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La justice espagnole s’attaque à “Gara”

Publie le jeudi 20 décembre 2012 par Open-Publishing

20/12/2012

Giuliano CAVATERRA

Iñaki Soto, le directeur de Gara, quotidien du Pays Basque Sud, a été inculpé hier à Madrid pour “apologie du terrorisme”. En cause, un courrier des lecteurs publié il y a quelque temps en mémoire de deux membres d’ETA morts il y a 25 ans dans l’explosion de leur bombe.

Iñaki Soto était convoqué hier à l’Audience nationale par le juge Eloy Velasco. Si dans la convocation, il lui était notifié la raison d’“apologie du terrorisme”, le directeur de Gara ne savait pas quel était le fait reproché en particulier. C’est uniquement devant le juge qu’il a appris qu’il s’agissait de la publication du courrier des lecteurs en question.

Avant lui, les six auteurs du courrier en cause avaient, à l’exception d’une jeune fille mineure, assumé la paternité de la lettre en question. Tous ont été inculpés pour “apologie du terrorisme”. Selon la loi espagnole, il aurait été possible de circonscrire la responsabilité pénale aux auteurs de la lettre. Mais le juge ne l’a pas entendu de cette oreille. De plus, durant l’audition d’I. Soto, le juge a posé de nombreuses questions sur le fonctionnement du quotidien, cherchant à obtenir les noms d’autres employés du journal. Le directeur du titre a assumé la responsabilité de la publication, à titre d’information. Il a estimé que c’était aussi son rôle de garantir la liberté d’expression.

Il semble que ce soit le parquet qui ait initié la plainte contre I. Soto. Celui-ci encourt jusqu’à dix ans de prison selon la loi espagnole.

Le parti Alternatiba et la gauche abertzale ont immédiatement dénoncé la mise en examen d’I. Soto. Pour Oskar Matute, porte-parole d’Alternatiba, il s’agit d’une “attaque en règle contre la liberté d’expression” et d’une “énième persécution judiciaire” contre des journalistes basques.

La gauche abertzale a montré sa solidarité avec I. Soto. Elle s’est indignée qu’une “nouvelle fois un média basque” soit en ligne de mire de la justice espagnole, rappelant les précédents d’Egin, Egin Irratia, Egunkaria et Ardi Beltza. Quatre médias fermés par la justice espagnole. Enfin, EA a jugé “anachronique” l’inculpation d’un journaliste pour “délit d’opinion”.

Sur les réseaux sociaux aussi, l’indignation était palpable. Sur Twitter, par exemple, un utilisateur s’étonnait que des communiqués d’Al-Qaïda anonymes puissent être diffusés et pas une lettre d’opinion signée. Un autre réclamait la mise en examen d’élus du PP qui rendent hommage à Franco.

http://www.lejpb.com/paperezkoa/20121220/378746/fr/La-justice-espagnole-s%E2%80%99attaque-a-%E2%80%9CGara%E2%80%9D