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De quelques aspects du"COMMUNISME" et du P.C.F

par Alain Chancogne ,(à partir d’un texte du philosophe Lucien SEVE)

Publie le lundi 5 novembre 2012 par Alain Chancogne ,(à partir d’un texte du philosophe Lucien SEVE) - Open-Publishing
20 commentaires

J’ai volontairement expurgé du texte deLucienSEVE, des remarques instructives , des anecdotes que SEVE lui même qualifie de"petite histoire"
Par contre son échange que je mets en ligne est, selon moi, utile au débat.
Il intitule son papier"
La véhémence de l’histoire

Lucien Sève dialogue avec les auteurs du livres Les vérités du matin, regard croisé sur un engagement.

Je recommande vivement (des EX y apprendront des tas de choses..le bouquin coécrit par des camarades aux réactions différentes durant les"années marchais" , deux militants que j’ai connus, appréciés pour leur intelligence.
René et Francette ont rédigé ce savoureux

"Les vérités du matin, regards croisés sur un engagement. Editions de l’Atelier. 240 pages. 20 €."

C’est à lire...

La parole àSEVE dont je n’ai pas besoin de préciser que sa conclusion démontre notre divergence sans possible "compromis" ’cf FRONT de GAUCHE")
L’essentiel n’est pas là..

A.C

Mais tout ça n’est que de la petite histoire. Et j’entends bien que votre propos est en ce livre de porter des regards croisés sur ce que fut votre engagement, non, comme il est précisé d’emblée, « d’écrire une part d’histoire communiste, moins encore d’élaborer une réflexion politico-philosophique ».

Ici aussi, j’accepte le choix, mais conteste le découpage de ses implications. Car même à vouloir simplement « témoigner » de ce que furent vos trajectoires, vos expériences et vos choix, reste, et je m’en réjouis, que vous voulez du même coup « raviver un désir d’engagement » – mais comment le raviver sans esquisser au moins votre diagnostic sur ce qui a tellement compromis sa vitalité et vos hypothèses sur ce qui serait de nature à le ragaillardir ? A vrai dire, en vous lisant assez attentivement, j’ai perçu ici et là des indications qui m’intéressent, et que j’ai tendance à partager, si du moins je les saisis exactement.

Ainsi René dit-il (p. 93) que « la politique consiste essentiellement à rassembler des électeurs autour d’une personne [...] pour conquérir le pouvoir » et que « le Parti communiste n’échappe pas totalement, quoi qu’il dise, à la prégnance de cette donnée institutionnelle ». Je crois ce point proprement fondamental.

En principe, le combat communiste est un combat politique de tout autre sorte : combat révolutionnaire non pas du tout pour « conquérir le pouvoir » mais pour subvertir les rapports sociaux, la « conquête du pouvoir » y prenant un sens tout autre, celui de point de passage obligé pour engager sans délai, moyennant la « dictature du prolétariat », le dépérissement de l’Etat et la transformation sociale profonde.

Au milieu du XXe siècle et dans un pays comme la France, cette façon de comprendre la voie révolutionnaire vers le communisme était d’évidence obsolète, et c’est ce qu’a posé en 76 le 22e Congrès. Mais il l’a fait (drame de l’insuffisance de pensée théorique de la politique) en abandonnant la dictature du prolétariat sans se mettre à élaborer activement en pensée et en acte la stratégie révolutionnaire alternative dont il était évidemment besoin (carence qui nous a valu de constantes et percutantes critiques de gauche, que nous nous sommes imaginé anéantir en faisant observer qu’elles étaient incapables de produire l’alternative positive nécessaire, ce qui était fort vrai mais ne changeait rien à notre propre carence).

Mais la stratégie a horreur du vide. Ne trouvant pas, ne cherchant guère (or c’était justement la chose pour laquelle nous devions nous « lever l’âme », comme on dit à Marseille) la stratégie révolutionnaire alternative (ici est à faire la triste histoire du 23e Congrès, de l’idée d’autogestion à la fois admise en principe et s’enlisant sans effet au tournant des années 70 et 80), nous nous sommes rabattus en pratique, de façon graduellement irréversible, sur une simple stratégie électorale (avec au début encore un peu de papier de soie autour…), c’est-à-dire que dans la vérité des actes, celle que le peuple et spécialement la jeunesse perçoit d’un œil d’aigle sans savoir en parler, nous sommes devenus un parti comme les autres, en moins crédible puisque avec notoirement moins de chances d’arriver vraiment au pouvoir. Notre irrémédiable décadence était scellée.

Voilà mon diagnostic : coma historique pour cause d’indigence théorique, de panne dramatique d’inventivité stratégique dans le sens révolutionnaire-communiste, de repli sans horizon sur la petite survie électorale…

Ce qui dessine la tâche (gigantesque, mais pas dans le sens où l’adjectif est l’alibi rêvé pour ne rien entreprendre…) à laquelle il est trop tard/jamais trop tard pour se coller.

Pour ma part, en un mixte mal élucidable d’inventeur méconnu et d’analyste à prendre au sérieux,

Mais je ne vais pas me mettre à vous faire ici mon laïus, dont je dois constater que l’audience est quasi-nulle, ce qui ne m’empêche pas de persévérer à estimer que c’est ça la bonne direction…

Et c’est ce qui vous explique que, tout en trouvant la fin de votre livre vraiment très en dette par rapport à ce que j’attendrais de vous, j’ai été bien intéressé du moins par une indication qui y est un peu récurrente, et que je partage totalement.

P. 173, Francette écrit : « Je ne voyais pas que l’essentiel, ce sont les êtres humains et leur capacité de se mettre en mouvement. » Voilà ! Il y a là, à mon sens, le fil conducteur de toute la nouvelle stratégie révolutionnaire-communiste dont nous avons le besoin vital, et en prime une indication décisive sur la sorte d’organisation qu’elle requiert.

Et tout à fait in fine, dans un texte que vous signez ensemble : « Un fait inédit commence à émerger dans les grandes mutations contemporaines. La capacité d’intervention personnelle des individus, leur implication directe dans la vie sociale tend à devenir une exigence d’efficacité économique en même temps que de justice et de liberté. »

Je pense que cette tendance a commencé de s’affirmer plus tôt que vous ne semblez le dire, mais nous sommes d’accord sur le caractère crucial de la chose. C’est ce que Marx appelait les présupposés objectifs du dépassement du capitalisme, présupposés que dans une certaine mesure et « la tête en bas » produit le mouvement même du capital. En somme, on voit assez bien, sauf erreur, dans quelle direction est à chercher la sorte de stratégie et de façon de faire de la politique dont nous avons le criant besoin…

Mais dire qu’il y a urgence est encore au-dessous de la réalité.

Ne pensez-vous pas, comme moi, que nous sommes bel et bien entrés dans la phase historique terminale du capitalisme – qui prendra peut-être bien quelques générations, sans que ça exclue des épisodes brutaux plus ou moins proches – et que donc c’est le moment où jamais de penser authentiquement et hardiment en communistes ?

Je n’ai rien contre le Front de gauche, je voterai avec conviction Mélenchon au premier tour, etc. Mais franchement, franchement, comment concevoir que ceux et celles qui siègent à Fabien soient à ce point au-dessous de la tâche cardinale que nous impose la véhémence de l’histoire ? J’en suis malade. Si vous y pouvez quelque chose…

En amitié.

15 décembre 2011

Lettre publiée sur le site Les vérités du matin

Messages

  • LUCIEN SEVE semble découvrir à l’occasion de la sortie de ce livre ce que des milliers d ex comme toi et moi ALAIN avons perçu depuis longtemps : CE SONT LES MASSES EN MOUVEMENT qui construirons le changement et permettrons d ’aller vers la société communiste ...
    CERTES lorsque c ’est SEVE qui le dit celà a peut-être plus de poids que lorsque c ’est un bac moins cinq comme moi ...ENCORE que sa révélation ne l’ait pas éclairé sur la nature du vote FDG et sa capacité à rassembler les masses ...

    Toutefois MERCI de signaler la sortie de ce livre que je vais m’empresser d ’acheter .

    • MERCI jean-pierre NEEL d avoir indiqué le lien permettant de lire la quasi intégralité de la lettre de LUCIEN SEVE .
      Certes le contenu est interessant , mais la lecture me laisse un malaise , je ne dis pas que ce que raconte LUCIEN SEVE est faux , mais il met en cause sans apporter de preuves à part ses propres dires , des dirigeants du parti qui ne sont pas en capacité de répondre , parce que décédés .

      Tout celà est un peu nauséabond et sent le règlement de comptes d’autant que LUCIEN SEVE a longtemps été l’intellectuel bien vu à la cour , y compris pendant les périodes qu’il critique maintenant avec beaucoup de retard car sa rutpure définitive avec le PCF est assez récente .

    • je crois que tu te plantes un peu..
      J’étais, tu le sais, sous"Marchais" et de 85 à 95en gros, un des responsables du secteur dit"intellectuels et Culture"
      Luciien -je ne partage pas certaines de ses analyses- était repéré et un brin ostracisé par la Direction du Parti.. Il ne cachait pas sa proximité e avec ce que nous appelions les"rénovateurs" et parfois m^me (en privé) les "liquidateurs".

      Je peux en témoigner vu mes rapports amicaux avec P.ZARKA, et quelques échanges avec Martelli ouG.Hermier..
      Relis ce paPier de l’HUMA..
      Pas que des conneries ou des contre vérités sur les coulisses :
      Ces refondateurs qui tournent la page du PCF
      (extrait)

      http://www.humanite.fr/node/3104

      L’entrée en contestation de Lucien Sève et de Roger Martelli peut être située en 1984.

      Cette année-là, l’historien écrit dans l’hebdomadaire Révolution que la chute électorale du PCF exprime « la fin d’une longue phase, l’inadaptation de toute une démarche face aux conditions nouvelles de la société française ». Au même moment, Lucien Sève s’explique devant le Comité central sur le sujet  : « J’avançais à tâtons. Je savais qu’il y avait un problème théorique stratégique fondamental que l’on ne maîtrisait pas. Et qu’il fallait mettre à l’ordre du jour quelque chose comme une refondation historique du Parti. » Le philosophe s’engage dans la voie refondatrice.

      Vive émotion dans le Parti. « Des camarades, y compris membres du Comité central, commencent à ruer dans les brancards. Ça bouillonne. Georges Marchais réagit mal et estime qu’il s’agit là d’une agitation d’opportunisme bourgeois. C’est le verrouillage », raconte Lucien Sève

      OUI, "nous " avons verrouillé !
      Je sais de quoi je parle....

       :)

      S’agissant de SEVE, je continue à penser que son apport à l’enrichissement du Marxisme est indéniable.
      Lui, Ben Saïd et d’autres ont été trop longtemps "ignorés" et aujourd’hui, touten partageant quelques aspects de ton jugement sévère , je persiste à penser qu’il nous faut"calmement" relire quelques textes de ces philosophes..

      Le bouquin de PIQUET-LAZARD vaut le détour
      , lis le !

      Nous avons été très nombreux à ne pas comprendre la façon dont PIQUET a quitté volontairement le secrétariat et le B.P..

      Il a refusé longtemps de parler..

      Comprendre des cheminements de dirigeants d’alors permet , selon moi, de cerner ce qui doit être en RUPTURE TOTALE quant aux modes de fonctionnement de l’Orga que nous créerons..

      Ce qui est , pour moi du moins, instructif dans le bouquin de F.Let R.P c’est que le dialogue met aux prises une "intellectuelle" et un copain qui sait de quoi il parle quand il évoque la Classe ouvrière...

      Amitiés cocos
      A.C

    • Bien AC mais comment des dizaines de camarades avaient déja et de longue date quitté le PC et sur des critiques de gauche,sur une pratique de recherche communiste d’une évolution et du parti et de la forme parti ?
      Bien avant 84 et l’affaiblissement catastrophique du PC déja et sans théoriser beaucoup (attention je ne critique absolument pas la théorie) mais sur leseul vécu ;
      Tu cites ton cas,lemien est différent,je n’avais pas de responsabilité mais mon engagement se basait sur une lecture tout de même des classiques et sur la certitude que sans poids déterminant du PCF dans l’union de la gauche ,c’est une politique procapitaliste qui serait mené.
      Je parle des années 1975/1981
      Au vu des résultats du 10 mai 81,et avec l’annonce que le PCF irait au gouvernement,je décidai de quitter sur le champ mon parti
      Oui j’ai démissioné le 10mai 81 !!!
      et la suite fut douloureuse même si j’avais la satisfaction d’avoir vu juste.
      et de là une relecture des classiques et surtout de lacritique de gauche ,à savoir pour faire vite le courant "trotskiste"
      Et aussi sur comment des camarades justifiaient la blocage des salaires et autres attaques contre les prolos ?
      et là j’ai du admettre qu’un partie "morale" en politique était nécéssaire
      Quand on laisse filer les principes on tombe bien bas.
      Alors lire les classiques c’est évidemment tomber sur "la " phrase clé du pére Karl :
      "l’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux mêmes"

      Marx qui sait se servir des mots,ne dit pas "l’oeuvre des syndicats et des partis des travailleurs" mais bien "des travailleurs eux mêmes"
      Et c’est de là que je suis reparti avec en plus chevigné au corps ,une morale et des principes.
      Alors ?alors construire une orga MAIS travailler à faire surgir dans le monde des exploités le besoin d’agir et d’intervenir sur TOUT ce qui concerne leur vie et d’abord sur les lieux d’exploitation et ne jamais se substituer à la classe .
      c’est en pratique la recherche sytématique dans les luttes de l’auto organisation et laconvergence anticapitaliste ,et l’affirmation que nous pouvons et devons dés maintenant nous exploités ;diriger collectivement l’économie dans une vision socialiste et ecologique .
      ceci bien entendu avec l’aide de la théorie qui nous prouve que c’est la capitalisme qui est responsable de nos maux et que c’est par son éradication (expropriation sans indemnités,ni rachat,) qu’adviendra une sociéte socialiste .

    • ALAIN , merci pour ces précisions , même si je conserve mes opinions sur SEVE et d’autres qui ont gagné leur notoriété grace au parti qui leur ouvrait largement les colones de l HUMA , d ECOPO et autres revues et qui à mon avis ont par manque de volonté politique et de courage pris trop tardivement leur distance avec le PCF alors que s ils avaient affiché publiquement leurs désaccords et s ils avaient quitté plus tôt le parti cela aurait été autrement bénéfique au mouvement communiste que leurs petites magouilles opositionnelles internes .

      je ne vais pas bien sûr me comparer à SEVE et à d ’autres " dissidents "du parti
      mais en tant que secrétaire de ma cellule et membre du bureau de la section d ORLEANS , j ai toujours exprimé mes désaccords , cela m’ a bien sur valu de me voir retiré mes responsabilités et d’être victime d une cabale ( PALAO est devenu soc dem) de plus les communistes de l UD/CGT ont cherché à m’éliminer, sans succès car j ai reçu le soutien de les collègues , des listes pour les élections syndicales .
      je ne regrette rien , j ai ma conscience pour moi et je peux aujourdhui critiquer en toute liberté un parti auquel je n ai jamais servi la soupe et auquel je ne dois aucun avantage .
      Alors tu vois je ne partage pas la partie de la lettre de SEVE dans laquelle il s en prend personnellement à KANAPA et donc à MARCHAIS , c est un peu facile et même un peu lâche aujourdhui , je préfèrerais que SEVE nous explique pourquoi il est resté dans ce parti qui selon sa description ressemble à un panier de crabes , cela serait autrement utile pour nous éviter de faire les mêmes erreurs demain .
      car je suis tout à fait d’accord avec toi pour dire que ce dit SEVE dans cette lettre peut servir à " ... comprendre des cheminements de dirigeants d’alors permet selon moi , ce qui doit être en rupture totale quand aux modes de fonctionnement de l’orga que nous créerons ..."

      OUI , il faut du neuf et en finir avec les dirigeants de droits divins .

      AMITIES COMMUNISTES

    • Au vu des résultats du 10 mai 81,et avec l’annonce que le PCF irait au gouvernement,je décidai de quitter sur le champ mon parti
      Oui j’ai démissioné le 10mai 81 !!!

      Personnellement -tu pourrais merépondre"mieux vaut tard que jamais", et "tous comptes faits" (non sans douloureuse remise en cause de ma vie militante)- je pense que ce n’est même pas en signant le PCG en juin72( la participation de 81 n’en fut qu’une des conséquences , jedis cela en reconnaissant mon vote" de désistement révolutionnaire de 81"-chutt- ),
      .... que le Parti rompit avec ce qu’on pouvait"espérer "dune Organisation marxiste.

      Le PCn’a jamais été communiste, pas plus d’ailleurs que ses"concurrents trotskystes"

      Aucune organisation se réclamant du communisme n’accepta ce que tu soulignes à juste titre comme "fondamental"

      "l’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux mêmes"

      NON ?

      Une des raisons, je pense de cette situation -mais nous pourrons continuer là-dessus car après demain je compte pondre un "papier" pour continuer à "fouiller" notre histoire-

      ...... c’est que la Revolution d’ OCTOBRE ne pouvait conduire, dans le mouvement ouvrier encore en deuil de la COMMUNE, qu’à du copier-coller de léninisme..qui s’était affranchi des "fondamentaux marxistes"....

      Cordialement

      A.C

    • Votre discussion sur le passé du PCF me donne l’envie de citer quelques anecdotes qui ont contribué à forger ma vision de ce parti. A un niveau "ras des pâquerettes", par rapport à votre discussion, mais ça existe aussi. Les errances et interrogations actuelles des idées "rouges" poussent à se retourner vers le passé, son passé, pour essayer de comprendre et de trouver de nouvelles réponses.
      Tout ceci n’a peut-être aucun intérêt...

      Le contexte, puis 3 anecdotes de mes rencontres avec le PCF.

      Mon père était au PCF lorsque j’étais tout gamin.

      Puis il est resté longtemps compagnon de route, pas directement actif (plutôt syndicaliste), mais soutien total des positions du PCF. Durant cette phase on a fini par décider de ne plus parler politique car ça dégénérait systématiquement en engueulade. J’étais ado, sympathisant de la LCR, il était totalement convaincu que j’étais proche de la LCR pour le faire chier (alors que tout simplement cette orga, que j’ai découverte en lisant les unes de Rouge au kiosque de la gare, disait ce que je pensais tout seul dans mon coin).
      Même si des doutes traversaient son esprit, il estimait qu’en tant "qu’intellectuel" (prof d’éducation physique !) il avait forcément tort par rapport aux ouvriers qui dirigeaient (il le pensait) le Parti, et forcément tort en tant qu’individu par rapport au collectif du Parti. Cette dévotion l’amenait à croire dur comme fer que les pays de l’Est étaient un paradis "autogestionnaire" au service du peuple...

      Puis il a rompu, s’est vaguement rapproché de la LCR/Besancenot, aujourd’hui il est mi dubitatif mi désabusé. Mais c’est un vrai communiste, non par une carte à un parti, mais par sa pensée et sa pratique.

      Anecdote 1 : à 12 ans, en 5ème, je n’avais pas encore viré ma cuti, je défendais auprès de mes copains l’invasion russe en Tchécoslovaquie. Je répétais avec une confiance aveugle ce que j’entendais chez moi, j’expliquais que c’était les bourgeois qui voulaient reprendre le pouvoir et qu’il fallait bien résister...
      Je rentrais souvent du collège en stop (c’était la campagne), et je ne comprenais pas pourquoi, alors que le PCF faisait 25% des voix, il n’y avait pas (loin de là) une voiture sur quatre qui s’arrêtait pour me prendre... ???? (ça m’interpelait... Qu’est-ce que le Communisme ?)

      Anecdote 2 : incité par mon père, vers 14 15 ans, j’ai assisté à une réunion organisée par les JC sur le thème de la Révolution portugaise. A part moi touriste, il y avait dans la salle les JC et un petit groupe de "mao-stal" (Front rouge).
      Ce qui m’a frappé, informé et écoeuré, c’est que pour "écraser" et ridiculiser les arguments des "gauchistes", le chef des JC à la tribune éclatait régulièrement d’un gros rire pas du tout spontané qui était repris en choeur par tous les JC obéissants de la salle. Sans parler du fond (je crois bien que les "gauchistes" avaient raison), j’ai trouvé ces méthodes insupportables.

      Anecdote 3 : à 17 ans je me suis retrouvé dans une faculté de médecine, je n’y ai fait que quelques mois, le temps de monter un "comité rouge" d’une trentaine de personnes. Régulièrement je croisais les étudiants de l’UEC, et on discutaillait. Ils avaient pour leader une jeune étudiante, fille d’un mandarin de la fac, grand ponte professeur de médecine et grand ponte du PCF.
      Un jour qu’on polémiquait, elle me balance comme argument final :
       T’as pas lu "La maladie infantile du communisme, le gauchisme" ?!
      Non, je n’avais pas lu (d’ailleurs je n’ai quasiment rien lu, je suis ignare sur le plan théorique), donc je suis resté comme un rond de flan... J’ai emprunté le livre, je l’ai lu, me disant que j’allais peut-être y trouver en quoi je me plantais éventuellement. Or j’y ai plutôt trouvé de quoi me conforter, le gauchisme dont parle Lénine n’avait rien à voir avec les positions défendues par la LCR et son petit sympathisant. Je vais voir la nana, je lui dis que j’ai lu le livre, que je ne vois pas en quoi elle a pu y trouver des arguments contre mes positions, et là benoitement elle me dit :
       En fait moi je ne l’ai jamais lu...(!!!!!)
      Le titre lui suffisait pour être convaincue que les "gauchistes" étaient le fruit d’une maladie infantile.
      Ma religion était désormais faite...

      Chico

    • chico , tes anecdotes comme tu dis , ne sont pas au raz des paquerettes , elles illustrent parfaitement ce qui fût un défaut majeur de pratiquement tous ceux qui avait un brin de responsabiilté dans le parti : une croyance quasi religieuse de tout ce qui émanait de la direction , de ce qui était écrit dans l’huma , et dans les études théoriques des intellectuels du parti , l ’arguement massu fréquemment utilIsé étant "nous ne pouvons avoir tort puisque ce que nous défendons découle d ’une analyse scientifique de la société ..."

      alors aujourdhui , lorsque des ex-dirigeants du parti qui ont toujours approuvé cette ligne ou au mieux l’ont critiqué mollement pour ne pas perdre leur petit pouvoir et leur petite notoriété , critiquent cette partie de l histoire du PCF qu’ils le veuillent ou non ils ont contribué à construire , celà m ’ énerve au plus au point .

      Et même s ’ils s agit d’intellectuels marxistes de grande qualité comme SEVE ou MARTELLI ou des dirigeants comme ZARKA , BRAOUZEC ET cie , j ai envie de leur dire , un peu de pudeur , la meilleure des choses que vous pouvez faire si vous avez un peu de dignité , c ’est de la fermer .

      Tout comme je n ’attends plus rien des militants de base qui restent au PCF , tout en le critiquant ; comme le SARTON d AUBAGNE , je n ’ ai pas besoin des analyses de ces retardataires touchés par la grâce pour savoir que le parti n est rien et que se sont les masses qui font l’histoire .

    • Même si des doutes traversaient son esprit, il estimait qu’en tant "qu’intellectuel" (prof d’éducation physique !) il avait forcément tort par rapport aux ouvriers qui dirigeaient (il le pensait) le Parti, et forcément tort en tant qu’individu par rapport au collectif du Parti.

      Moi si j’avais dit un truct de ce genre à mon père, j’aurais pris une baffe et je ne l’aurais pas volée....

    • Nous avons tous des anecdotes qui finalement expliquent une partie du déclin du PC.
      La plus amusante et en rapport avec le rappel de Sève sur l’émancipation des travailleurs par eux-même est celle racontée par Krivine, dans son dernier bouquin . Il faisait meeting, à Toulouse je crois, et avait parlé de contrôle ouvrier.
      Dans la discussion un camarade du PC lui-dit en gros
      "Vous les gauchistes, vous parlez de contrôle ouvrier, mais n’avez pas l’expérience. Cela fait des dizaines d’années que le Parti essaie de contrôler les ouvriers."

    • anecdocte aussi,meeting avec Marchais que je soutenais à l’époque ,ça devait être en 70 ou71 ,rare meeting avec questions de la salle et voilà un type qui pose une question sur l’autogestion et voila JOJO qui répond :"ha oui imaginez les ouvriers de Renault qui décident de faire des casseroles !!!"
      Rire dans la salle,mais même en soutenant Marchais je me suis senti un peu mal à l’aise de la stupidité de la réponse.

    • Bon on est d’accord sur l’essentiel à savoir que sans action collective éffective et directe du prolétariat ce qui ne veut pas dire sans orga rien de révolutionnaire ne se fera.

      Je ne suis pas sûr de comprendre cela :
      "c’est que la Revolution d’ OCTOBRE ne pouvait conduire, dans le mouvement ouvrier encore en deuil de la COMMUNE, qu’à du copier-coller de léninisme..qui s’était affranchi des "fondamentaux marxistes"....
      "
      Quand au sortir de la guerre civile la classe ouvriére ne fait même plus 5% il restait pas 36 solutions.
      Ou un volontarisme pour attendre des jours meilleurs en reconstruisant cette classe mais cela a echoué,c’est la bureaucratie qui s’est constituée en couche dominante
      Ou un abandon du pouvoir pur et simple genre constituante ;
      Qu’aurais je fait à l’époque ?
      franchement 45 ans apres la commune quel révolutionnaire aurait abandonné le pouvoir politique alors que la victoire militaire était acquise ?

      développer une démocratie des soviets est une autre voie ,là peut être était la solution ,mais comment faire vivre des soviets quand il y a 5% à peine d’une classe révolutionnaire ?

      Et si parfois les temps étaient murs pour l’idée mais pas pour sa réalisation ?

    • Et pourtant est-ce si stupide de savoir qui doit décider de ce qu’on va produire ? En 77 Ratier-Figeac (700 employés) est en crise (fin de programme Caravelle) ; la CFDT, 100% autogestionnaire à l’époque, propose la diversification vers la quincaillerie, la CGT refuse. Aujourd’hui l’entreprise tourne plein pot pour l’aéronautique et a essaimé dans le secteur (1500 employés)......

    •  :)

      Tu dis :

      en 70 ou71 ,rare meeting avec questions de la salle

      Non, non..Il y eut la période ou nous organisions partout de vrais meetings débat.Si ma mémoire est aussi bonne que certains copains me l’affirment, tous étaient annoncés par une affiche"Dites moi, M. MARCHAIS"..
      La "tribune" répondait à de vrais questions et mes amis"gauchistes d’alors surnommés par certains JC "Laligaléon " se régalaient de pouvoir titiller "les stals" et se" faireJOJO", en revenant inlassablement sur notre trahison de mai68, voire sur notre capitulation face auK en 36 ou 45...Bref, du grand classique

      En 2004 à la Fête del’Huma qu’est ce quon s’est marré avec KRIVINE, au stand des postiers duCentre de Tri de Bègles, en lutte , en nous remémorant ces temps de cerises rouges..avant que les épines roses ne viennent écorcher les mains de lutteurs, empoisonnant leurs vies...

       Pour en revenir à cette réunion du début des années 70, une question étant venu sur notre rapport aux libertés, à une possible alternance si nous arrivions au pouvoir, sur le pluralisme politique et syndical etc etc.., j’avais pris ma part dans une réponse en insistant sur ce que nous définissions comme un "socialisme à la française"..

      (C’était avant la tenue du 22° congrès de février 76..ou Georges fit pâlir dans la tribune réservée aux délégs étrangères uncertain KIRILENKO -j’étais,de ma place,.. les yeux fixés sur les camarades soviétiques -)

      Pour la première dans l’histoire des Congrès du PCF, nous insistions autant sur ce qui fondait notre analyse de possible marche au socialisme par une étape de"démocratie avancée", une voie excluant le besoin d’affrontement que la jeune URSS et le PCUS avaient vécu..

      Les anciens cocos de l’époque qui passent ici, se souviendront que Marchais avait cité ce fameux texte de NERUDA que j’emprunte sur la table de chevet d’un gardois... pigeon bleu resté rouge..

      http://lagaffe.canalblog.com/

      Je ne dirai pas demain au curé de El Tabo : « Vous n’allez plus baptiser personne car vous êtes anticommuniste. » Je ne dirai pas à l’autre : « Je ne vais pas publier votre poème, votre création, car vous êtes anticommuniste. » Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédé par une règle, par un mot, par une étiquette. Je veux qu’on puisse entrer dans toutes les églises, dans toutes les imprimeries. Je veux qu’on n’attende plus jamais personne à la porte d’un hôtel de ville pour l’arrêter, pour l’expulser. Je veux que tous entrent et sortent en souriant de la Mairie. reste

      Bref..pour revenir à cette réunion en MEDOC qui avait rassemblé énormément de monde...un vieux copain nonagénaire, ex FTP, qui m’"aimait bien" me pris par la manche alors qu’on repartait ..et, à voix basse :

      "Putain, Alain, chapeau..Tu leur en a mis plein la vue avec leurs conneries sur les libertés..Bien joué, on les endort !! ces cons s’imaginent qu ’on va se laisser "empapaouter "si on prend le Pouvoir"

       :)

      J’ai toujours pensé qu’en fait, la majorité des adhérents du Parti d’alors (disons de 1920 aux années 80) étaient persuadés , comme beaucoup de copains qui postent ici et n’insistent pas tropsur ces aspects..que la Révolution, le processus Communiste, c’était obligatoirement lié à un ensemble de mesures muselant ceux qui pourraient nous combattree et donc, "nous" vaincre,
      " revenir , revanchards , aux affaires", En raison d’élections qui n’auraient leur place dans la lutte des classes...qu’à condition qu’on les gagne !

      Je charrie un peu..mais......

      Personnellement , mon engagement d’aujourd’hui, hors d’un P.C qui ne peut jouer aucun rôle positif pour la classe ouvrière-AU CONTRAIRE, osé-je-, reste en phase avec ce texte de Pablo NERUDA, "presente para hoy y para siempre"..comme le scandèrent ses proches , ses camarades en le conduisant au tombeau, entre une haie meançante de nervis de PINOCHET..

      http://www.ina.fr/fresques/jalons/fiche-media/InaEdu01677/abonnement

      Je ne veux plus que quiconque fuie en gondole, que quiconque soit poursuivi par des motos. Je veux que l’immense majorité, la seule majorité : tout les monde puisse parler, lire, écouter, s’épanouir. Je n’ai jamais compris la lutte autrement que comme un moyen d’en finir avec la lutte. Je n’ai jamais compris la rigueur, autrement que comme un moyen d’en finir avec la rigueur. J’ai pris un chemin, car je crois que ce chemin nous conduit tous à cette éternité permanente

      A.C

    • Je ne suis pas sûr de comprendre cela :
      "c’est que la Revolution d’ OCTOBRE ne pouvait conduire, dans le mouvement ouvrier encore en deuil de la COMMUNE, qu’à du copier-coller de léninisme..qui s’était affranchi des "fondamentaux marxistes"...

      Demain , anniversaire delaGrande REVOLUTION d’OCTOBRE17, je développerai car ce lien Marxisme- Léninisme puis , à TOURS l’"importation de ce quialongtemps constitué une rééfrence théorique baptisée"marxisme léninisme" constituent, selon moi, la tragique méprise expliquant que le COMMUNISME n’a jamais et nulle part été synonyme de l changement DE Société , REEL, DURABLE, pour que l’avenir soit, comme le dit Eluard ."le BONHEUR et rien d’autre""

      @ demain..

    • Et pourtant est-ce si stupide de savoir qui doit décider de ce qu’on va produire ?

      Aucun rapport avec ce que raconte 193 157 ni avec ce qu’a dit Marchais.

      C’est lui qui amalgame, en cherchant à la ridiculiser, autogestion et choix de ce qui va être produit, bagnole ou... casserole. Quel niveau ! (c’est un cas...)

      En Yougoslavie, il y avait un socialisme qui se disait (et était un petit peu) autogestionnaire. Tu crois vraiment que les travailleurs de chaque usine yougoslave décidaient du produit qu’ils allaient fabriquer ?

      Tu as raison, décider de ce qui est produit est un truc sérieux, trop sérieux pour laisser ça aux travailleurs, vaut mieux que ce soit les capitalistes et le marché qui décident.

      L’intervention de Marchais et la tienne ont ceci de commun qu’on est dans la caricature, pas dans le débat.

      Chico

    • Merci AC pour cette video.
      Ne la ratez pas :
      En octobre 1973, à trois semaines du coup d’Etat,
      100 personnes bravent la dictature,
      lors de l’enterrement de Pablo Neruda.
      http://www.ina.fr/fresques/jalons/fiche-media/InaEdu01677/abonnement?video=InaEdu01677

    • Les mots magnifiques de Neruda, le courage de ses amis chantant l’Internationale sous le fascisme risquant certainement la prison, la torture, la mort mais pour un témoignage inoubliable.

      Le courage, pour nous qui risquons encore peu, que serait-il ?
      Peut-être est-ce déjà, comme eux, de se dire qu’il faut toujours faire même si nous avons peu de chance de voir le résultat car le temps nous est compté mais l’histoire continue.

      Merci.

  • Au milieu du XXe siècle et dans un pays comme la France, cette façon de comprendre la voie révolutionnaire vers le communisme était d’évidence obsolète, et c’est ce qu’a posé en 76 le 22e Congrès. Mais il l’a fait (drame de l’insuffisance de pensée théorique de la politique) en abandonnant la dictature du prolétariat sans se mettre à élaborer activement en pensée et en acte la stratégie révolutionnaire alternative dont il était évidemment besoin (carence qui nous a valu de constantes et percutantes critiques de gauche, que nous nous sommes imaginé anéantir en faisant observer qu’elles étaient incapables de produire l’alternative positive nécessaire, ce qui était fort vrai mais ne changeait rien à notre propre carence).

    Tout est là, sauf que Sève, qui, lui aussi, a accompagné, consciencieusement, cette démarche n’a, comme Marchais, et les autres, jamais, dans la critique du stalinisme, dépassé les limites du rapport K. Sa position sur la "dictature du prolétariat" est éloquente. Jamais ces camarades ne se sont demandé si les ressorts des dramatiques travers du stalinisme étaient ailleurs que dans le "culte de la personalité", ou dans le subconscient de Staline lui-même, ou bien dans la "dictature du prolétariat". Jamais le choix des années 20 (NEP/socialisme dans un seul pays) n’a été, par aucun des dirigeant du PCF, remis sur le tapis.