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McKinsey : il est temps de nettoyer les cabinets

de : Jonathan Lefèvre (Solidaire)
vendredi 22 janvier 2021 - 20h44 - Signaler aux modérateurs
1 commentaire

« Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise. » Cette phrase attribuée à l’ex-Premier ministre conservateur britannique Winston Churchill, les vautours qui se font de l’argent sur notre dos l’ont bien apprise par coeur. Pour eux, le coronavirus est une aubaine. L’exemple du cabinet de consultance McKinsey est une aubaine. L’exemple du cabinet de consultance McKinsey est révélateur...

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McKinsey

Les dirigeants libéraux appellent les multinationales de la consultance pour faire des coupes dans les budgets de nos services publics. Comme dans la santé, par exemple. Les consultants conseillent aux gouvernements de couper dans le personnel, le matériel. Puis, quand on se rend compte des effets désastreux pour la population de ces « conseils » mis en pratique par nos gouvernants, qui appellent ces derniers ? Ceux qui leur ont donné ces conseils... Bienvenue dans le monde merveilleux des cabinets de conseils privés.

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Kevin Sneader
Le PDG de McKinsey, Kevin Sneader (à droite), au « Fortune Global Forum en 2019 (Photo Stuart Isett)

Le quotidien français Libération estime que le géant de la consultance McKinsey a déjà touché 100 millions d’euros des gouvernements (USA, Canada, France, etc.) pour des conseils liés à la gestion de la crise sanitaire. Par exemple, le gouvernement français a fait appel à ce cabinet pour décider de la stratégie vaccinale. Pour un résultat fameux car le pays de Macron fait encore pire que la Belgique en la matière (216 Belges vaccinées pour 100 000 habitants contre 206 Français, chiffres du 11 janvier ), ce qui est une sacrée performance. Tout ça pour 2 millions d’euros par mois...

Un pouvoir énorme délégué par nos dirigeants

La Belgique est aussi une cliente fidèle de McKinsey. En 2011, la Région wallonne a commandé une étude à McKinsey pour changer son image afin de séduire les investisseurs étrangers. La note s’élevait à 2 millions d’euros (dont 60 000 euros pour un logo ridicule composé de 5 points...).

Publifin/Nethys a payé 5 millions d’euros par an durant 12 ans à McKinsey pour des conseils. Conseils qui auraient pu être réalisés par des travailleurs de l’intercommunale. McKinsey a décidé, entre autres, que Tecteo (filiale de Nethys) devait mettre en place un nouveau règlement de travail pour sucrer bon nombre d’acquis sociaux. Pris la main dans le sac (pour avoir sous-valorisé des entreprises que Nethys voulait vendre), le cabinet a versé 7 millions à Nethys pour se réconcilier (et empêcher un procès).

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Pete Buttigieg
Joe Biden a choisi Pete Buttigieg (photo) pour être son ministre des Transports. Buttigieg a travaillé pour McKinsey... (Photo Ted Etyan)

Le Pacte d’Excellence, cette réforme de l’enseignement voulue par la Fédération Wallonie-Bruxelles ? C’est l’oeuvre de McKinsey aussi, cabinet choisi par la ministre de l’époque, Joëlle Milquet, malgré deux avis négatifs de l’Inspection des finances... Il faut dire que le cahier des charges pour l’attribution du marché avait été rédigé par... McKinsey, quelques mois avant le lancement de l’appel d’offres...

Et ce ne sont que quelques exemples qui montrent à quel point les cabinets comme McKinsey ont un pouvoir énorme sur nos vies.

Choix idéologique et politique

Choisir de faire appel aux cabinets de consultance privés est une manière de sous-traiter la politique. C’est surtout un choix idéologique : demander des « conseils » à McKinsey, c’est pouvoir casser nos services publics, notre sécurité sociale, etc. tout en disant « oui mais c’est pas nous, ce sont des spécialistes qui disent qu’on n’a pas le choix... » C’est pour cela que les libéraux (qu’ils portent une étiquette bleue, rose, verte ou orange) adorent donner plein d’argent public à des gens qui véhiculent l’idéologie néolibérale afin de faire passer leurs politiques antisociales. Dont la crise actuelle nous montre la pertinence...

Les cabinets comme McKinsey ne sont absolument pas neutres politiquement. « Travaillant pour le public et le privé, ces cabinets contribuent à aligner le premier sur la vision du monde du second », explique Olivier Petitjean, de l’Observatoire des multinationales, dans le quotidien français L’Humanité. « Ils prospèrent sur l’imposition de ces logiques néolibérales et de coupes budgétaires dans les services publics.  »

McKinsey et les gouvernements libéraux, une histoire d’amour

La collusion entre McKinsey et le monde politique va au-delà de l’amourette. On peut parler de passion amoureuse. En France, c’est Maël de Calan qui a présenté le plan vaccinal aux agences régionales de santé (ARS) et à certains hôpitaux, après une courte introduction du ministre de la Santé Olivier Verran, tout de même. Or, Maël de Calan était candidat aux législatives de 2017. Sur quelle liste ? Celle du mouvement de Macron, évidemment. Et un des dirigeants de McKinsey France, Karim Tadjeddine, est l’auteur d’un livre publié en 2016 et préfacé par... Emmanuel Macron... En Belgique, le Secrétaire d’État « socialiste » chargé de la relance, Thomas Dermine, a bossé chez McKinsey à Londres de 2009 à 2016. Celui qui le remplace à la tête du service d’études du PS est aussi un ancien de McKinsey. Aux États-Unis, de nombreux conseillers passent de McKinsey aux services de la direction du Parti démocrate. Par exemple, Joe Biden a choisi Pete Buttigieg pour être son ministre des Transports. Buttigieg a travaillé pour McKinsey. Et a même fait du bon travail, selon la journaliste américaine Liza Featherstone. « Du temps où Buttigieg travaillait pour la société, il a fait preuve d’un zèle impressionnant. Bien qu’il ait été très discret sur ce sujet, son intervention a probablement entraîné des licenciements à la Poste américaine et chez l’assureur Blue Cross Blue Shield. » (lire son article en français)

«  C’est un petit monde, les cabinets de consultants font partie de ces industries dont une grosse partie des contrats dépend des pouvoirs publics, la clé c’est la proximité avec les décideurs. C’est pour cela qu’ils ont cette pratique dite de porte tournante, ou de pantouflage, où d’anciens politiques ou hauts fonctionnaires sont débauchés, et vice versa  », explique Olivier Petitjean dans l’Humanité.

McKinsey, « une vilaine tache »

McKinsey, en plus d’être un géant de la consultance (33 000 employés, chiffre d’affaires de 10 milliards de dollars...) qui se vante de conseiller les 147 des 200 plus grosses entreprises mondiales, est un tueur d’emplois. « Les politiciens dont le CV porte la mention “McKinsey” ne devraient jamais exercer une fonction publique » estime Liza Featherstone. « McKinsey est l’une des pires sociétés de conseil. Le journaliste économique Duff McDonald, auteur de The Firm, un livre sur McKinsey, a révélé au Times que McKinsey “pourrait être à l’origine des licenciements les plus massifs de l’histoire”. Les entreprises licencient toujours des travailleurs lorsque les temps sont durs, mais McKinsey a “perturbé” cette tradition en poussant les entreprises à le faire aussi en période de prospérité, a-t-il dit, “simplement pour faire plus de profits”. »

La conclusion de la journaliste ? « Avoir de l’expérience chez McKinsey est considéré par de nombreux membres du gouvernement comme un gage d’intelligence (...). Mais à mesure que l’influence de la base de gauche s’accroît, cette façon de voir les choses pourrait changer. Plutôt que de constituer une étape valorisante pour les personnes douées et ambitieuses, ce passage chez McKinsey pourrait devenir une vilaine tache sur le CV, comme si l’on avait travaillé pour une compagnie de tabac ou un fabricant d’armes. »

Jonathan Lefèvre


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Commentaires de l'article
Consultance, consultant, experts . . . .
22 janvier 2021 - 21h09 - Posté par André

J’ai été salarié 1/4 de siècle dans le service informatique d’une charmante entreprise familiale du Nord de la France, spécialisée dans la grande distribution, dont le nom commence par la première lettre de l’alphabet.

Jusqu’au milieu des années 90, l’entreprise se reposait entièrement sur ses services internes épaulés par des SSII, comme ailleurs dans cette branche professionnelle.
Vers 1995 sont apparus la consultance, les experts internationaux, les experts.
Des projets (soient disant stratégiques) leur étaient confié, on ne comprenait pas pourquoi.

Le mépris affiché par ces Experts pour tous les employés de l’entreprise dégoulinait.
Ils ne connaissaient rien à rien au métier de l’entreprise,
on avait l’impression qu’une de leurs principales missions était de harceler les internes.
Il y a même eut des notes de service officielles afin de nous dire de remonter les incidents. Un numéro vert avant la lettre.

Comme ils/elles ne connaissaient rien au métier, nous devions les former, sachant qu’ils iraient ensuite proposer leur savoir, notre expérience, aux concurrents.
Jamais aucune réaction de la hiérarchie, qui pour une bonne partie était aussi étonnée que nous par ces choix.

Du haut de leur morgue les projets qui leur étaient confiés se plantaient les uns après les autres, et cela à un cout délirant (*) et incompréhensible.
Rien de ce qu’ils réalisaient n’a jamais fonctionné, et nous devions réparer les dégâts.
Pourtant les dirigeants de cette société étaient renommés pour leur radinisme apparent.
Comme cabinet de consultance et de réalisation, citons le plus brillant Arthur Andersen.
Pour résumer, l’Inefficacité à un cout délirant (*).

* Cout délirant, leurs soient disant services étaient facturés 10 à 20 fois les couts en interne.
Dans la grande distribution, il n’y a aucun achat qui ne fait l’objet de « ristourne » reversée ensuite.
Nous en sommes rapidement arrivé à la conclusion que, pour ces experts consultant, ces commissions devaient être versées sur des comptes de paradis fiscaux.
La boite avait même des adresses en Suisse.







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