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Comment ça ? Seulement 34% des ouvriers font confiance à Hollande...?

par Antoine (Montpellier)

Publie le samedi 27 octobre 2012 par Antoine (Montpellier) - Open-Publishing
9 commentaires

"Les milieux populaires n’ont pas vraiment gagné au changement de majorité [Olivier Duhamel]" (le point de vue d’un militant NPA de l’Hérault)

C’est par ces termes rugueux qu’Olivier Duhamel exprime, dans le texte de presse ci-dessous, le constat d’une présidence socialiste embarquée d’emblée dans une cassure avec ce qui historiquement faisait l’ossature, ou du moins était une pièce maîtresse, de son électorat et même de sa base sociale.

Ce diagnostic est d’autant plus intéressant qu’il émane de quelqu’un qui s’auto-intitule "libéral de gauche" et qui a été membre et élu, pendant un certain temps, du PS. Il y a en fait un paradoxe à le voir repérer (pas critiquer, retenons la nuance) les limites d’une orientation de gouvernement (le libéralisme économique) que, conformément à son idéologie, il devrait partager. C’est, peut-on penser, le signe de l’impasse qui travaille de nombreuses personnes de gauche qui, en refusant de s’émanciper totalement du Parti Socialiste, en viennent à devoir assumer ce qui est, au sens le plus fort du terme, une contradiction politique, celle qui affecte la cohérence du positionnement défendu.

En effet, Olivier Duhamel nous livre ici, à partir de sondages, certes non fiables en principe mais dont personne, dans ce cas-ci, ne doute qu’il approche la réalité du moment, tout ce qui constitue l’actuelle fracture politique recouvrant une fracture sociologique : le président, le gouvernement et le Parti Socialiste, ce tout organisant ce qu’au NPA nous appelons la réponse social-libérale à la crise capitaliste, ne répondent, cinq mois à peine après l’élection, à aucune des attentes ouvrières ou populaires, en particulier sur la question cruciale de l’accumulation de licenciements ! Or, décrivant ce qui est un défi aigu à tout pouvoir démocratique, sa perte de crédibilité auprès de la population, notre auteur n’a d’autre réponse politique à proposer que d’invoquer, plus ou moins implicitement, la nécessité d’une "grande réforme populaire". Laquelle ? Mystère ! Et l’autre invocation, celle de la "responsabilité première du président de la République" n’est qu’un dérisoire coup d’épée dans l’eau du problème recensé.

Olivier Duhamel, par cette combinaison d’une pertinence dans le diagnostic et d’une impuissance à dessiner une sortie de l’impasse politique, est symptomatique, à son tour (posons notre diagnostic), de l’incapacité d’une certaine gauche intellectuelle et sociologique à tirer la seule conclusion qui s’impose : le social-libéralisme, porteur qu’il est d’une longue histoire (depuis 1981) de renoncements politiques au contact du pouvoir, essentiellement le pouvoir de construire une Europe qui se vérifie aujourd’hui dans sa nudité capitaliste la plus crue, ce social-libéralisme n’a définitivement plus le souffle "social", pourtant de plus en plus résiduel, d’un Mitterrand ou même d’un Jospin.

Hollande, Ayrault, Fabius, Aubry, Royal, etc. ne sont plus que de plats et gris gestionnaires des logiques du capital, dont la principale distinction avec la droite est la crainte que le rapport désormais fantasmé au salariat et aux pauvres s’écroule définitivement. Ce que des Kouchner ou Fadela Amara, mais aussi un Jouyet recyclé dans l’actuel gouvernement, ont laissé transparaître dans leur acceptation de "l’ouverture" sarkozyenne, c’est la vérité de fond du Parti Socialiste tel qu’il est, tel qu’il va : il est une gauche de droite qui, comme hier Kouchner avec Sarkozy, montre Hollande travailler, quoique essaient de brouiller certains mirages (le pari sur "la croissance" !), avec Merkel et Barroso contre les peuples grecs et espagnols !

Hollande, avec les spécificités de la société française, c’est du Zapatero et du Papandréou en acte, des politiciens définitivement programmés par l’histoire de leurs partis respectifs mais alimentés à la même matrice droitière, à apporter des réponses capitalistes à la crise du capitalisme et sachant que, tôt ou tard, ils devront laisser le pouvoir dans le discrédit le plus total. Jospin en 2002 est l’emblème de cette faillite annoncée et ...assumée. Car le fin mot de l’histoire est que Hollande et son équipe ne se font guère d’illusion sur la possibilité de se maintenir longtemps au pouvoir en imposant l’austérité que le capital exige à leur peuple. Mais dans leur logique de professionnels de gauche de la politique inscrits jusqu’à la moëlle dans les jeux institutionnels, un échec n’est rien si le retour, lui-même programmé pour la droite, l’est aussi, dans la phase suivante, pour eux.

Merveilleux secret de l’alternance comme antidote à l’alternative au capital : droite et gauche ont intégré que l’échec du gouvernant du moment est la réussite (provisoire mais appelée à revenir) de l’opposition de l’instant et le succès de toujours du capital ! Voilà où se niche le consensus de fond entre la droite de droite de plus en plus "extrêmisée" et la gauche de droite, dont le centre de gravité politique est le deuxième terme. C’est précisément cela que pressentent Olivier Duhamel et de nombreuses personnes de gauche sans vouloir ou pouvoir aller jusqu’au bout du renversement politique, quasiment mental, qu’implique de mesurer ce que porte d’incroyablement négateur des intérêts populaires l’autre renversement opéré par le Parti Socialiste : son basculement total du côté du capitalisme.

Reconnaissons aussi que l’incapacité de la gauche à la gauche du PS à poser les jalons de la nécessaire alternative de gauche à ces cycles de l’alternance capitaliste est en elle-même un frein à la rupture politique à opérer avec le Parti Socialiste. Par son double jeu de dénonciation de l’austérité gouvernementale et son soutien plus ou moins masqué (l’abstention sur la confiance ou le volet recettes du budget à l’Assemblée nationale agrémenté de votes pour comme sur les contrats d’avenir ou le collectif budgétaire sans parler des cogestions locales avec le PS) au gouvernement d’Ayrault, le Front de gauche porte une lourde responsabilité dans le brouillage politique organisé par le pouvoir. Le NPA, quant à lui, doit travailler à trouver, dans l’incontournable contribution au développement des luttes, les réponses politiques qui lui ont fait défaut suite à l’échec du grand mouvement des retraites. Mais dans l’humilité du constat que c’est le mouvement social qui, seul, pourra créer la situation permettant de déjouer les blocages, y compris politiques, qui l’ont paralysé sur les retraites : que mille Sanofi, que mille PSA, que mille Ford éclosent et l’on verra bien qui à gauche ou même à la gauche de la gauche pourra impunément offrir ses stratagèmes biaisés et foncièrement électoralistes à ce qui appelle, même sur le champ politique, le primat du social ! Retenons que c’est l’effet combiné des blocages favorisés en son sein par des stratégies syndicales, elles-mêmes instrumentalisées par le sarkozysme, et des soutiens politiques à ces stratégies syndicales stériles par les partis de gauche, y compris du côté du PCF et du PG, qui ont rendu le mouvement social orphelin de ses réponses radicales et le dévoiement des espoirs de gagner vers le faux "changement maintenant". A creuser et à concrétiser pour éviter la répétition du même pour le mouvement social qui cherche à se construire autour des Sanofi , des PSA et de tant d’autres, lesquels doivent se méfier de ce qui fait les défaites amères : l’impossibilité de converger avec les luttes de tous !

Le NPA travaille, à son modeste niveau, à cette perspective du "tous ensemble" en appelant à faire sauter ce qui fait verrou actuellement : la croyance dans la fable que ce gouvernement est le nôtre ! Comme probablement croit Olivier Duhamel en présupposant en conclusion que "les Français dans leur ensemble ont pleinement conscience de la gravité de la situation et de la nécessité de réduire les déficits publics. Ils savent que cela implique des sacrifices de leur part. A condition qu’ils ne soient pas vain". Tout cela pour en arriver là, au point où le cercle de l’impuissance politique se referme : à l’endroit où le fin analyste des problèmes du gouvernement reprend à son compte les mots qui sont le problème majeur dudit gouvernement et signifient le contresens sur ce que ne veut pas la population. L’austérité !

Antoine (comité NPA du Pic-Saint-Loup)

Illustration : Droite_Gauche_I2_large2‑94c5a.jpg

L’Hérault du jour du 26 octobre 2012

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Messages

  • La droitisation du PS a libéré un espace sur sa gauche, que Mélenchon a su occuper à son profit. Or son projet politique, la révolution par les urnes n’est pas celui du NPA . Aujourd’hui, c’est le front de gauche qui se revendique de "la vraie gauche" puisqu’il est convaincu qu’il n’existe qu’une seule gauche. Or, son projet est celui de social démocratie classiquE, c’est-à-dire un projet réformiste graduel.

    Jusqu’à présent ses relais syndicaux (directions de la CGT,de la FSU, voire Solidaires) ont su dévoyer le radicalisme et la combattivité lorsqu’elles se manifestaient massivement en 2009 et 2010 au profit des solutions institutionnelles et en ne leur offant aucune issue à partie de la rue, comme en 36. Comment ? En refusant d’aller vers la confrontation avec le pouvoir lorsque l’occasion se présentait (2003, 2009 et 2010)
    La Guadeloupe n’est pas la métropole (ni la France) mais avec le LKP en 2009, elle a montré à son niveau ce qu’il est possible de réaliser lorsque les syndicats ne sont pas au main d’une bureaucratie.

    Minoritaire et sans réelle direction ni stratégie, le NPA n’a pas su ou pu concrétiser une autre perspective aux mobilisations de ces années là.
    Il ne suffisait pas en effet que le "tous ensemble" ou la grève générale rencontre un large écho chez les manifestants, il fallait aussi posseder les moyens, les forces de le réaliser.

    Le NPA reste encore "binaire"sur les forces à gauche. En effet, sa direction
    croit encore qu’il n’y a que 2 gauches possibles dans le pays : la libérale et celle qui refuse les politiques libérales. Elle n’en voit donc toujours pas une troisième : celle du front de gauche, antilibéral mais dont les relais syndicaux refusent l’affrontement avec le pouvoir afin de détourner la radicalisté vers les urnes.

    Pour Mélenchon et le front de gauche (avec la GA), il n’y a qu’une seule gauche partagée entre 2 orientations : la libérale et la sienne

    Pour le NPA et sa direction, il n’y a que 2 gauches, croyant sans doute qu’entre le front de gauche et eux, il n’y a que des désaccords qui ne seraient pas insurmontables. Pas étonnant qu’une partie de sa direction ait rejoint le front de gauche.

  • Bon d’accord, mais comment redresser cette situation si on s’autoproclame parfaits à la fois dans l’analyse et dans la légitimité exclusive de l’organisation du mouvement anticapitaliste et en plus avec quoi comme perspective ?
    Nous sommes nombreux à nous réclamer de la lutte des classe, éclaté comme jamais, d’où notre impuissance.
    Comment nous unifier avec toutes nos "nuances", sans que nous ne nous comportions en donneurs de leçons. Le NPA est devenu fatigant, à penser qu’il a toujours raison, alors que la réalité lui a montré que sans le coup de pouce des médias bourgeois, il n’est pas plus que ce qu’il est : une petite fraction de la contestation, qui a malheureusement été utilisée pour exorciser la peur d’un PCF jugé encore dangereux s’il garde son idéologie marxiste. Mais c’est peu probable aujourd’hui tellement il est intégré au système capitaliste.
    Dans le FDG, il y a des Communistes sincères qui ont rompu avec le militantisme actif et le contact avec les classes populaires, embarqués dans l’ aventure d’une construction à dominante social-démocrate de compatibilité avec le social-libéralisme pour gouverner, comme si le Pouvoir actuel pouvait représenter en quoi que ce soit les aspirations des exploités.
    L’action politique ne doit pas se résumer à une poignée d’élus de "gauche" perdus dans l’alternance UMPS.
    Elle ne doit pas se résumer dans l’entreprise à un combat pour conquérir des "experts " ( appelés "syndicalistes" qui sont parfois professionnels du syndicat) afin de les attirer vers la présentation aux élections politiques puis s’en réclamer pour montrer qu’on est un parti d’ouvriers et d’employés comme le PCF sans autre lien ni intervention, ni luttes autres que syndicales, avec les travailleurs.
    Le syndicalisme s’est dépolitisé au point que des camarades politisés, mais sans perspectives, y trouvent refuge face au poids de l’idéologie dominante et conformiste petite-bourgeoise qui s’est nichée dans toutes les instances et organisations de base des dits partis de "Gauche" au sens large avec par exemple un nombre pléthorique d’enseignants et autres professions "intellectuelles" en total décalage avec ceux et celles qui sont directement touchés par la crise capitaliste.
    Ces derniers agissent et parlent en missionnaires et en théoriciens dans le milieux populaires qu’ils cotoient plus ou moins dans leurs activités, sans réellement les écouter.
    Au Front de Gauche (PCF,PG,GU,FASE) on est pro-européen alors que nombre d’ouvriers et de petits employés sont anti-européens , car ils subissent l’Europe qui n’est qu’une construction des Capitalistes pour les Capitalistes : on a mis un couvercle de plomb sur tous les votes majoritaires.
    Si on allait voir du côté des revendications et des aspirations réelles des classes populaires ?..

    • La direction du PCF et du FDG,en effet,sont pour une europe différente dans les textes . Mais c’est une utopie de croire à cette possibilité de transformer l’Europe actuelle en un Etat social. Il faut sortir de L’Euro et retrouver notre indépendance monètaire qui a plombé le pouvoir d’achat du peuple et provoquer la fin de notre industrie et de notre souveraineté nationale. D’ailleurs la crise du capitalisme va amener la fin de L’Euro dans les prochains mois malgré la volonté Hollandaise de s’y accrocher coûte que coûte.Le congrès du PCF doit acter la fin de l’Euro et des institutions européennes capitalistes,cela est une évidence comme le suggère Nikonoff du M’pep.

      bernard SARTON ,section d’Aubagne du PCF

    • Bon d’accord, mais comment redresser cette situation si on s’autoproclame parfaits à la fois dans l’analyse et dans la légitimité exclusive de l’organisation du mouvement anticapitaliste et en plus avec quoi comme perspective ?

      Jamais, d’une façon ou d’une autre, le NPA s’est affirmé parfait ou a réclamé qu’on s’aligne derrière lui.

      Si notre ami peut trouver quelque chose quelque part qui vérifie son assertion ça aiderait, mais je pense qu’il ne trouvera rien, car le NPA a justement un défaut inverse, trop tendre .

      Et de plus ce parti ne choisit pas suffisemment de reconstruire directement la résistance en accordant une importance exagérée au FdG et les factions dirigeantes de ce front.
      Si il y a une critique c’est bien justement qu’il est à, l’inverse de l’auto-affirmation. Maintenant je comprends bien que dans certains milieux du FdG c’est ce qui tourne en permanence comme attaques : la preuve que le NPA est sectaire et adepte de l’autoaffirmation c’est qu’il ne se rallie pas au FdG...cqfd...

      Bien sérieux, les questions de construction des mobilisations et de la résistance au gouvernement de la bourgeoisie sont toujours les parents pauvres du FdG . Une série de débats touchant les travailleurs dans leurs combats réels ne voient pas d’apport notable de la part du FdG pour trouver les moyens et l’organisation des résistances, avoir une chance de gagner.

      Cette question existe, avec ou sans NPA (et je comprends que ça fasse chier certains qu’il existe mais bon, ... ) avec ou sans LO.

      Comment nous organiser, riposter aux agressions de la bande à Hollande, aux magnats de l’automobile, de la pharmacie, etc comment reconstruire les organisations nécessaires de la résistance ?

      Les agressions du gouvernement Hollande supposent une attitude claire à gauche.

    • Le PCF et le FdG ne proposent pas de changer de rapports de productions,
      de se mettre au service d’une "révolution sociale" et du "pouvoir des travailleurs".
      C’est ce qu’ils ont toujours combattu, dès que le mouvement social montre les dents.
      Ils sont des appareils politiciens contre-révolutionnaires, et Nanard ose se mettre à leur service...

  • Ce qui serait intéressant c’est de savoir à qui les ouvriers (ajoutons y les employés) font confiance....