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Le Panthéon des rebelles
par José Roberto Duque
Publie le mardi 19 mars 2013 par José Roberto Duque - Open-Publishing
Les maisons où a vécu Hugo à Sabaneta et à Barinas révèlent une chose tellement répétée qu’on semblerait l’oublier : le trait essentiel qui a forgé ce caractère, c’est la pauvreté. Pauvres maisons. Pauvres écoles, champs, rues d’une enfance. Il était pauvre et son langage était simple quand il cessait de se moquer de l’Empire pour dialoguer avec nous, d’où cette manie des mauvaises blagues alors que le protocole lui commandait la modération et le respect. « Pourquoi tu ne te tais pas ? » lui lança un jour le roi Juan Carlos lors d’un sommet ibéro-américain. Parce que mon peuple est volubile, vieil imbécile, et que je suis fils de mon peuple.
En parlant d’hommages, il s’est produit il y a peu de temps quelque chose de significatif au sujet des symboles culturels que les conventions bourgeoises considèrent comme dignes de prix et de sanctifications. Le Venezuela au complet a célébré le décret de l’UNESCO sacrant Patrimoine Immatériel de l’Humanité les « Diables dansants du Venezuela”. Presque TOUS les diables dansants du Venezuela. J’ignore si ce fut le fait des proposeurs ou des décerneurs, toujours est-il que quelqu’un a écarté du lot les diables de San Hipólito. Qu’est-ce que cela à voir avec Chávez ? Beaucoup. Symboliquement, géographiquement, celui qui se rend à San Hipólito comprendra mieux Chávez et la Venezuela chaviste.
Les Diables Dansants de San Hipólito naquirent en 1810 ; ils sont, d’ailleurs, les plus anciens du Venezuela. La différence avec les diables primés est qu’alors que ces derniers possèdent un substrat catholique comme le reflète leur cérémonie (ce sont des diables soumis : ils descendent dans la rue, chantent, font la fête, mais quand le curé leur dit d’arrêter ils se vautrent, posent la tête au sol et la fête prend fin), ceux de San Hipólito en revanche sont des marrons, des esclaves en fuite, qui ne se prosternent devant personne. Leur rituel est simple, populacier et plus ou moins chaotique. Il célèbre la fête du peuple par-dessus toute idée de soumission et de genouflexion propre aux religions. Les diables arrivent sur les lieux de la fête en criant, en rameutant les gens ; démarre un rythme de « polca » (danse) qu’accompagnent quelques dévots en tissant un arbre à la manière du rite du « sebucán ». La fête se déploie avec le merengue paysan et le joropo résonne ensuite, presque toujours avec le « seis por derecho« , la « periquera » et le « pajarillo« .









