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Portugal : la Revolution des Oeillets du 25 avril 1974 (videos)

de : Collectif Bellaciao
dimanche 25 avril 2021 - 19h26 - Signaler aux modérateurs
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Tôt Le 25 avril 1974, au Portugal(1) , des capitaines en rupture avec le système de Salazar(2) se révoltent et prennent le pouvoir. La voix calme d’un mystérieux « Commandement du Mouvement des Forces armées » transmise par les radios de Lisbonne, Renascenta et Radio Clube(3) donnant le signal de la révolte aux capitaines mutins, exhorte les gens à rester chez eux et à garder leur calme.

C’est compter sans les sentiments de la population. Ne tenant aucun compte de ces conseils, répétés à intervalles réguliers, ils envahissent les rues et les places en se mêlant aux militaires. Le Premier ministre Marcelo Caetano se réfugie dans la principale caserne de gendarmerie de Lisbonne où un jeune capitaine de cavalerie, Salgueiro Maia, accepte sa reddition.

Caetano, qui avait succédé en 1968 au dictateur Antonio Salazar, victime d’une attaque cérébrale (1899-1970), demande à remettre le pouvoir au général Antonio Spinola « pour qu’il ne tombe pas dans la rue ».

Puis le successeur du dictateur, est mis dans un avion avec un aller simple pour le Brésil. Seule la PIDE, la redoutable police politique qui a entretenu la terreur durant cinquante ans de salazarisme, oppose une résistance qui fera six morts. Elle est réduite durant la nuit. Toute la journée, une foule énorme s’est massée au centre-ville, près du marché aux fleurs, pour appuyer les rebelles de l’armée. Ce 25 avril 1974, c’est la saison des oeillets.

Le lendemain, Spinola, le « général au monocle », annonce la formation d’une Junte de salut national sous sa présidence, et lit la proclamation du Mouvement des Forces armée (MFA) qui propose de rendre le pouvoir aux civils après des élections libres et de mener la politique des « trois D » : démocratiser, décoloniser et développer. Pour le Portugal, la page est tournée presque sans effusion de sang. Indissociablement liées, la démocratisation et la décolonisation allaient être accomplies avec le concours des partis politiques :
le Parti communiste, seul doté de fortes assises dans le pays, dirigé dans la clandestinité par Alvaro Cunhal, le Parti socialiste, créé en Allemagne en 1973 par Mario Soares(4), ainsi que les nouveau-nés : Parti social démocrate (PSD, libéral) et le Centre démocratique social (CDS,droite). Rentrés d’exil, Soares et Cunhal vont célébrer ensemble, dans une ambiance fraternelle, la première fête du 1er mai non interdite.

Le sort de la révolution se noue durant l’année 1975. D’un côté, le général Spinola cherche à gagner du temps dans les colonies africaines. Modernisant un vieux mythe salazariste, il verrait bien le maintien de " l’empire portugais " sous forme d’une fédération. De l’autre, Mario Soares commence à parler du " socialisme du possible ". Entendez la mise en place d’un Portugal au capitalisme rénové, tourné vers l’Europe.

Les communistes appuyés sur les mouvements populaires dans la région de Setubal, dans l’Alentejo et au sein de l’armée, veulent consolider les conquêtes démocratiques par des conquêtes économiques et sociales. Enfin, au sein d’une armée délivrée de sa hiérarchie salazariste, les surenchères de gauche, pour ne pas dire gauchistes, font florès. Les affrontements les plus durs portent notamment sur la mise en place ou non d’un syndicat unique. Les socialistes s’affrontent durement sur cette question avec certains secteurs du MFA (Mouvement des Forces armées : mouvement des militaires fidèles au 25 avril). Maria de Lourdes Pintasilgo (elle fut premier ministre durant quelques mois a l’époque où le général Eanes était président de la République) juge durement cette époque .

La tentative de coup de force du général Spinola, le 25 novembre 1975, marque la fin de la première époque. Les formations de droite, organisées ou non, sont battues comme en témoigne la grande vague de nationalisations des banques et, dans la foulée, des terres et de l’essentiel des grandes entreprises portugaises. S’ouvre une ère de provocations en tout genres y compris gauchistes. Elles vont conduire à la chute des gouvernements, proches des communistes, du général Gonçalves, à la division et à l’extinction du MFA, et enfin à la mise en place d’un système politique et économique oscillant entre une droite réputée modérée et un socialisme menant une politique libérale bien tempérée. A la fin des années soixante-dix, l’économie portugaise est restructurée pour la préparer à l’adhésion à l’Europe de 1986. Dans le même temps, des révisions successives de la Constitution la vident de toutes ses conquêtes sociales (nationalisations, réforme agraire, contrôle des banques, droit d’interventions des salariés dans la gestion, etc.)...

(1) ; Portugal : officiellement République portugaise (en portugais, Répública portuguesa), pays du sud-ouest de l’Europe situé sur la façade atlantique de la péninsule Ibérique, bordé, au nord et à l’est, par l’Espagne et, au sud et à l’ouest, par l’océan Atlantique, où se trouvent les archipels portugais des Açores et de Madère. La superficie totale du pays est de 92 072 km2. Sa capitale est Lisbonne.

(2) ; António de Oliveira Salazar, (1889-1970), homme d’État portugais qui, de 1932 à 1968, régna en dictateur sur le Portugal étudia le droit et devint en 1918 professeur d’économie politique à l’université de Coimbra. En 1926, il se vit proposer le poste de ministre des Finances par la junte militaire qui venait de s’emparer du pouvoir sous la conduite du général Carmona, mais il le refusa, faute d’obtenir les pouvoirs spéciaux qu’il exigeait. Il l’accepta en 1928, après qu’on lui eut partiellement donné satisfaction. En un an, il équilibra le budget national et, peu de temps après, régla la dette étrangère. Nommé président du Conseil en 1932, il fonda le « Nouvel État » (Estado Novo), imposant une dictature dotée d’un parti unique et s’appuyant sur l’armée et l’autorité morale de l’Église. Fort également de l’appui des grands propriétaires terriens, des banquiers et des industriels, il résista à toute évolution sociale et politique et s’attacha à réprimer les mouvements nationalistes dans les possessions portugaises d’Afrique. Il soutint le général Francisco Franco pendant la Guerre civile espagnole et, pendant la Seconde Guerre mondiale, il défendit la neutralité du Portugal. Victime d’une hémorragie cérébrale en 1968, il dut abandonner le pouvoir à son ancien collaborateur Marcello Caetano. Son régime ne lui survécut pas longtemps ; en avril 1974, un groupe d’officiers, las de lutter contre les mouvements indépendantistes outre-mer, balayait l’Estado Novo.

(3) ; Communiqué du 25 avril 1974 à 04h26 le Présentateur Joaquim Furtado a fait la lecture de la première notification officielle du MFA, aux micros de la radio clube portugais :

"Aqui posto de comando do Movimento das Forças Armadas.As Forças Armadas portuguesas apelam para todos os habitantes da cidade de Lisboa no sentido de recolherem a suas casas, nas quais se devem conservar com a máxima calma. Esperamos sinceramente que a gravidade da hora que vivemos não seja tristemente assinalada por qualquer acidente pessoal, para o que apelamos para o bom senso dos comandos das forças militarizadas no sentido de serem evitados quaisquer confrontos com as Forças Armadas. Tal confronto, além de desnecessário, só poderia conduzir a sérios prejuízos individuais que enlutariam e criariam divisões entre os portugueses, o que há que evitar a todo o custo.Não obstante a expressa preocupação de não fazer correr a mínima gota de sangue de qualquer português, apelamos para o espírito cívico e profissional da classe médica, esperando a sua acorrência aos hospitais, a fim de prestar eventual colaboração, que se deseja, sinceramente, desnecessária."

Résumé bref : le commandant du mouvement des forces armées appèle la population a resté chez elle pour éviter toute confrontation avec les forces armées car cela pourrait créer des divisions entre les Portugais et faire couler le sang inutilement. De plus l’armée demande aux médecins si ils veulent apporter leur contribution aux Hôpitaux.

Chanson de José Afonso qui fut le signal du début de la révolution

Grândola, vila morena Terra da fraternidade, O povo é quem mais ordena Dentro de ti, ó cidade

(4) ; Mario Soares, (1924- ), chef d’État portugais, dirigeant du Parti socialiste portugais (PSP), Premier ministre (1976-1978, 1983-1985), et président de la République depuis 1986. Il naquit à Lisbonne et fit ses études à l’université de Lisbonne et à la faculté de droit de la Sorbonne, à Paris. Au sein du parti communiste, puis du parti socialiste dont il devint le secrétaire général en 1973, il fut l’un des principaux dirigeants de l’opposition démocratique face aux régimes d’António de Oliveira Salazar puis de Marcello Caetano. Emprisonné 12 fois, banni en 1968, il vécut en France en exil. En 1974, il revint au Portugal après le soulèvement d’avril et fut ministre du gouvernement provisoire, s’opposant à la confiscation du pouvoir par les communistes. Il accéda en 1976 au poste de Premier ministre à la suite de la victoire du parti socialiste, poste qu’il conserva jusqu’en 1978. Les élections de 1983 le ramenèrent au pouvoir ; il put alors s’engager en faveur de l’adhésion de son pays à la Communauté économique européenne. Il fut élu président de la République en 1986 et réélu en 1991.

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