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Cesare Battisti : Déferlement médiatique

de : Claude Mesplède
vendredi 2 avril 2004 - 02h47 - Signaler aux modérateurs

Le 3 mars, les juges de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris ordonnaient la remise en liberté, sous contrôle judiciaire de Cesare Battisti. Cette décision a dû déplaire au ministre français de la justice. La veille au soir, il plaidait à la télévision pour le maintien en détention de Battisti. Si cela ne ressemble pas à une pression indirecte, ça en a bien le goût et l’odeur.

Le ministre de la justice semble adorer la télévision. Il a trouvé là un outil pour faire passer ses messages sans se préoccuper de la réalité des faits. C’est inquiétant ! La fonction d’un garde des Sceaux aurait-elle changé ? Ne doit-il plus garantir comme avant le même droit à la justice pour tous et la recherche de la vérité ? Cette profession de foi semble bien compromise dans la mesure où ce ministre a menti à deux reprises. Il a expliqué devant les caméras et sans aucune gêne que Battisti avait menacé de mort un voisin, ce qui avait permis de le retrouver et de découvrir qu’il faisait l’objet d’une demande d’extradition. S’enferrant dans ses propres inventions, le ministre se gardait bien d’indiquer que, six mois plus tôt, il avait demandé cette extradition alors qu’il faisait semblant de l’avoir découverte depuis peu. Il n’ajoutait pas non plus que les instances judiciaires qui avaient reçue sa demande d’extradition, avaient refusé de la traiter.

Cet adepte de la communication tronquée n’a pas désarmé. À peine Battisti était-il libéré que les premiers messages fleurissaient dans la presse et décrivaient par le menu les quatre homicides à propos desquels la justice italienne a condamné « par contumace » Battisti. Et c’est à qui dans la presse reprendra l’information pour détailler ce pesant palmarès : Le Figaro d’abord, puis l’Express et Le Monde qui emboîtent le pas pour présenter l’accusé comme un tueur odieux capable d’achever ses victimes à terre. Parfois certains journalistes s’emballent et ajoutent des détails inédits : ils accusent Battisti d’avoir rendu paraplégique le fils d’un bijoutier en lui tirant dessus. S’ils avaient manifesté moins de zèle et davantage de curiosité, ils auraient appris que Battisti n’avait pas blessé le pauvre gamin. Il n’était pas présent sur les lieux. C’est le bijoutier, avec son arme, qui a blessé son fils. À propos de cette affaire, ceux qui maîtrisent la langue italienne pourront en savoir plus grâce à Processo all’ istruttoria (Milano Libri, 1981), un livre écrit par Laura Grimaldi, une romancière fort connue qui dirigea durant des années la collection Giallo Mondadori (l’équivalent de la Série noire).

Pour les autres accusations, on se reportera à l’article que nous a adressé hier soir le romancier Valerio Evangelisti. Il continue avec Roberto Bui, alias Wu Ming 1, à recenser les mensonges et les falsifications de la vérité. L’offensive française se trouve en effet relayée depuis une bonne quinzaine par des journalistes italiens, des magistrats, juge, procureur. Plusieurs personnalités éprouvent le besoin de faire savoir aux « intellectuels » français qu’ils ne savent rien. Et le fait de défendre le principe de la parole donnée accordant droit d’asile nous vaut une volée de bois vert. Quand on ne peut nier la vérité, on interprète les textes. Mitterrand aurait exclu d’accueillir les Italiens coupables de crimes de sang nous indique-t-on sans se donner la peine de rechercher la seconde et définitive déclaration du président français où cette nuance n’est plus évoquée du tout.

Il faudrait pouvoir relever tous les amalgames, les présentations abusives de cette justice italienne « hautement démocratique » dont on oublie de nous dire qu’elle fut mise en cause à cette époque par Amnesty International pour cause de tortures. De nos jours, elle est l’une des plus souvent épinglée par la cour européenne des droits de l’homme. Alors que veulent nous prouver tous nos censeurs ? Veulent-ils rejeter dans l’ombre les anormalités des « années de plomb » ? Veulent-ils effrayer les nouvelles Brigades rouges dont on annonce la résurgence en Italie ? Rien de tout cela n’est très clair sinon une unanimité extrême pour discréditer Battisti en faisant pression sur l’opinion française et indirectement, par ce biais, sur les juges qui devront décider le 7 avril s’ils doivent ou non déjuger leurs confrères qui, devant ce dossier (le même qu’aujourd’hui) avaient décidé en 1991 que Battisti était non extradable.

Sans nul doute, ce déferlement médiatique s’explique aussi du fait que ces partisans de l’extradition (qui sont restés muets durant presque vingt ans) n’avaient pas imaginé qu’ils se heurteraient à une résistance inattendue, incarnée par tous ces comités de soutien dont on a pu mesurer le dynamisme et l’efficacité. Indéniablement, ces empêcheurs d’extrader discrètement, gênent. Et certains de le faire savoir. Un commando masqué s’est manifesté à la mairie de Frontignan. Des menaces ont plané sur le salon du polar organisé le 31 mars à la mairie du 9e de Paris. Notre ami Bernard Bec, organisateur du salon polar de Cognac animateur du comité de soutien local, après avoir reçu menaces écrites et téléphoniques, a retrouvé son local saccagé et tous ses outils de travail dérobés (notamment son ordinateur et ses archives). Sans préjuger des résultats de l’enquête, la proximité entre menaces et voies de fait reste troublante. De même qu’on m’a signalé (sans qu’il soit possible de vérifier) que huit députés italiens d’extrême droite seraient venus s’enchaîner devant la mairie de Paris (Qui peut confirmer ?).

Lorsqu’on a conscience de cette campagne d’intimidation visible, on peut imaginer aussi la campagne et les amicales pressions (que nous qualifierons d’invisibles), qui doivent s’exercer auprès des principaux décideurs de cette affaire. C’est dire là encore combien chaque lecteur de cette gazette convaincu du respect de la parole donnée, se doit de ne pas perdre un instant pour convaincre autour de soi. Chacun peut utiliser les documents que nous publions en les reproduisant même en petite quantité. Certains d’entre vous s’étonnent peut-être de ne pas nous voir écrire dans la presse nationale. Ce n’est pas un refus de notre part mais plutôt un refus de la plupart des quotidiens nationaux qui restent souvent inaccessibles aux défenseurs de la parole donnée alors qu’à quelques exceptions près, ils s’ouvrent facilement aux partisans de l’extradition. Nous avons adressé une lettre ouverte au président de la République la semaine passée. Rares sont les quotidiens à avoir mentionné note démarche qui de ce fait, est passée inaperçue.

D’autre part, béotiens en matière de négociation avec la presse, nous découvrons les vertus ( ?) de l’exclusivité. Un journal, lorsqu’il accepte de publier votre texte, exige d’être le seul à le faire, ce qui relève d’une singulière conception de l’information, mais nous sommes obligés d’en passer par là sous peine de ne pas être publié du tout. Cette limitation de la diffusion de nos arguments ne sera compensée qu’à la condition tous les opposants à l’extradition restent mobilisés et qu’ils diffusent autour d’eux les arguments qui font litière des oublis fâcheux que contiennent les récents articles publiés dans Le Monde par plusieurs italiens.


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