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Pays Basque - Les prisonniers jeûnent contre la dispersion

Publie le samedi 29 décembre 2012 par Open-Publishing
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Pays Basque - Les prisonniers jeûnent contre la dispersion

29/12/2012 - Antton ROUGET

Le Collectif des prisonniers politiques basques (EPPK) a annoncé par le biais d’un communiqué de presse (publié dans son intégralité en p. 4) qu’il allait faire de la fin de la dispersion son “premier défi”. Une série d’actions qui débute dès ce samedi par un jeûne dans toutes les prisons françaises et espagnoles est organisée en ce sens.

“Les gouvernements français et espagnol suivent leur politique de toujours [...] comme si nous étions toujours dans une situation d’affrontement armé.” Le Collectif des prisonniers politiques basques a fermement dénoncé l’attitude de Paris et Madrid qui “veulent faire du blocage de la politique carcérale un axe [...] qui irait à l’encontre du processus de paix”.

Pourtant, considère EPPK, “ils n’ont aucune excuse” politique ou légale pour maintenir la dispersion des prisonniers.

“Notre regroupement au Pays Basque ferait naître de nouvelles conditions et ouvrirait de nouvelles possibilités.” En réclamant des gouvernements qu’ils appliquent leurs propres lois sur le rapprochement, les prisonniers basques voient, au-delà des arguments humanitaires maintes fois exposés, un moyen de consolider le processus de paix : “Ce qui est en jeu n’est pas l’amélioration de notre situation ; [...] c’est la validité du processus de paix ouvert.”

Alors que les États ont adressé des fins de non-recevoir sur la question, EPPK considère que la clé viendra de la mobilisation de la société basque. Acteurs sociaux, politiques et institutionnels sont ainsi appelés à s’impliquer pour le retour des prisonniers. Le nouveau chef du gouvernement de la Communauté autonome basque, Iñigo Urkullu, est lui aussi directement interpellé dans le communiqué de presse : “Il a aujourd’hui, plus que jamais, une occasion pour en finir avec la dispersion, pour changer la politique carcérale et renforcer le processus.”

En plus du jeûne organisé ce samedi dans toutes les prisons, EPPK organise une “grève de la communication” en refusant toute visite le 12 janvier prochain, jour où une grande manifestation est convoquée à Bilbo. Enfin, pour réclamer la libération des prisonniers sous le coup de la “doctrine Parot” et de ceux conditionnables, le collectif organisera diverses actions tous les troisièmes vendredis de chaque mois.

Les interlocuteurs d’EPPK doivent par ailleurs présenter ce samedi à Bilbo le bilan de leurs entretiens avec les partis et syndicats.

http://www.lejpb.com/paperezkoa/201...

complément d’info solidarité prisonnier(e)s : http://www.herrira-uztaritze.org/

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Messages

  • Appel à la paix : bonne et mauvaise réponse

    29/12/2012 - Carole SUHAS

    Cent mille et 15 000. À elles deux, les mobilisations en faveur du respect de droits des prisonniers basques ont marqué l’année 2012.

    En janvier à Bilbo ou en novembre à Bayonne, ces chiffres historiques sont ceux de manifestations qui plantent le décor d’une paix durable en Pays Basque. Du moins aimeraient bien. Des mouvements, collectifs ou plates-formes, ont vu le jour à cet effet, en témoignent la création de Herrira ou de Bake Bidea, engagés respectivement pour les droits des prisonniers et en faveur d’une résolution démocratique du conflit en Pays Basque.

    Mais la mobilisation populaire se heurte vite à la voix des gouvernements français et espagnol qui, exhortés de toutes parts à prendre place autour de la table, ont envoyé des signaux pour le moins limpides. Mais pas vraiment enthousiasmants pour les tenants d’une sortie dialoguée au conflit basque.

    Manuel Valls, le nouveau ministre socialiste de l’Intérieur entré en fonction dès le mois de mai, a très vite trouvé ses marques et un nouveau collaborateur assidu en la personne de Jorge Fernández Díaz, son homologue au gouvernement espagnol. “La lutte contre le terrorisme”, ou le cheval de bataille commun de ces deux hommes qui peuvent se targuer de compter de nombreuses arrestations à leur actif en quelques mois seulement.

    Face à eux, l’organisation ETA qui a adressé deux communiqués aux gouvernements leur demandant de s’impliquer dans le dialogue et de cesser la logique de répression. Les deux ministres affirment ne pas vouloir négocier avant “dissolution totale et inconditionnelle” d’ETA.

    Les prisonniers malades et le “Cas uribetxebarria”

    Mercredi 8 août, les médias s’agitent. La trêve estivale n’a pas duré bien longtemps. Le matin même, le prisonnier basque Iosu Uribetxebarria, gravement malade, annonce qu’il se met en grève de la faim. Atteint d’un cancer au rein en phase terminale, il réclamait de pouvoir passer ses derniers jours hors de la prison.

    Il devra patienter pendant plus d’un mois dans sa chambre d’hôpital à Donostia pour que la remise en liberté conditionnelle qu’il réclamait soit validée par l’Audience nationale espagnole. La lutte acharnée à coups de recours, d’appel et de rapports médicaux contradictoires, a fait s’éterniser ce qu’on aurait pu qualifier de “vaudeville” si la situation n’avait pas été aussi sérieuse.

    Réactions en chaîne

    La grève de la faim de Iosu Uribetxebarria a créé l’émulation dans de nombreuses prisons françaises et espagnoles où grand nombre de prisonniers basques ont aussi cessé de s’alimenter pour preuve de leur soutien au prisonnier malade. Le débat sur la compatibilité entre maladie grave et détention s’est invité avec violence. Prenant pour exemple le cas critique de Iosu Uribetxebarria, le mouvement Herrira a taxé la politique pénitentiaire de “cruelle” et a exigé la remise en liberté immédiate des 13 autres prisonniers basques gravement malades.

    La situation a suscité de nombreuses réactions, haineuses ou solidaires. Tandis que le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, concédait que “les lois ne permettent pas que qui que ce soit meure en prison” même si le cas de Iosu Uribetxebarria le “répugnait”, le mouvement Herrira assénait de son côté qu’il n’y avait tout simplement pas “à débattre du fait de libérer ou non les prisonniers qui sont en train de mourir”.

    Les arrestations se ramassent à la pelle

    L’annonce de l’arrestation d’Aurore Martin a fait l’effet d’une bombe. Mais elle n’a pas été la seule. Depuis son entrée au pouvoir, le gouvernement Hollande, et plus particulièrement le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls – qui n’a de cesse de se féliciter des très bonnes relations qu’il entretient avec son homologue espagnol, Fernández Díaz –, compte à son actif neuf arrestations sur le territoire français (Xabier Aranburu Sagarminaga, Oroitz Gurrutxaga Gogorza, Raúl Fuentes, Iñaki Imaz, Juan Mari Mujika, Izaskun Lesaka, Joseba Iturbide, Arturo Villanueva, Aurore Martin).

    Depuis le début de l’année 2012, douze personnes auront été arrêtées par les autorités françaises, sans oublier une arrestation à Londres. Quatre autres ont été arrêtées en Pays Basque Sud et trois sous Nicolas Sarkozy. Tout cela “grâce” au fameux mandat d’arrêt européen, source de l’ire généralisée lorsqu’il est appliqué à une militante de nationalité française. Le cas Aurore Martin (qui a depuis été libérée sous caution) a cristallisé toute la tension autour de ce dossier et a illustré la fermeté de l’État français dans la “lutte contre le terrorisme” qu’il partage avec son voisin espagnol.

    Des mouvements citoyens pour la paix

    Au lendemain de la “colossale” manifestation de Bilbo en faveur des droits des prisonniers basques, le mouvement populaire Herrira naît. L’abrogation des mesures d’exception, de la dispersion, de l’isolement et du maintien en prison des personnes malades est sa vocation première.

    Beñat Zarrabeitia, l’un des promoteurs de ce mouvement qui est d’abord apparu en Pays Basque Sud avant d’être officiellement lancé en avril en Pays Basque Nord, expliquait à l’époque que Herrira “est une initiative citoyenne, indépendante des partis et organisations politiques”. Herrira veut “ramener les prisonniers et les réfugiés à la maison”.

    “Le chemin de la paix”

    Cette initiative populaire, qui s’inscrit dans la feuille de route de l’accord de Gernika et du processus de paix engagé en Pays Basque, c’est aussi la démarche engagée par la plate-forme Bake Bidea, lancée quelques mois après, en octobre. Nouveau mouvement civil en faveur du processus de paix, continuité du Collectif pour une résolution démocratique du conflit basque, Bake Bidea en est une version élargie à la suite d’événements politiques majeurs tels que le mandat d’arrêt européen et la conférence d’Aiete en octobre 2011.

    Son objectif est de poser la résolution du conflit basque sur la scène internationale et de convaincre les États français et espagnol de s’impliquer dans une résolution démocratique. Composée d’élus, de représentants syndicaux, d’associations ou de personnes “lambda”, la plate-forme organise sa première initiative le 15 décembre en Pays Basque Nord. Des experts internationaux dans la résolution de conflits, déjà présents à la conférence d’Aiete, prennent part à un forum co-organisé avec l’université de Bayonne, en partenariat avec Lokarri.

    http://www.lejpb.com/paperezkoa/201...