Accueil > Procès de Marisol et Mikel : leur prise de parole de fin de procès

Procès de Marisol et Mikel : leur prise de parole de fin de procès

Publie le jeudi 29 novembre 2012 par Open-Publishing

Jugés en appel par la Cour d’assises spéciale de Paris, Mikel Albisu, alias "Antza", et sa compagne Marixol Iparragirre, alias "Anboto", ont été condamnés à vingt ans de réclusion.

Voici leur prise de parole en fin de procès.

Terroristes. Organisation terroriste. Cela semble, dans cette salle, pour certain aller de soi. Mais nous, nous ne sommes pas des terroristes. Nous ne l’avons jamais été. Jamais l’ETA a eu la volonté d’être une organisation terroriste.

Il est important de donner un sens aux mots. Voici une définition de terrorisme, celle qui a été donnée par Kofi Annan : " Si les mots ont un sens, le terroriste, c’est celui qui frappe volontairement des populations civiles ".

ETA n’a jamais frappé volontairement des populations civiles. Alors pourquoi nous appliquer la législation antiterroriste ? Pourquoi sommes-nous devant un tribunal spécial ?

Vous connaissez l’évolution juridique des dernières décennies. Au nom de la lutte contre le terrorisme dans votre droit vous avez cumulé toutes sortes de dispositions, de dérogations, d’instances, de procédures... vous êtes arrivés à une situation où tout citoyen qui mettrait en question l’intervention du gouvernement peut être arrêté et accusé de terroriste. Votre Droit est devenu une arme contre toute dissidence.

Attribuer le terme de terrorisme à la lutte du peuple basque a été une décision politique des états français et espagnol. Qualifier ainsi notre lutte pour le droit à l’autodétermination a permis aux deux états d’appliquer à tout un peuple des mesures d’exception qui ne sont au fait que des mesures de guerre.

Les états espagnol et français se sont posés en démocraties mises en péril par ETA et c’est ainsi qu’ils nous appliquent cette législation d’exception. Législation qui permet qu’on nous traite de sous-hommes ou de sous-femmes, de sous-nation, de sous-culture... un peuple qui n’a pas droit au Droit.

Nous demandons l’AMNISTIE.

Nous demandons la libération de tous les prisonniers politiques basques.

Après plus de 50 ans de lutte armée, ETA a pris la décision de l’arrêter définitivement il y a plus d’un an. C’est peu de temps. Et c’est beaucoup. Tout a changé et rien n’a changé.

Nous ne pouvons pas avoir encore une vision posée et distancée des événements qu’on a connus lors de ces derniers treize mois, sur les initiatives que chaque partie du conflit a pris après la décision historique d’ETA. Seulement le temps nous permettra de regarder sans passion comment a répondu chaque acteur de l’affrontement à la nouvelle donne du conflit du Pays Basque.

Et, en même temps on pourrait dire que l’arrêt de la lutte armée est arrivée il y a très longtemps, qu’on parle d’événements et de faits qui datent d’une autre époque.

C’est parce qu’on sait qu’ils ne se reproduiront plus qu’on a cette sensation.

Tout a changé. Rien n’est plus comme avant le 11 octobre 2011. ETA disait dans un communiqué que l’organisation a pris tout au long de son histoire trois décisions transcendantales :

  • Celle de répondre par les armes à la dictature de Franco.
  • Celle de continuer avec la lutte armée malgré l’instauration de la démocratie parlementaire en Espagne tant que les droits fondamentaux des citoyens Basques ne seront pas reconnus.
  • Et, finalement, celle d’arrêter la lutte armée, considérant que les conditions étaient réunies pour que le Pays Basque puisse accéder à la liberté par des moyens exclusivement pacifiques.

ETA ne se cache pas. ETA ne ment pas. ETA, les militants d’ETA ont toujours les mêmes objectifs : la création d’un État indépendant et socialiste basque. Ce qui a changé depuis l’année dernière c’est que nous allons continuer notre chemin sans le recours à la lutte armée.

Prendre cette décision n’a pas été facile, les conditions pour mener le débat politique interne n’ont pas été les meilleures. C’est le moins qu’on puisse dire.

Mais cette décision de rompre avec un passé qui a donné à ETA sa marque de reconnaissance et a, à son tour, marqué l’Histoire contemporaine du Pays Basque, de l’Espagne et dans une autre mesure celle de la France et même de l’Europe a été prise.

ETA n’a pas pris cette décision dans la solitude. Des partis politiques, des syndicats, des associations, des citoyens anonymes, des instances internationales ont contribué à créer la nouvelle situation au Pays Basque.

Il y avait cette fois des raisons pour croire qu’une fois la décision prise, le processus démocratique qui auparavant avait capoté à trois reprises arriverait cette fois à bon terme. Cette fois il y avait des garanties. Même si tout le monde était conscient que le plus difficile commencerait dès le lendemain.

Le cœur du Pays Basque bat différemment et cela se sent dans les rues. C’est ce qu’on nous dit en tout cas. Nous sommes encore trop loin de notre pays pour le sentir.

Car, justement, d’un côté rien n’a changé.

On dit que deux ne peuvent pas se battre si l’un d’eux n’en veut pas. Et pourtant ! La liste des arrestations, tortures, procédures judiciaires, menaces, extraditions, situations dramatiques dans les prisons... n’arrête pas de s’allonger. On continue d’appliquer contre la résistance basque, contre la dissidence basque, qui est actuellement la deuxième option politique au Pays Basque, des lois antiterroristes, le droit pénal de l’ennemi.

Non, rien n’a changé pour nous.

Mais nous continuons à garder la conviction que la fin du conflit est plus proche. Et nous nous battons pour cela. Avec toutes nos forces, avec toute notre énergie.

Il est temps que ça change. Il est temps que chacun, que tous mettent du sien pour avancer vers la paix, qui est toujours plus difficile à obtenir que la guerre.

Il est temps des grands hommes et femmes, au Pays Basque, en Espagne et en France. Il faut saisir l’occasion et régler ce tout petit conflit qui pourrait donner un grand espoir au monde.

GORA EUSKAL HERRIA ASKATUTA !
GORA EUSKAL HERRIA SOZIALISTA !
GORA ETA !

Mikel ALBISU IRIARTE Marixol IPARRAGIRRE GUENETXEA combattants basques en prison.

Paris, Palais de Justice, le 22 novembre 2012.

http://www.herrira-uztaritze.org/index.php/proces/70-proces-de-marisol-et-mikel-leur-prise-de-parole-de-fin-de-proces

Portfolio