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L’OTAN va déployer des batteries de Patriot en Turquie
par Jean-Pierre Stroobants
Publie le jeudi 6 décembre 2012 par Jean-Pierre Stroobants - Open-Publishing
Les pays membres de l’OTAN ont approuvé, mardi 4 décembre, à Bruxelles, l’installation de missiles Patriot dans le sud-est de la Turquie, le long de la frontière avec la Syrie. Il s’agit, selon le communiqué des ministres des affaires étrangères, de "renforcer les capacités de défense aérienne de la Turquie afin d’assurer la défense de sa population, de son territoire et de contribuer à la désescalade de la crise".
Le message a été proclamé par l’ensemble des délégations et des responsables de l’Alliance : il ne s’agit, en aucun cas, du premier pas vers une opération offensive contre la Syrie. Pas même de l’ébauche d’une zone d’exclusion aérienne, même si un Patriot peut frapper en quelques secondes un missile – de croisière ou balistique – mais aussi un avion, dans un rayon toutefois limité. "Les règles d’engagement ne permettront qu’une action au-dessus du territoire de l’Alliance, et donc au-dessus de la Turquie ", insiste un diplomate de haut rang.
PROTÉGER LA TURQUIE
La réunion de Bruxelles, tenue au lendemain de révélations sur l’éventuelle préparation d’armes chimiques par le régime de Damas, a été l’occasion d’insister sur "l’urgence" de protéger le partenaire turc. "Nous n’avons pas l’intention d’intervenir militairement, mais nous ferons tout ce qui doit être fait pour la Turquie", a insisté Anders Fogh Rasmussen, le secrétaire général de l’Alliance. Comme le président Barack Obama et comme les ministres français, allemand ou britannique des affaires étrangères, il a décrit comme "totalement inacceptable" un éventuel usage par le régime syrien d’armes chimiques.
Lundi, à Prague, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, qui devait effectuer ensuite sa dernière visite à l’OTAN, avait clairement averti le président Bachar Al-Assad et évoqué une éventuelle "action" au cas où son régime se risquerait à franchir la "ligne rouge". Même si, officiellement, l’OTAN le nie, des plans d’urgence visant à anéantir l’arsenal chimique syrien ont été élaborés. Le Pentagone estimerait à 75 000 le nombre de soldats nécessaires pour une telle opération.
La réunion à l’OTAN n’a cependant pas fourni d’indications claires quant à l’état réel de cette menace. "Nous surveillons et nous avons des contacts", a seulement indiqué le ministre des affaires étrangères français, Laurent Fabius. Des sources de l’OTAN et turques confirment l’existence de récentes "activités" autour de sites syriens pouvant contenir un tel arsenal, d’origine iranienne et russe.
Des informations provenant des services de renseignement américains et européens s’appuient en partie sur des observations effectuées par les avions Awacs de l’OTAN. Elles ne résultent pas d’une mission de surveillance spécifique de la Syrie, mais des données collectées dans le cadre d’Active Endeavour, l’opération d’évaluation du risque terroriste et des armes de destruction massive menée depuis 2001 en Méditerranée. La surveillance plus générale liée au conflit en Afghanistan a fourni d’autres éléments.
M. Fabius s’est toutefois voulu prudent, évoquant "des informations à confirmer". Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, également présent à Bruxelles, a invité à "ne pas exagérer des rumeurs", même s’il a condamné tout recours éventuel aux armes chimiques. En réponse à la "surévaluation" évoquée par son homologue russe, le Belge Didier Reynders ironisait : "Il sait sans doute mieux que moi de quoi est constitué l’armement de la Syrie."
Du côté israélien, des sources diplomatiques évoquent un éventuel "bluff" du régime syrien tout en marquant leur "plus grande attention" pour tout ce qui se déroule à Damas.
Il faudra, selon les experts, entre six et dix semaines pour déployer les Patriot qui seront fournis – et payés – par les Etats-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas. Dans ces deux derniers pays, le Parlement devra donner son aval à l’opération, qui sera ensuite mise en oeuvre, évaluée et contrôlée par le commandement militaire en Europe (Saceur).
Des experts des trois Etats concernés procèdent actuellement à des études sur la meilleure localisation. Les missiles devraient être installés à proximité des villes de Malatya, Diyarbakir, Adana et Urfa. Officiellement, et contrairement à des rumeurs qui circulaient à Bruxelles, la Turquie n’aurait pas formulé de demandes concernant la protection de sa frontière avec l’Iran.
Le missile Patriot est fabriqué par la société américaine Lockheed. La dernière génération de cet armement – PAC 3 – peut atteindre 5 000 km/h. Les Patriot sont regroupés en batteries et lancés à partir de camions. En Turquie, ils devraient être placés en retrait de la frontière avec le Syrie.
Ils ne pourront toutefois couvrir l’intégralité de celle-ci, qui fait 800 km de long. Arme dite de "défense de point", le missile a un rayon d’action qui ne dépasse pas quelque 25 km. Il appartiendra à Washington, Berlin et La Haye de déterminer l’ampleur du déploiement et sa durée.





