujours peur de l’information comme aujourd’hui après la démolition du siège de l’AP et comme par le passé les « ennemis d’Israël » sont des journalistes ... Exemple du déséquilibre d’information. Des journalistes à Gaza sur les décombres de leurs anciens bureaux détruits par l’armée de l’air israélienne ... A Paris, la discussion sur « nos » médias grand public tourne autour du nombre de fois où l’expression (...)
Lire la suite
Liberté de la presse, version israélienne (video)
samedi 15 mai
L’armée israélienne a détruit samedi le bâtiment qui abrite les bureaux de l’agence de presse américaine Associated Press et Al Jazeera dans la bande de Gaza La tour de la ville de Gaza qui abritait les bureaux des médias internationaux a été pulvérisée samedi par une attaque annoncée quelques minutes plus tôt par l’armée israélienne. Le bâtiment de 13 étages, visé par l’armée de l’air israélienne et qui venait d’être évacué, s’est effondré, (...)
Lire la suite
Info’Com-CGT : le secrétaire Romain Altmann organise une épuration dans le syndicat…
vendredi 7 mai
de Sidi Boussetta secretaire adjoint UL CGT Blois
NDLR : Le secrétaire Romain Altmann veux imposer l’exclusion de deux camarades (Sidi Boussetta secrétaire adjoint UL CGT Blois et Roberto Ferrario fondateur du site bellaciao.org) du syndicat Info’Com CGT en vertu du débat démocratique…. Pfffffffff Semble que bien d’autres vont suivre le chemin du Goulag en Sibérie…. Voilà la réponse d’un des de deux camarades, premier de la liste noire… Les cons ça osent tout...voici ce que j’ai trouvé dans (...)
Lire la suite
Mise à jour : réfugiés italiens sept sur dix sont libres sous contrôle judiciaire
jeudi 29 avril
de Oreste Scalzone
* Sur les sept personnes arrêtées hier matin à l’aube, libérées de prison et remises en « caution » sous contrôle judiciaire : Roberta Cappelli, Narciso Manenti, Marina Petrella, Giorgio Pietrostefani, Sergio Tornaghi. ** Des deux Compagnons constitués ce matin, l’audience pour « statuer » sur la demande de libération de Luigi Bergamin a été fixée à 18 heures, et il est fort probable qu’elle ait eu le même résultat. Les « demandes » formulées par l’avocate Irène (...)
Lire la suite