
Warren Buffet
Dans le texte « il est grand temps de rallumer les étoiles » qui servira de base commune pour le congrès du PCF, nous trouvons la citation :
Nous avons entendu que « la guerre des classes existe » et que c’est leur classe, « celle des riches » qui est en train de la gagner.
Il serait peut être utile de rappeler que cette phrase fait allusion à la citation de Warren Buffet, première fortune des Etats-Unis :
Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner.
La découverte de cette citation a été pour moi l’élément déclencheur qui m’a poussé à rejoindre les rangs des communistes.
J’ai toujours constaté autour de moi que les gens avaient généralement du mépris, qui pouvait aller jusqu’à la haine viscérale, pour les personnes dont la situation économique et sociale était inférieure à la leur. Si cela pouvait être compréhensible pour les personnes ayant un gros salaire et qui n’ont pas envie de le voir amputé pour « aider les miséreux », c’était bien plus incompréhensible de la part d’un smicard. Oui, la situation devenait aberrante lorsque ce smicard en venait à jalouser le RSA d’un inactif, lorsqu’il finissait par dire « regardez, ils ont la belle vie avec tout ce qu’ils se mettent dans les poches ». Et je me demandais alors pourquoi ce même smicard ne tenait-il pas les mêmes propos envers celui qui était « au-dessus de lui », celui qui s’en mettait réellement plein les poches. Pourquoi ne pas jalouser les deux millions de millionnaires français au lieu de s’acharner sur le million de RMIstes ?
Les RMIstes, on les accuse de tous les maux du monde ! Ils sont à la fois responsables de la faillite de la France et du système économique et sociétal : En étant de vils profiteurs de l’état providence, ils vivent finalement aussi bien, non, mieux qu’un smicard !
J’ai eu personnellement tout le temps nécessaire pour expérimenter les deux situations. Et oui, il apparaît qu’on ne vit pas beaucoup mieux avec un SMIC, en particulier lorsqu’il est à mi-temps, qu’avec le RMI. Mais le problème n’est absolument pas que l’on puisse vivre juste avec des aides sociales sans jamais travailler. Non ! le problème est que l’on ne puisse pas vivre décemment avec un emploi rémunéré au SMIC.
Le plus dramatique, c’est que cette situation ne s’arrête pas à ce seul constat. Les RMIstes, que nous sommes tentés de regarder d’un œil attendri à la suite de ce que je viens d’affirmer, ont exactement le même comportement, la même psychologie. Les RMIstes de longue durée, dont j’ai pu côtoyer un certain nombre, qui se retrouvent ballotés entre les salles d’attente de pôle emploi et les formations bidons ayant pour objet la « réinsertion dans le monde professionnel » ont également un jugement sévère et injuste envers les précaires qui ont moins de chance qu’eux. J’ai pu entendre à loisir des « on vaut bien mieux qu’eux », « ils vampirisent les alloc’ ou n’ont que la délinquance comme solution pour s’en sortir ». Lorsqu’ils affirment ces propos avec assurance, ils ne se rendent même pas compte qu’ils font tout autant partie de cette classe de « cas sociaux » qu’ils pointent du doigt…
Du haut de l’échelle sociale jusqu’en bas, le responsable désigné est toujours le même. Celui qui est vu comme empêchant le système d’être juste et équitable, celui qui est perçu comme le profiteur de cette iniquité, c’est celui sur lequel tu poses tes talons, jamais celui qui écrase ton visage avec ses pieds.
La classe politique n’a jamais était la classe dominante sous le capitalisme. La démocratie c’est une pâtée que l’on donne au peuple, mais ceux qui en font la recette sont toujours les plus riches.
Et voilà, un des plus beau représentant de cette classe dominante déclarait clairement que sa classe, celle qui contrôle tout et qui possède tous les leviers pour véhiculer ses idées, est en guerre contre… les plus pauvres.
Warren Buffet est à la fois extraordinairement riche et de surcroit citoyen d’un pays à la longue tradition anti-communiste. Alors pourquoi un homme qui fait partie d’un groupe ouvertement en guerre contre toutes formes de socialisme validerait explicitement l’analyse de Karl Marx ? La lutte des classes n’est-t-elle qu’une théorie ? Une tentative d’interprétation de la société ? Non, c’est un fait. Il serait inconcevable qu’un homme comme Buffet reprenne cette idée si elle n’était justement qu’une idée.
Buffet, en remplaçant le terme « lutte » par celui de « guerre », nous montre que cette lutte est pratiquée avec une violence destructrice, sans pitié et sans concession, par la classe dominante, sa classe.
Il en ressort donc que la haine que nous éprouvons pour ceux « d’en-dessous » n’est pas un sentiment naturel, humain. Non, cette haine est l’arme qui défend le système que les Buffet et consorts promeuvent. Elle est l’arme qui permet d’asseoir, chaque jour un peu plus, la domination de quelques milliardaires sur le reste du monde.
Cette guerre est à sens unique ! En s’appuyant sur les médias qu’ils contrôlent et en se servant habilement des politiciens à leur service, ils réussissent à imposer aux classes populaires un corpus idéologique. Ce système de valeur est imposé de façon subtil, par un embrigadement quotidien qui laisse croire que chacun est libre de penser comme il l’entend. Ainsi, Buffet et ses amis forment leurs soldats directement dans la classe qu’ils espèrent asservir complètement.
Cet embrigadement passe notamment par un vocabulaire qu’on nous impose. On nous parle d’assistanat pour désigner ceux qui ont besoin des aides sociales pour survivre ou pour prendre un nouveau départ dans la vie. De la même façon que les Hutu du Rwanda conditionnèrent les esprits pendant des années pour le génocide à venir en qualifiant les Tutsi de parasites.
Cette stratégie passe aussi par la manipulation de la vérité, en nous montrant une facette de celle-ci tout en ayant soin d’en cacher l’autre. Ainsi les médias pointent sans cesse les fraudeurs aux aides sociales car ceux-ci coûteraient des millions d’euros à l’état. Mais ils omettent de préciser que seulement 1% des bénéficiaires d’aides sociales seraient fraudeurs alors que dans le même temps 10% des entreprises fraudent et que cette fraude, elle, coûte des dizaines de milliard d’euros.
En 2011, l’intense chasse aux fraudeurs aux aides sociales a permis de réaliser une économie de 80 millions d’euros. Cette même année, la chasse aux fraudeurs à l’URSSAF permis une recette supplémentaire de… 1,2 milliards d’euros. Si nous prenons en compte le peu d’ardeur que met l’état dans la chasse à cette forme de fraude, nous devinons facilement qu’il serait plus intéressant et logique de se concentrer prioritairement sur celle-ci.
Encore quelques chiffres : près de 50% des personnes ayant le droit au RSA n’en font pas la demande. Cela représente 5 milliards d’euros qui ne sont pas redistribués. Soit dit en passant, on peut se demander pourquoi l’état ne dépense pas autant d’énergie pour trouver les ayant droits ne faisant pas leur demande de RSA que pour dénicher les fraudeurs !
Ceux qui posent un réel problème à la société, en ce qui concerne les fraudes, ce ne sont pas les « cas sociaux » mais bien les patrons. Les spécialistes ne peuvent ignorer cette réalité, la réalité est donc volontairement partiellement occultée pour servir la « guerre des classes ».
De plus, la stigmatisation des couches de la population les plus pauvres ou des communautés qu’on assimile aisément à cette couche de la population (magrébins, noirs, musulmans, roms, jeunes de banlieue…) jette les classes populaires dans le racisme. Le racisme dans les classes populaires est bien souvent rien de plus qu’une cristallisation de cette guerre des classes, mais répondant à la définition qu’en fait la classe dominante.
J’ai eu de nombreuses fois l’occasion de parler avec ce genre de personne, appartenant aux couches populaires mais se réclamant ouvertement du racisme. Le discours est toujours le même pour expliquer leur racisme. Ils ont la sensation que les étrangers ont plus facilement accès aux aides quand eux vont de galère en galère sans rien réussir à obtenir.
C’est pourquoi il est inutile de combattre le FN en l’accusant d’être un parti xénophobe. Cela revient au même que d’accuser un membre du PCF d’être communiste ou un catholique d’être croyant. Ça ne provoque que de la crispation chez l’interlocuteur qui dès lors se ferme à toutes formes de débat. Leur racisme n’est rien d’autre que l’expression de leur lutte des classes mal dirigée. C’est sur cette lutte des classes que nous devons orienter le débat. Face à ce racisme d’intérêt, nous devons leur démontrer qu’ils auraient bien plus à gagner à renverser la domination des puissants.
Lorsque nous nous entredéchirons entre nous, nous leur laissons une paix royale, pire, nous les renforçons. Nous défendons leurs intérêts au lieu de défendre les nôtres ; nous sauvegardons le système capitaliste au lieu de le jeter à terre pour le briser comme il nous brise. A chaque fois que nous prêtons nos bras aux dominants de ce monde dans leur combat contre les plus pauvres, nous les rapprochons toujours un peu plus de la victoire finale, leur victoire !
La victoire imminente dont parle Warren Buffet, ils l’atteindront le jour où ils auront réussi à convaincre tout le monde que les salauds qui profitent du système ce sont les victimes de ce même système ; que ce sont les RMIstes qui vivent sous le seuil de pauvreté en France ; que ce sont les travailleurs des pays pauvres qui travaillent pour une misère. Et pour finir des pays entiers seront stigmatisés ainsi, comme c’est déjà le cas pour la Grèce.
Il faut donc rappeler à tous que cette guerre existe vraiment, que c’est un fait ! Et que tous les jours, ils la mènent contre nous ! Ce sont eux les agresseurs, il est grand temps que nous prenions à notre tour les armes pour que cette guerre ne soit plus à sens unique et pour les empêcher de la gagner ! Prendre les armes ça ne veut pas dire faire un massacre révolvers à la main. Non, la meilleure façon de lutter contre le système qu’ils nous imposent est d’abord de s’armer idéologiquement pour s’émanciper et émanciper ceux qui nous entourent de leur embrigadement. Ça s’appelle le militantisme et c’est pour ça qu’aujourd’hui je suis communiste. Merci Warren Buffet.
Anthony Godart






Messages
1. Merci Warren Buffet, 24 décembre 2012, 09:15, par Grillon au fond de la nuit noire
Ce texte est juste et rejoint ma propre pratique quotidienne au sein du monde duquel je suis issu.
Le texte qui prétend "rallumer les étoiles", que je trouve "maniéré", un peu "éthéré", un peu rose (avec et sans jeu de mots), convient assez bien à des gens pleins de bonnes intentions que la crise si dure pour les miens, n’a pas encore réellement touchés.
Nous n’avons aujourd’hui, pas besoin d’un texte "poëlitique" pour nous "humanifester" mais d’une réflexion organisation de choc pour s’organiser pour faire face, pour agir au quotidien et rappeler que nous sommes le "nombre" en tant qu’exploités et donc potentiellement plus forts que nos adversaires.... Alors, l’espoir ne peut venir qu’en luttant, comme l’appétit vient en mangeant.
Cette citation de W. Buffet, remet les choses à l’endroit et je me permettrais de rappeler que les divisions et le racisme dans les couches populaires en France a connu un développement considérable grâce au PS au Pouvoir dans les années 80- 90 : souvenez-vous des Bérégovoy, Rocard de la politique du "traitement social du chômage" qui allait de pair avec la financiarisation et la désindustrialisation conjointes inséparables de la "construction" européenne et la main mise par la Finance internationale, à commencer par les fonds de pension américains. Mais cela n’a pas suffi pour s’apercevoir que le PS ne représente depuis tout ce temps qu’ une des deux faces de l’Oligarchie qui nous opprime, car la "gauche plurielle" revient pour nous "enfumer" à nouveau
Qu’avons-nous à attendre de cette Gauche au pouvoir qui permet aujourd’hui qu’un Tapie multicarte, ancien (ou toujours ?) complice, se remette en selle, et qui compte dans ses rangs de solides serviteurs des privilégiés, des riches pleins de morgue de mépris et de cynisme ? Ah oui, les Municipales se préparent dans une région qui cumule à la fois les plus pauvres et les plus riches et qui dérive vers une sorte de fascisation et racisme de masse sans leader. Attendons 2014, pour "rallumer" l’"étoile" du Front de gauche" sur les affiches, bien entendu, en laissant le boulot à Emmaus pour le logement, à La Croix-Rouge et à Médecins du Monde pour la santé, aux syndicats pour le travail, et j’en passe, à Brigitte bardot pour les animaux...
C’était quelques petites réflexions éparses sur l’actualité et sur le travail politicien de ceux qui de "Gauche" et de Droite attisent ou utilisent sciemment et régulièrement les haines entre exploités et l’insuffisance, voire l’impuissance d’un PCF dominé et effacé.
2. Merci Warren Buffet, 24 décembre 2012, 17:21, par °
le PCF est en difficulté (pas ses dirigeants qui vivent de mandats cumulatifs)
beaucoup de ses électeurs traditionnels en particulier les ouvriers votent désormais pour le fond de commerce de la famille Le PEN ,
( vive l’éducation et la conscience de classe et l’héritage des valeurs du communisme !!)
super gogo
3. Merci Warren Buffet, 24 décembre 2012, 18:25, par Luis
Fanch avait déjà dit l’essentiel sur le PCF
Le Titanic et les glaçons
Source : http://blog.fanch-bd.com/index.php?2012/10/04/610-la-droite-de-la-gauche
Extrait
« On peut comparer le destin du Parti Communiste Français à celui du Titanic. Il faudrait malgré tout faire subir à l’histoire d’origine quelques petites modifications. La Direction du parti remplacerait l’orchestre de violonistes. Il n’y aurait plus un seul iceberg mais une multitude de gros glaçons que le paquebot P.C.F se prendrait successivement en pleine face sans montrer le moindre signe de réaction. Imaginez qu’un petit malin ait l’idée de changer régulièrement le nom du rafiot en « Mutation », « Bouge l’Europe », « Gauche populaire et citoyenne » et enfin « Front de Gauche », en espérant le sauver du naufrage, et vous aurez une photographie assez nette de l’errance de ce parti ces dix dernières années.
Cette lente mais irréversible décrépitude peut se résumer en une seule formule : « changer constamment d’accoutrement sans jamais remettre en cause des décisions aux conséquences catastrophiques ».Pourquoi une telle attitude suicidaire ? Parce que cela fait bien longtemps que le P.C.F a fait le choix de sauver son cul plutôt que de nourrir l’espoir d’une société d’émancipation.
Lutte des places et mirage démocratique
C’est maladif. Le parti communiste continue partout où l’occasion se présente de coller aux basques du PS comme un morbac pour s’accrocher au pouvoir institutionnel. Car, qui dit pouvoir institutionnel dit pouvoir symbolique et matériel et possibilité d’entretenir l’appareil… qui ne sert plus à rien d’autre qu’à produire des petits cadres serviles… qui iront à leur tour à la chasse aux élections pour… nourrir l’appareil. Peu importe si pour cela on doit servir les pires politiques capitalistes, renforcer le système et ses injustices au lieu de le remettre en cause. Peu importe s’il faut rester cinq dans un gouvernement devenu le champion toute catégorie de la privatisation, en y apportant même une petite contribution active. On se souviendra du cher « camarade ministre » Jean Claude Gayssot, nous expliquant benoitement que l’ouverture du capital d’Air France n’avait rien d’une privatisation. Sarkozy en prendra de la graine quelques années plus tard en nous refaisant le même coup avec EDF, puis avec La Poste. L’expérience gouvernementale du P.C.F aura au moins été utile…à la droite revenue au pouvoir. En politique, la combine « Ceci n’est pas une privatisation » est devenu un classique aussi fameux que le tableau « Ceci n’est pas une pipe » en peinture.
L’expérience de la gauche plurielle et la claque de 2002 auraient du être un électrochoc conduisant à une prise de conscience. Ce fut le contraire qui se produisit. En 2004, on retrouva le P.C.F dans les exécutifs régionaux aux côtés du P.S. Dans les municipalités, même à direction communiste, même topo. A croire que le « grand parti des travailleurs » ne vivait plus que pour son grand frère social-libéral. Son orientation politique dissipait d’ailleurs toute ambiguïté sur le sujet : « tout faire pour ancrer le parti socialiste à gauche ». Franchement bandant comme projet !
Après 2005, alors qu’il avait joué un rôle incontestable dans la victoire du « non » au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, le naturel autocratique et électoraliste revenait au galop avec la tentative d’imposer Marie-Georges Buffet comme candidate unitaire de la « gauche antilibérale ». Enfin, aux municipales de 2008, son obsession de sauver ses miches poussait le PC dans les bras du Modem dans plusieurs villes et parfois dès le premier tour, comme à Montpellier. On attend avec impatience une alliance avec Dupont-Aignan ou De Villepin pour les municipales de 2014 ! Le cercle vicieux ne semble pas avoir de fin. Plus le P.C.F s’engage dans la gestion et la prostitution électorale, plus il se mange de gamelles. Plus il se vautre, plus il essaie de se faire une petite place dans les exécutifs régionaux, les conseils municipaux et autres niches bien douillettes. L’autisme guette. »
4. Le Buffet est froid, 25 décembre 2012, 15:04, par jean-yves peillard
"Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner."
Je crois que Buffet a peut-être de la haine pour la jeunesse et a aussi dit cela pour la provoquer. Il se trompe, car il est un homme du siècle passé, il est en fin de vie et a du ressentiment...jalousie...peur de la mort ?etc.
Il y a une guerre, c’est un fait, mais c’est une guerre contre la conscience qu’ils mènent depuis si longtemps, et Buffet et ceux qui "pensent" comme lui sont en train de la perdre.
1. Le Buffet est froid, 27 décembre 2012, 11:50
Il y a une guerre des classes, c’est un fait, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la gagner.
Pauvre homme , la vieillesse est un naufrage ( G de GAULLE )
la jalousie ,c’est terrible ,on s’en rend compte tous les jours
autour de nous , vibrations basses ,très basses