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L’appropriation sociale condition du dépérissement de l’Etat
de : Michel Peyret
dimanche 25 octobre 2009 - 14h43 - Signaler aux modérateurs
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Michel Peyret 22 octobre 2009

L’APPROPRIATION SOCIALE CONDITION DU DEPERISSEMENT DE L’ETAT.

LA FRANCE ET LE MONDE DANS L’HISTOIRE EN MOUVEMENT

Nous sommes en France et le monde de 2009 . Ni en 1789 , ni en 1871 ( Commune ) , ni en 1917 en Russie , ni en 1945 , ni en 1968 . On ne peut non plus considérer qu’il n’y a aucune leçon , aucun enseignement , à tirer des événements liés à ces dates ou à ces époques . Mais nous sommes en 2009 ! Rappeler ces dates et ces évolutions , c’est dire que l’histoire est mouvement , ou que le mouvement est caractéristique de l’histoire . Héraclite , dès l’Antiquité , constatait que l’on ne baigne jamais deux fois dans le même fleuve . Aujourd’hui , on dit : « De l’eau a coulé sous les ponts . » En général , on pense que ce qui est passé est bien passé , et même si les mémoires en conservent le souvenir , et on essaie de prendre en compte que l’histoire ne repasse jamais les plats .

DANS CETTE HISTOIRE EN MOUVEMENT , OU EN SOMMES-NOUS ?

Ce que j’ai prioritairement retenu de Lénine : procéder à l’étude concrète d’une situation concrète . Dans une situation concrète , il y a des contradictions , des contraires , des forces contraires qui s’affrontent . Par exemple , une contradiction centrale : l’affrontement entre le Capital et le Travail qui résulte de l’exploitation du travail , des travailleurs , par le Capital , par les capitalistes . La contradiction entre le Capital et le Travail est la contradiction principale de notre époque , l’époque capitaliste . Cette époque capitaliste a succédé dans les pays européens à d’autres époques :
 l’esclavage qui opposait esclaves et propriétaires fonciers ;
 le servage opposant serfs et féodaux ;
 le capitalisme lui-même qui , aujourd’hui , oppose salariés et capitalistes ( ou Etat-patron )

LES REVOLUTIONS

Le passage d’un système d’exploitation à un autre , qui souvent s’étale sur toute une période historique , c’est une révolution . La révolution , ce n’est donc pas ce qui a lieu au jour « J » et à l’heure « h » . La révolution est tout un processus qui peut s’étendre sur des dizaines d’années , voire davantage encore . Ce processus est marqué par une succession de changements quantitatifs ou qualitatifs , par des « bonds » et changements quantitatifs et qualitatifs , par des continuités-discontinuités , des ruptures plus ou moins profondes avec la société qui disparaît pour faire place à une autre . On parle de la révolution de 1789 . En réalité , la bourgeoisie , le capitalisme , naissant puis s’affirmant , s’étaient développés sous la féodalité et les royautés successives . Ils ont acquis l’essentiel de leur force économique avant la révolution : à un moment l’économie a cessé d’être dominée par les propriétaires fonciers ( féodaux ) et l’exploitation de la terre par les serfs . A un moment , les capitalistes ont pris conscience qu’ils étaient devenus économiquement les plus puissants , et que les règlements ou législations imposés par les féodaux empêchaient leur développement économique , par exemple les règlements des corporations ou du compagnonnage . Ils ont compris qu’ils devaient devenir les maîtres du pouvoir , les maîtres de l’Etat naissant pour pouvoir faire adopter des législations qui leur seraient favorables . Pour ce faire , pour créer un rapport des forces qui leur soit favorable pour battre politiquement les féodaux et la monarchie , ils ont cherché des alliés qu’ils ont trouvé :
 dans les serfs qui voulaient accéder aux terres des féodaux et à celles des communs ,
 dans les salariés des ateliers et premières fabriques et artisans et commerçants … La lutte entre féodaux et bourgeois a pris différentes formes au cours des quelques siècles qui les ont vu s’affronter , par exemple les « guerres de religion » . C’est quand ils ont jugé qu’ils avaient établi un rapport des forces en leur faveur qu’ils ont pris l’initiative . Cela a été la révolution de 1789 , en réalité toute une époque précédée par la préparation des Cahiers de doléances , eux-mêmes en prévision des Etats Généraux qui réunissaient au départ , les Trois-Tiers : la noblesse , le clergé , le Tiers-Etat .

LE DEBUT D’UNE NOUVELLE PERIODE HISTORIQUE

Ce fut le début de toute une période historique où la bourgeoisie capitaliste s’efforça d’affermir son pouvoir dans la succession des républiques ( 1ere , 2eme et 3eme , 4eme ) , des restaurations monarchiques (Charles X , Louis-Philippe ) , des consulats et des empires ( Napoléon 1er , Napoléon III ) , des révolutions ( 1840 , 1848 , 1871 et la Commune . Elle chercha aussi à s’affermir vis-à-vis des pays voisins , nombre d’entre-eux demeurant des royautés ou des empires . Le 19eme siècle , puis une bonne part du 20eme , connurent les guerres qui prirent vite un caractère impérialiste , dans l’affrontement des intérêts « nationaux » et dans la conquête d’empires coloniaux dans le prolongement des actions des royautés en ce domaine Nous verrons plus tard que ces guerres peuvent jouer un rôle important pour surmonter les crises du capitalisme . Les affrontements guerriers , de plus en plus sanglants et mondialisés , furent souvent suivis de périodes où les peuples prirent l’offensive comme en 1917 en Russie , en 1918 dans différents pays d’Europe ( Conseils ouvriers comme forme de pouvoir ouvrier dans le prolongement des Soviets ) , ou comme en 1945 avec la défaite du fascisme , l’extension du « camp socialiste » et le mouvement de libération des peuples coloniaux . Cependant , après avoir perdu du terrain , le capitalisme se ressaisissait . En France , c’était le cas dès 1947 , les ministres communistes étaient éliminés du gouvernement par le parti socialiste , et en 1958 , avec l’instauration de la 5eme république et le retour de De Gaulle , l’instauration d’un pouvoir de plus en plus personnel au service du grand capital ( capitalisme monopoliste d’Etat ) , il reprenait résolument l’offensive avec ce que l’on a appelé les « Trente Glorieuses » … A l’Est , à partir de 1989 , le « socialisme réel » s’écroulait sous l’action des peuples , dévoilant brusquement la réalité de ce que l’on avait présenté comme des régimes se réclamant du communisme . Je dis bien se « réclamant du communisme » parce que l’examen de ce qui a été mis effectivement en oeuvre dans ces pays avait peu à voir avec la réalité des conceptions de Marx et Engels et leur volonté d’émancipation des peuples . Dans le reste du monde , le capitalisme s’est aussi efforcé de regagner le terrain perdu au bénéfice d’une mondialisation qu’il a dominé jusqu’alors .

LE CAPITALISME EN CRISE

On constate donc que le capitalisme , c’est-à-dire le mode de production capitaliste lui-même est également en perpétuel mouvement et c’est ce mouvement qui induit même le mouvement de la société...jusqu’au moment où il y a blocage . Au fil des décennies , le capitalisme est passé par une série d’évolutions , c’est le mouvement qui le caractérise avec
 d’une part , les révolutions industrielles , celles des moyens et du mode de production qui bouleversent le travail et finalement toute la société et étendent sa domination à l’ensemble de la terre ,
 d’autre part , les crises qui sont aussi son mode d’existence . Après d’autres , celle de 1929 prend une ampleur considérable et ne fut surmontée qu’au prix de la montée du fascisme et de la deuxième guerre mondiale qui « permit » une très conséquente dévalorisation du capital sous la forme des destructions dont elle fut la cause .

LE MECANISME DES CRISES

Marx a mis en évidence le mécanisme des crises du capitalisme :
 d’une part , la baisse tendancielle du taux de profit ,
 d’autre part le processus de sur-accumulation-dévalorisation du capital lequel , dans des conditions données , ne parvient plus à faire grandir , non point le profit dont la masse peut continuer à croître , mais le taux de profit qui par exemple peut passer de 15 à 10% . Dans le même temps , Marx met en évidence des contre-tendances , par exemple la mondialisation , c’est-à-dire l’extension de l’exploitation à toute l’humanité , à l’ensemble des peuples et des individus . Dans ce contexte d’extension , non seulement la masse des profits peut continuer à croître mais provisoirement le taux de profit peut aussi remonter . Je dis bien que cette remontée n’est pas durable et le capitalisme est contraint de recourir à ce que Marx appelle , je l’ai déjà nommée , la dévalorisation du capital . En fait cette dévalorisation consiste purement et simplement en une destruction d’une partie plus ou moins importante du capital existant . C’est la crise . En effet cette dévalorisation peut prendre différentes formes :
 diminution des capacités de production et de la production avec licenciements ,
 fermetures partielles ou totales d’entreprises ,
 guerres qui induisent une importante consommation de matériels militaires et de destructions d’équipements , y compris civils , qu’il faudra reconstruire ,
 destructions pures et simples de capital financier sur les marchés financiers... Ces destructions , notamment matérielles , doivent être suivies de reconstructions ce qui permet la reprise de l’investissement et l’accumulation capitaliste à un taux de profit élevé . Aujourd’hui , la crise est devenu un état permanent avec des phases d’aggravation , ces phases de crise devenant de plus en plus profondes et destructrices . La permanence de cette crise implique avec toujours plus de force la nécessité d’un changement de société . En effet , la crise n’est pas seulement économique , elle est aussi environnementale ( gaspillage et saccages du productivisme capitaliste ) , énergétique , et concerne tous les aspects de la vie en société , école , culture , recherche , santé , logement , transport , aménagement du territoire mais aussi les aspects institutionnels , constitutionnels , politiques ( démocratie , partis... )... En conséquence , pas seulement un changement de société , mais aussi changement de civilisation tant les enjeux concernent des aspects vitaux de la société et de la nature , sa faune et sa flore .

LE COMMUNISME A L’ORDRE DU JOUR

Avec d’autres , je persiste à penser que le communisme est la perspective nécessaire et possible pour répondre aux enjeux ainsi exposés . Avec d’autres , je continue à penser que ce qui a été mis en oeuvre dans les pays de l’Est de l’Europe n’était pas le communisme et ce n’est donc pas le communisme qui a échoué . Je comprends pourquoi la bataille idéologique du capitalisme en crise continue à porter cette contre-vérité : il s’agit de détruire l’espérance humaine de l’émancipation alors même que la crise révèle la nature profonde de la nocivité capitaliste pour les humains et pour l’humanité . Je me pense toujours comme communiste et je pense qu’il y a un avenir positif pour une formation communiste de notre temps dans un pays comme la France . J’ai conscience que le peuple français peut s’engager dans le processus de construction d’une société communiste et qu’il ne sera pas le seul à le faire . Ainsi , des études d’opinion ont mis mis en évidence dès après le référendum de mai 2005 qu’une grande majorité des Français qui venaient d’exprimer leur volonté de conserver leur souveraineté , comme ils l’ont renouvelé avec encore plus de force en juin dernier , considéraient le capitalisme comme négatif ( 61% ) . Il y a dans cette situation concrète , marquée également par le développement des luttes sociales aux objectifs multiples de haut niveau , du « grain à moudre » pour une formation politique qui voudrait se mettre au service du peuple et de son rassemblement avec des propositions allant à la rencontre des aspirations à un changement profond qui s’expriment .

RETROUVER L’ESPRIT DE MARX ET DE SON MANIFESTE

Dans le « retour à Marx » que j’ai moi-même effectué , et je persiste dans cette démarche , j’ai fait des « découvertes » pour moi essentielles et qui m’ont fait prendre conscience de ce que ses idées principales n’étaient pas celles dont j’avais pris connaissance en d’autres temps où je l’avais lu , certes pour une part dans son texte , mais surtout dans les textes de Lénine et plus encore de Staline . J’ai vérifié dans ma lecture , ou ma relecture , de Marx que ce n’étaient pas ses idées qui avaient servi aux dirigeants communistes à l’Est comme à l’Ouest de l’Europe qui s’étaient livrés à un immense détournement de pensée , qui avaient tout en se réclamant de lui , ignoré des pans entiers de son apport et travesti toute une autre part . C’est pourquoi , je me répète , ce n’est pas et ce ne peut être le communisme de Marx qui a échoué en Russie et ailleurs , mais des élaborations de Lénine , et surtout de Staline , qui s’y sont substituées avec d’autres principes , d’autres concepts et avec les conséquences que l’ont sait .

MARX , CE N’EST PAS LA DICTATURE DU PROLETARIAT !

Ainsi de la « dictature du prolétariat » . Pour moi , cela a été longtemps un concept qui faisait corps avec Marx , son « inventeur » en quelque sorte . C’était encore une notion essentielle dans la conception que j’avais du pouvoir qui devait succéder au pouvoir , à l’Etat capitaliste . Hors , je me suis aperçu , et j’ai pris conscience que d’autres l’avaient perçu bien avant moi , que le concept de « dictature du prolétariat » était en fait très marginal chez Marx . Ainsi , Isabelle Garo , responsable du projet GEME de reconstitution de la totalité des écrits de Marx , soit 160 volumes , déclare qu’il ne l’emploie que trois ou quatre fois au total , et principalement dans des textes qui n’étaient pas destinés à devenir publics , sa correspondance particulière par exemple .

MARX , CE N’EST PAS NON PLUS L’ETATISATION DE L’ECONOMIE

En relisant Marx , je m’aperçois également que ce qui passe « à la trappe » en Russie et ailleurs , c’est l’appropriation sociale ou collective des grands moyens de production , des banques , des assurances et autres établissements financiers . En fait , en Russie et en URSS , on étatise , on établit la propriété d’Etat sur l’ensemble de l’économie et de la finance . Certains , dont Lénine lui-même , parlent même de « capitalisme d’Etat » qui constituerait un progrès par rapport à la situation économique qui prévaut alors en Russie . En France , on « nationalise » , ou bien l’on parle de « services publics » , en fait il s’agit aussi d’étatisation et non de propriété de la société , de propriété du peuple sur les moyens de production et établissements financiers ,de socialisation de la propriété . En fait , la négation de la propriété privée capitaliste ne peut être que la propriété sociale ou collective En fait , aujourd’hui , c’est le summum de « l’Etat-patron » , c’est au niveau de la Présidence de la République que sont prises les décisions relatives aux services publics , La Poste et SNCF par exemple , et ce sont pour l’essentiel des décisions de privatisation . Et je crois qu’il serait difficile de montrer que ce sont les salariés de ces entreprises , ceux d’autres entreprises , les usagers , des élus , ... qui dirigent effectivement La Poste et la SNCF ! Et l’essentiel des privatisations qui ont eu lieu depuis 1983 sont , c’est une évidence , intervenues par les décisions des gouvernements et des présidents qui ont précédé ceux d’aujourd’hui . Parmi eux , c’est le gouvernement de Lionel Jospin qui a battu tous les records de privatisations , y compris de services publics . Au sommet européen de Barcelone , le 18 mars 2002 , Jacques Chirac et Lionel Jospin entérinent cette « dérèglementation » des services publics et participent à l’accélération des décisions relatives à la « libéralisation » de l’énergie et des transports . Le marché du travail et la retraite sont assouplis . Selon le ministre espagnol et si rien ne change , les services publics de réseaux ( énergies , transport , télécommunication ) seront bel et bien engagés à marche forcée sur la voie de la « libéralisation totale » à l’horizon 2008 .

LA OU EST LA PROPRIETE , LA EST LE POUVOIR !

Pourtant , c’est un ancien ministre de François Mitterrand , Anicet Le Pors qui rappelle : « Là où est la propriété , là est le pouvoir . » Dans cet esprit , Anicet Le Pors est co-auteur d’une note de la Fondation Copernic intitulée : « L’appropriation sociale » , tandis que Henri Maler , Jacques Texier , Antoine Artous publient dans Les Cahiers de Critique Communiste : « Marx et l’appropriation sociale ». En conséquence , l’idée s’impose que si l’on souhaite que le peuple et la société aient réellement le pouvoir , il convient qu’il aient de fait la propriété qui doit être pour ce faire enlevée aux capitalistes . En fait , il s’agit d’une restitution . Marx explique comment la propriété des moyens de production permet aux capitalistes de s’approprier la plus-value ou sur-travail . En effet , la force de travail que possèdent les salariés a une caractéristique essentielle : cette force de travail , en effectuant un travail , a la capacité de créer une valeur supérieure à la valeur de ce qui est nécessaire à sa reproduction . Globalement , le capitaliste ne paie que la valeur nécessaire à la reproduction de la force de travail et garde pour lui , s’approprie la valeur supplémentaire ou plus-value . L’appropriation privée de cette valeur supplémentaire créée par la force de travail du salarié est une spoliation du salarié ! En même temps , cette spoliation de la plus-value , de cette valeur supplémentaire créée par la force de travail est à l’origine de la formation du capital , de sa reproduction élargie et donc de son augmentation , de sa croissance . Le travail salarié capitaliste produit bien le capital dont l’origine est bien cette valeur supplémentaire produite par la force de travail du salarié et appropriée indûment par le capitaliste . L’appropriation sociale est donc bien le moyen de stopper ce processus . Elle permet d’en finir avec le travail salarié capitaliste , d’ »en finir avec le processus d’appropriation privée de la plus-value , c’est-à-dire d’en finir avec le processus de formation du capital , et donc d’en finir avec le capitalisme lui-même .

L’APPROPRIATION SOCIALE : NI NATIONALISATION , NI ETATISATION

Aujourd’hui , je l’ai déjà indiqué , c’est l’Etat , c’est-à-dire le pouvoir de domination de la classe capitaliste qui exerce ce pouvoir dans les entreprises publiques ou nationalisées ; C’est l’Etat-patron qui commande et dirige , ce ne sont pas les salariés qui ont le pouvoir , et ce n’est pas non plus le peuple . Avec l’appropriation sociale qui permet d’en finir avec la domination capitaliste dans l’entreprise et la société , les conditions sont créées pour que les salariés de l’entreprise , des salariés des entreprises en amont et en aval , mais aussi des usagers , des syndicats , des élus , des représentants d’organisations diverses...aient les pouvoirs de décision dans les organismes de gestion , de direction . Ce sont donc eux , en relation étroite avec leurs mandants , qui doivent avoir le pouvoir de déterminer les conditions de travail et de production , de déterminer les entrants de la composition du produit à produire , les conditions de travail et de rémunération …

SATISFAIRE LES BESOINS DE LA SOCIETE

Mais l’appropriation sociale, qui est également la fin du travail salarié capitaliste , doit cependant permettre de continuer à produire pour satisfaire les besoins de la société . Il nous faut donc distinguer entre le travail contraint , aliéné , exploité par la domination capitaliste et les activités qui demeureront nécessaires à cette fin . Mais , dès aujourd’hui , avec le développement de l’automation et de l’informatisation , d’énormes progrès de productivité sont possibles . Aujourd’hui , cette augmentation sert uniquement à l’augmentation des taux de profit capitalistes . Avec l’appropriation sociale , il est possible de penser qu’il sera possible de produire largement ce qui sera nécessaire pour satisfaire les besoins de la société et d’engager des coopérations avec tous les peuples . Dès lors , il apparaît également possible d’avancer vers des réductions conséquentes du travail contraint et des augmentations également conséquentes des formes de temps libre que chacun pourrait occuper à sa guise sans renoncer toutefois à des activités socialement utiles . Cette forte réduction immédiate du temps de travail , la maîtrise de l’organisation du travail , devra être compensée par de nouvelles formes de revenus , comme le « revenu universel » Il existe déjà dans notre société de ces formes de revenus qui ne sont pas liées à un travail contraint :
 les congés payés ,
 les congés maladie ,
 des formes de rémunérations des salariés de la culture ,
 des stages ou formations rémunérées... Parallèlement , on peut également penser au développement des gratuités qui existent déjà dans la société et leur extension à de nouveaux domaines :l’école , la santé , l’éclairage public , les routes , les transports , le logement , la culture ( la gratuité de certains musées existe déjà ). Au total , le développement du processus d’appropriation sociale apparaît pouvoir changer progressivement mais significativement et rapidement de vie et de société .

LE DEPERISSEMENT DE L’ETAT

Avec la disparition des dominations , exploitations , aliénations qu’implique l’appropriation sociale , la raison d’être de l’Etat a également disparu . Et nous avons déjà perçu que Marx lui-même n’utilisait que très marginalement la notion de « dictature du prolétariat » . « Dictature du prolétariat » , c’est plutôt une conception « jacobine » du pouvoir et tout un courant ouvrier , notamment en France , est porteur de cette tradition . Il ne serait en conséquence pas étonnant que Marx s’en réclame puisque le « socialisme » ou « communisme » français est , avec l’économie politique anglaise et la philosophie allemande , l’une des trois sources du « marxisme » . En fait « dictature du prolétariat » est plutôt un concept « blanquiste » qui , à l’égal de celui des « minorités agissantes » n’a pas sa place dans les conceptions de Marx . Par contre « dictature du prolétariat » a été largement utilisé par la suite par Lénine , puis par Staline et bien d’autres . En fait , les uns et les autres , dans des rapports variables , considèrent deux moments successifs dans le processus du passage à la société communiste :
 le moment de la « dictature du prolétariat » , avec d’ailleurs des conceptions différentes ,
 le moment du dépérissement de l’Etat . Cependant , comme je l’ai indiqué au début de cet exposé , nous sommes en France en 2009 et non plus au 19eme siècle , ni même au 20eme , ni en 1917 , ni en 1945 , ni en mai 1968.... S’agissant de 1945 , je rappelle rapidement les circonstances de la Libération , notamment Yalta et le partage de l’Europe , partage qui détermina profondément la nature des sociétés à l’Est et à l’Ouest de l’Europe , qui posa la question de l’indépendance des partis communistes de la partie Ouest , notamment celle de l’indépendance de l’élaboration stratégique . Par exemple en France , on en est alors resté aux stade des nationalisations , c’est-à-dire à l’étatisation .

QUEL CONTENU AU DEPERISSEMENT DE L’ETAT ?

C’est la diversité qui caractérise ce contenu déterminé par les situations concrètes et aussi par les conceptions mêmes des dirigeants des partis communistes . Nous pouvons considérer des différences entre les conceptions de Marx et Engels . Ensuite des différences entre ces derniers et Lénine , puis Staline et même Trotsky sans parler de toute une pléiade de dirigeants et penseurs communistes qui s’opposèrent à Staline , et même déjà à Lénine.... Toujours est-il que l’on constate , sauf chez les opposants , l’abandon progressif du concept de « dépérissement de l’Etat » au profit de celui de « dictature du prolétariat » avec la 3eme Internationale et les partis qui y ont adhéré . Le PCF pour sa part y a renoncé dans les textes en 1976 dans les conditions que relate Gérard Streiff dans sa thèse relative à Jean Kanapa . En fait la question dépasse les partis qui se réclament ou se sont réclamés du « marxisme » . Tous les partis se fixent aujourd’hui comme objectif politique la « conquête du pouvoir » , c’est-à-dire la conquête du « pouvoir d’Etat » . Ces partis , sous leurs formes diverses , étant chargés de conquérir le pouvoir d’Etat , notamment à l’occasion des élections , avec l’objectif de gérer le capitalisme , certains avec la volonté plus ou moins affichée de le transformer et , éventuellement , de transformer la société . Il n’est nullement question de « dépérissement de l’Etat » , sinon de plus ou moins d’Etat selon que l’on est est plus ou moins « libéral » , c’est-à-dire de plus ou moins importantes libertés , facilités et aides financières à accorder au capitalisme , et aujourd’hui en particulier à ses formes financières dans le contexte de la libre circulation des marchandises et des capitaux .

REVENIR A MARX

Dans ce contexte , comme en d’autres domaines , il convient d’en revenir aux fondamentaux , c’est-à-dire aux fondateurs , en l’occurrence Marx et Engels...et quelques autres . Il convient aussi de ne pas oublier que dans le mouvement ouvrier il existe d’autres courants , notamment des courants « socialistes » et des courants « anarchistes » , Marx et Engels ayant pris leurs distances avec le courant « socialiste » dès le Manifeste , puis avec « La Critique du programme de Gotha » , programme d’unification de la social-démocratie allemande . Antoine Artous , dans son ouvrage intitulé : « Marx , l’Etat et la Politique » , réserve la 4eme partie « Au-delà du capitalisme » à deux chapitres :
 Chapitre 1 : Dictature du prolétariat et dépérissement de l’Etat .
 Chapitre 2 : Dépérissement du droit , socialisation de la production et émancipation humaine Dès l’abord , il met en évidence deux phrases , c’est-à-dire deux approches . Celle de Marx et du Manifeste : « Le pouvoir politique , à proprement parler , est le pouvoir organisé d’une classe pour l’oppression d’une autre... Les antagonismes de classe ayant disparus...alors le pouvoir politique perd son caractère politique . » Antoine Artous commente : « La phrase constate simplement que disparaît une forme historique de pouvoir public , la forme politique à travers laquelle il se constitue comme instrument de domination de classe . » Celle , ensuite de Engels dans « l’Anti-Dühring » : « Le gouvernement des personnes fait place à l’administration des choses . » Antoine Artous considère que , là , la vision est issue des courants utopistes mais présente également une tonalité que , faute de mieux , il appelle « scientiste » , dans la tradition d’un certain positivisme du 19eme siècle ( le fonctionnement de la société se réduit à la gestion de la production ) .

CE SONT LES « MASSES » QUI FONT L’HISTOIRE

Certainement ces deux conceptions peuvent-elles aussi être complémentaires . Nous vivons la crise du capitalisme , peut-être une phase de cette crise . Ensemble , il convient de procéder à l’analyse concrète de la situation concrète . Marx considère que ce sont les « masses » qui font l’histoire , les masses , c’est-à-dire les peuples , le prolétariat dont il a une conception ouverte , les salariés dont j’ai parlé qui représentant 92% de la population active . Ces données mettent en évidence la possibilité d’un très large rassemblement majoritaire sur des objectifs de changement de société . Sauf à considérer l’existence d’un Créateur à l’oeuvre aujourd’hui , il convient de s’accorder que les idées naissent dans la société , dans les évolutions du mode de production et du travail , dans les affrontements de classe qui s’y produisent . Ce qui est en jeu , outre les changements économiques dont j’ai parlé , ce sont également les changements institutionnels , politiques , juridiques , culturels.... La crise actuelle du capitalisme est un crise globale , tous les aspects de la société sont également en crise .

DES PEUPLES ET DES CITOYENS SOUVERAINS

Certains , par exemple, parlent de plus en plus nombreux de post-démocratie . Que convient-il de changer ce point de vue ? Le système de représentation est en même temps un système de dépossession de citoyenneté : en votant on délègue ses pouvoirs , on se dépossède de sa citoyenneté jusqu’au vote suivant . Comment le peuple , les citoyens , peuvent-ils être souverains en permanence ? Marx , dans « La guerre civile en France » prend appui sur la Commune dont les membres sont élus au suffrage universel , révocables à tout moment , et en même temps sont l’exécutif de leurs décisions . Dans d’autres textes , d’autres auteurs se prononcent pour des Conseils ouvriers et une République de ces Conseils . Des expériences , autres que celles des « Soviets » , ont lieu dans un certain nombre de pays à la fin de la première guerre mondiale , sans qu’elles puissent s’établir dans la durée … En tout cas aujourd’hui le débat doit s’ouvrir sur des formes nouvelles de démocratie en liaison avec les nouvelles technologies qui permettent l’immédiateté du débat , de l’échange et son exutoire , également immédiat , dans le vote . Après un premier semestre de luttes , de grèves et de manifestations , les interrogations sont grandes sur les moyens de se faire entendre . Les mêmes interrogations s’expriment également à propos du respect des votes par référendum qui ont eu lieu sur le projet de Constitution européenne . Certains ont qualifié ces pratiques de « coup d’Etat » et se prononcent pour la comparution du Président de la République en Haute Cour de Justice à ce sujet . De même , sans revenir aux jours de Mai 1968 , les souvenirs des luttes et de leurs formes en 1995 sont encore dans les mémoires .

LES PARTIS EGALEMENT EN CRISE

De même que la démocratie et l’ensemble des institutions , les partis politiques sont également en crise . C’est un constat . Dans l’histoire en mouvement rien n’est éternel ! J’ai cité Marx et le Manifeste : « Les antagonismes de classe ayant disparu , alors le pouvoir public perd son caractère politique ; En effet si l’Etat et la politique ont disparu , que deviennent les partis ? Nous n’en sommes pas à ce stade du processus et sans doute y-a-t-il à débattre publiquement de la conception et du rôle des partis dans une société qui a déjà profondément changé . En tout cas , un modèle a vécu , celui du socle qui était pour les partis ouvriers le modèle de la 3eme Internationale . Je l’ai indiqué , les idées naissent et grandissent dans la société et ne peuvent être importées de l’extérieur de cette société . Dans les situations de blocage , telle celle que nous connaissons aujourd’hui , il arrive que la réflexion porte sur les causes de ce blocage . Par exemple , aujourd’hui , les interrogations sont nombreuses à France-Télécom et chez l’ensemble des travailleurs ? Le débat ne peut être limité à la seule conception du travail sans aborder le fait qu’il s’agit du travail salarié capitaliste et que par « définition » il ne peut devenir décent en régime capitaliste ! N’est-ce donc pas la question même du travail salarié en régime capitaliste qui est posée ? Et celle de sa disparition avec l’appropriation sociale ? Et plus largement encore n’est-ce pas ce système avec ses exploitations , ses dominations , ses aliénations , qui est devenu insupportable ? Alors , n’est-ce pas la conquête de l’émancipation , celle de tous et de chacun , qui est à l’ordre du jour ? Dans la société française , le mouvement ne part pas de rien ! Il existe des acquis en matière d’auto-administration de la société , depuis les sociétés de pêche à la ligne , la multitude des organisations et des associations , jusqu’à la gestion des coopératives , des scops et des organismes de sécurité social... Toutes formes qui ne demandent qu’à s’étendre !



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L’appropriation sociale condition du dépérissement de l’Etat
25 octobre 2009 - 15h43

Tu vas finir par te faire des noeuds au cerveau camarade. Un peu moins de blabla et un peu plus d’action. Sois plus simple, sois plus concis... Au 3ème paragraphe tous les gens normaux qui vivent, quelle que soit leur "orientation politique", ont lâché prise depuis longtemps et puis "retour à Marx" c’est pas un projet politique c’est au mieux une distraction d’érudit tel que tu le présentes. Marx est avec d’autres un outil d’analyse en rien un dogme.



L’appropriation sociale condition du dépérissement de l’Etat
25 octobre 2009 - 19h04 - Posté par Copas

Nous pouvons considérer des différences entre les conceptions de Marx et Engels . Ensuite des différences entre ces derniers et Lénine , puis Staline et même Trotsky sans parler de toute une pléiade de dirigeants et penseurs communistes qui s’opposèrent à Staline , et même déjà à Lénine.... Toujours est-il que l’on constate , sauf chez les opposants , l’abandon progressif du concept de « dépérissement de l’Etat » au profit de celui de « dictature du prolétariat » avec la 3eme Internationale et les partis qui y ont adhéré .

hurlements de rire....

l’histoire c’est celle de la lutte des classes ...

Allez prenons le sujet ainsi sur ces sociétés et ces tentatives, ça permettra de pister exactement des trajectoires des classes sociales, des couches sociales, comme acteurs de l’histoire sans croire que ce sont les concepts qui remplacent les mouvements réels des classes, les rapports de production, etc.

Quand on part de ces mouvements réels des classes et des couches sociales dans la jeune URSS on comprend ce qui se passe, on comprend comment seront fabriqué les hommes exprimant ce type de société...

Pourquoi je dis cela, parce que l’entendement de la "dictature du prolétariat" par une bureaucratie a été d’une dictature sur le prolétariat (trop faible pour contrebalancer la logique d’une caste arrogante et violente, reprenant toutes les méthodes de commandement capitalistes).

... et accessoirement comment les couches dirigeantes, très tôt, n’auront d’autres destins que de se transformer en bourgeoisies .

Bon, alors en France on fait comment pour faire ... quoi déjà ?






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