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Extraits - LENINE "La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky"

par via LL

Publie le samedi 29 décembre 2012 par via LL - Open-Publishing
5 commentaires

"(...) La dictature est un pouvoir qui s’appuie directement sur la violence et n’est lié par aucune loi.

La dictature révolutionnaire du prolétariat est un pouvoir conquis et maintenu par la violence, que le prolétariat exerce sur la bourgeoisie, pouvoir qui n’est lié par aucune loi.

Et c’est cette vérité toute simple, claire comme le jour pour tout ouvrier conscient (représentant la masse, et non les couches supérieures de cette canaille petite bourgeoise achetée par les capitalistes, que sont les social impérialistes de tous les pays), c’est cette vérité évidente pour tout représentant des exploités en lutte pour leur affranchissement, et indiscutable pour tout marxiste, que nous sommes obligés de « conquérir de haute lutte » sur le savantissime M. Kautsky ! Comment expliquer cela ? Par cet esprit de servilité dont sont imbus les chefs de la II° Internationale, devenus de méprisables sycophantes au service de la bourgeoisie.

D’abord Kautsky triche en affirmant cette chose évidemment absurde, que le sens littéral du mot dictature est dictature d’un seul individu ; puis partant de cette falsification ! il déclare que, « par conséquent », l’expression de dictature d’une classe chez Marx n’a pas son sens littéral (mais celui d’après lequel dictature signifie conquête « pacifique » de la majorité sous la démocratie bourgeoise, remarquez le bien, et non violence révolutionnaire).

Il importe de distinguer, voyez vous, entre « état de choses » et « forme de gouvernement ». Distinction singulièrement profonde, tout comme si nous « distinguions » entre l’« état » de bêtise d’un homme qui raisonne sans intelligence et la « forme » de ses bêtises !

Kautsky a besoin de présenter la dictature comme un « état de domination » (c’est l’expression textuelle qu’il emploie à la page suivante, p. 21), parce qu’alors disparaît la violence révolutionnaire, la révolution violente. L’« état de domination » est un état qui implique l’existence de n’importe quelle majorité sous... la « démocratie » ! Grâce à ce frauduleux tour de passe passe, la révolution disparaît tout bonnement.

Mais la fraude est par trop grossière, et elle ne sera d’aucun secours à Kautsky. Que la dictature implique et signifie un « état » de violence révolutionnaire si désagréable pour les renégats d’une classe contre une autre, c’est là une vérité qui « crève les yeux ». L’absurdité de la distinction entre...état de choses...et...forme de gouvernement...apparaît en toute netteté. Il est triplement stupide de parler ici de forme de gouvernement, car le premier gamin venu sait que monarchie et république sont deux formes différentes de gouvernement. Il faut démontrer à M. Kautsky que ces deux formes de gouvernement, l’une et l’autre, comme du reste toutes les...formes de gouvernement...transitoires en régime capitaliste, ne sont que des variétés de l’État bourgeois, c’est à dire de la dictature de la bourgeoisie.

Enfin, parler de formes de gouvernement, c’est falsifier sottement, mais aussi d’une façon grossière, Marx qui parle ici, en toute clarté, de la forme ou du type de l’État, et non de la forme de gouvernement.

La révolution prolétarienne est impossible sans la destruction violente de la machine d’État bourgeoise et son remplacement par une nouvelle qui, selon Engels, « n’est plus un État au sens propre du mot [2] »."

Extrait de Lénine "La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky".

http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110b.htm

Messages

  • J’ai remis un extrait de ce texte (assez daté en général mais contenant aussi de très beaux passages "théorico-pratiques" ) suite à d’autres conversations, ailleurs, parce que c’est dans cet ouvrage-là que Lénine (que je ne prends pas pour un prophète mais "seulement" pour ce qu’il est, c’est à dire, pour un théoricien brillant de la révolution et du communisme, parmi d’autres) énonce que seules la vérité et la clarté sont révolutionnaires ....

    Également parce que c’est un des rares ouvrages de Lénine à traiter directement et aussi en profondeur du sujet "dictature du prolétariat", révolution prolétarienne. Et que c’est NOTRE sujet, de plus en plus brûlant.

    Florange, PSA, taxe à 75 % etc etc... J’en PASSE.

    Ma question pour 2013 est la même qu’en 2012 (et qu’en 2011, et qu’en 2010....) : qu’attendons-nous encore de l’État et de ses différents appareils ? Qu’avons-nous encore à attendre des INSTITUTIONS ?

    Va-t-il suffire de les "toiletter" comme proposent certains avec leurs "nouvelles républiques" ?

    (Question subsidiaire rappelée ailleurs : le pis-aller est-il un bon principe révolutionnaire ?)

    Question annexe - un peu urgente - : Est-ce que l’on doit attendre que, comme chez nos camarades de Grèce, les nazis occupent des sièges au Parlement ET EN PRIME, aient le droit d’y porter leur arme ?

    On ne les entend pas là, les pleureuses habituelles qui poussent des hauts cris sur la violence prolétarienne, pour pousser les mêmes cris sur la violence qu’exercent les nervis fascistes du Capital contre les étrangers, les femmes, contre même leur "démocratie"... Ou sont les agents idéologiques du Capital quand il faut dénoncer la violence des FASCISTES ?

  • Autre citation du même chapitre du même ouvrage : "(...)En définissant ta dictature, Kautsky s’est appliqué de toute son énergie à cacher au lecteur le trait dominant de ce concept, savoir : la violence révolutionnaire. Et maintenant la vérité s’est fait jour : il s’agit de l’opposition entre révolution pacifique et révolution violente.

    C’est là que gît le lièvre. Subterfuges, sophismes, falsifications, Kautsky a besoin de tout cela pour esquiver la révolution violente, pour voiler son reniement, son passage du côté de la politique ouvrière libérale, c’est à dire du côté de la bourgeoisie. C’est là que gît le lièvre.

    L’« historien » Kautsky fausse l’histoire avec tant de cynisme qu’il « oublie » l’essentiel : le capitalisme prémonopoliste, dont l’apogée se situe précisément entre 1870 et 1880, se distinguait, en raison de ses caractères économiques primordiaux qui furent particulièrement typiques en Angleterre et en Amérique, par le maximum toutes proportions gardées de pacifisme et de libéralisme. L’impérialisme, lui, c’est-à dire le capitalisme de monopole, dont la maturité ne date que du XX° siècle, se distingue, en raison de ses caractères économiques primordiaux, par le minimum de pacifisme et de libéralisme, par le développement maximum et le plus généralisé du militarisme. « Ne pas remarquer » cela, quand on examine jusqu’à quel point la révolution pacifique ou la révolution violente est typique ou probable, c’est tomber au niveau du plus vulgaire laquais de la bourgeoisie.

    Deuxième subterfuge : la Commune de Paris a été la dictature du prolétariat ; or, elle a été élue au suffrage universel, c’est à dire sans que la bourgeoisie ait été privée de ses droits électoraux, c’est à dire « démocratiquement ». Et Kautsky de triompher : ... « Pour Marx (ou d’après Marx) la dictature du prolétariat était un état de choses qui découle nécessairement de la démocratie pure, le prolétariat formant la majorité » (bei überwiegendem proletariat, S. 21).

    Cet argument de Kautsky est si plaisant que, réellement, on éprouve un véritable embarras de richesses [3] (dans le choix... des objections). Tout d’abord, on sait que la fine fleur, l’état major, la crème de la bourgeoisie s’était enfuie de Paris à Versailles. A Versailles se trouvait le « socialiste » Louis Blanc, ce qui dévoile d’ailleurs la fausseté des affirmations de Kautsky, selon lesquelles « tous les courants » du socialisme participaient à la Commune. N’est il pas ridicule de présenter comme « démocratie pure » avec « suffrage universel » la division des habitants de Paris en deux camps belligérants, dont l’un réunissait toute la bourgeoisie militante et politiquement active ?

    En second lieu, la Commune luttait contre Versailles, en tant que gouvernement ouvrier de France contre le gouvernement bourgeois. Que viennent faire ici la « démocratie pure » et le « suffrage universel », puisque c’était Paris qui décidait du sort de la France ? Quand Marx estimait que la Commune avait commis une faute en ne s’emparant pas de la Banque de France, qui appartenait au pays tout entier [4], s’inspirait il des principes et de la pratique de la « démocratie pure » ? ?

    En vérité, on voit que Kautsky écrit dans un pays où la police interdit aux gens de rire « en chœur », sans quoi le rire l’eût tué.

    Je me permettrai, en troisième lieu, de rappeler respectueusement à M. Kautsky, qui connaît par cœur Marx et Engels, le jugement suivant d’Engels sur la Commune, au point de vue ... de la « démocratie pure » :

    « Ont ils jamais vu une révolution, ces messieurs » [les anti autoritaires] ? « Une révolution est à coup sûr la chose la plus autoritaire qui soit, un acte par lequel une partie de la population impose à l’autre partie sa volonté à coups de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires s’il en fut. Force est au parti vainqueur de maintenir sa domination par la crainte que ses armes inspirent aux réactionnaires. Est ce que la Commune de Paris aurait pu se maintenir plus d’un jour si elle ne s’était servie de l’autorité d’un peuple en armes contre la bourgeoisie ? Ne pouvons-nous pas, au contraire, la blâmer de ce qu’elle ait fait trop peu usage de cette autorité ? [5] »"

  • A l’occasion on peut (re)lire aussi cet ouvrage majeur de Rosa (Luxemburg) "Réforme sociale ou révolution" http://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1898/index.html

    Ce passage par exemple :

    " (...)Depuis qu’il existe des sociétés de classe et que la lutte des classes constitue le moteur essentiel de l’histoire, la conquête du pouvoir politique a toujours été le but de toutes les classes ascendantes ainsi que le point de départ et le point d’aboutissement de toute période historique. C’est ce que nous constatons dans les longues luttes de la paysannerie contre les financiers et contre la noblesse dans l’ancienne Rome, dans les luttes du patriciat contre les évêques et dans celles de l’artisanat contre les patriciens dans les villes du Moyen-âge, ainsi que dans celles de la bourgeoisie contre le féodalisme dans les temps modernes.

    La réforme légale et la révolution ne sont donc pas des méthodes différentes de progrès historique que l’on pourrait choisir à volonté comme on choisirait des saucisses chaudes ou des viandes froides au buffet, mais des facteurs différents de l’évolution de la société de classe, qui se conditionnent et se complètent réciproquement, tout en s’excluant, comme par exemple le pôle Sud et le pôle Nord, la bourgeoisie et le prolétariat.

    À chaque époque, en effet, la constitution légale est un simple produit de la révolution. Si la révolution est l’acte de création politique de l’histoire de classe, la législation n’est que l’expression, sur le plan politique, de l’existence végétative et continue de la société. Le travail légal de réformes ne possède aucune autre forme motrice propre, indépendante de la révolution ; il ne s’accomplit dans chaque période historique que dans la direction que lui a donnée l’impulsion de la dernière révolution, et aussi longtemps que cette impulsion continue à se faire sentir ou, pour parler concrètement, seulement dans le cadre de la forme sociale créée par la dernière révolution. Nous sommes là au cœur du problème.

    Il est inexact et contraire à la vérité historique de se représenter le travail de réforme comme une révolution diluée dans le temps, et la révolution comme une réforme condensée. Une révolution sociale et une réforme légale ne sont pas des éléments distincts par leur durée, mais par leur contenu ; tout le secret des révolutions historiques, de la prise du pouvoir politique, est précisément dans le passage de simples modifications quantitatives en une qualité nouvelle ou, pour parler concrètement, dans le passage d’une période historique d’une forme de société donnée à une autre.

    Quiconque se prononce en faveur de la réforme légale, au lieu et à l’encontre de la conquête du pouvoir politique et de la révolution sociale, ne choisit pas en réalité une voie plus paisible, plus sûre et plus lente conduisant au même but ; il a en vue un but différent : au lieu de l’instauration d’une société nouvelle, il se contente de modifications superficielles apportées à l’ancienne société. Ainsi les thèses politiques du révisionnisme conduisent-elles à la même conclusion que ses théories économiques. Elles ne visent pas, au fond, à réaliser l’ordre socialiste, mais à réformer l’ordre capitaliste, elles ne cherchent pas à abolir le système du salariat, mais à doser ou à atténuer l’exploitation, en un mot elles veulent supprimer les abus du capitalisme et non le capitalisme lui-même. (...)"

    • Pour Marx, la violence est la sage femme de toute vieille société qui en porte une nouvelle dans ses flancs. La violence ou la force n’apporte donc qu’une impulsion, la "grossesse" de cette nouvelle société étant les 95% de "transpiration"due a la preparation(radicalisation des luttes avec leur auto organisation,développement de l’influence de l’attrait de l’anticapitalisme, des forces s’en réclamant...)
      La lutte des classe ne connait toujours pas la péridurale.
      La strategie de La social démocratie allemande au début du XXeme s’est metamorphosee en réformisme graduel . Bernstein expliquait que le but n’est rien, tout est dans le mouvement. Dit autrement : on peut faire le méchoui sans que le mouton s’en aperçoive. Cela me fait penser à la révolution par les urnes que défend aujourd’hui Melenchon avec le front de gauche.
      Marx et Lénine employait le vocable de dictature dans le sens que lui donnait la Rome antique : le sénat romain désignait un dictateur charge de sauver la république d’un danger extérieur. Le danger ecarte, il devait rendre son tablier. La dictature du prolétariat, elle, devait construire une société sans classe et disparaître ensuite. Aujourd’hui, le mot dictature a pris un autre sens ( tyrannie)
      je préfère donc le remplacer par État socialiste, comme l’était la Commune de Paris, élue elle au suffrage universel. Mais n’oublions pas que le Comité central de la garde nationale s’est arrange pour avoir une caution légale avec la signature de maires d’arrondissement précédents pour convoquer le corps des électeurs aux urnes. C’était une combinaison de luttes légales et extra institutionnelles avant l’heure.