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Racisme anti-blanc : un débat tronqué ou le théâtre d’ombres de la lutte des ra

par Le MRAP

Publie le mardi 27 novembre 2012 par Le MRAP - Open-Publishing

Le débat actuel concernant le racisme anti-blanc et plus précisément le
procès intenté contre le MRAP ne sont, au fond, qu’un théâtre d’ombres.

Le MRAP, dans le texte d’orientation de son dernier congrès, a fait
porter l’essentiel de son analyse sur la radicalisation raciste, parmi
les plus importantes durant ces dernières décennies, à l’encontre des
populations noires, arabes, immigrées, de leurs filles, leurs fils... Il
s’est inquiété d’un réveil de l’antisémitisme, d’une islamophobie
galopante, mais également d’un racisme structurel violent, brutal, à
l’égard des Roms.

Le MRAP a également stigmatisé les fantasmes identitaires qui gangrènent
les discours politiques, médiatiques, comme autant de diversions aux
luttes sociales : un discours de race qui se substitue à un discours de
classe !

« L’enfermement identitaire (poursuit le texte d’orientation du MRAP)
émane des groupes dominants, mais se reproduit dans les groupes dominés
 : le racisme anti-blanc en représente un avatar ».

Plus de deux mois après le vote de ce document, d’aucuns se sont « émus
 » de ce que le MRAP avait évoqué le racisme anti-blanc comme un avatar
du racisme dominant, nous accusant de mettre sur le même plan les
réactions de rejet, qui seraient du ressort de l’émotionnel, lorsqu’il
s’agit de ceux qui souffrent du racisme et des discriminations, et
constituerait un système organisé d’oppression à l’encontre d’une
catégorie de la population.

Plus encore, ce que le texte d’orientation du MRAP, approuvé par son
congrès, évoquait comme un « avatar », (avatar : incarnation sous
différentes formes, métamorphose) devient, pour nos détracteurs le signe
honteux du ralliement du MRAP aux thèses du Front national.

Chacun appréciera la qualité théorique des raisonnements par analogie
qui devraient conduire à qualifier le MRAP, à l’égal de nombre de ses
détracteurs, de crypto-lepénistes, puisqu’ opposés à la guerre en
Irak... comme le Front national !

Ces mauvaises polémiques ne sont pas les nôtres. Revenons à l’essentiel
du débat.

Le MRAP n’a nul besoin de décliner les innombrables combats qu’il a
menés depuis 1949 auprès des victimes de racisme. Rappelons à tout le
moins que, parmi les derniers qu’il a initiés, certains concernaient
Brice Hortefeux, Ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, également
Ministre de l’Intérieur poursuivi devant la Cour de Justice de la
République et dernièrement Jean-Marie Le Pen, tous pour des propos
racistes contre des Arabes, des Comoriens ou des Roms. Autant de groupes
des plus dominés, victimes d’un système organisé d’oppression, aux côtés
desquels le MRAP s’engage au quotidien.

Alors, faisons une bonne fois litière des accusations infondées contre
le MRAP au prétexte qu’il voudrait mettre sur le même plan le racisme
et son cortège de discriminations, s’inscrivant dans un système, dans
un ordre social inégalitaire, et le racisme anti-blancs qui, pour
beaucoup mais pas pour tous, constitue la réaction de certains de ceux
qui vivent au quotidien des situations d’humiliations, de rejet, de
discrimination, etc.

Aujourd’hui, aucun chercheur, aucune association antiraciste de terrain
ne conteste l’existence de violences ou d’insultes à l’encontre de « la
population majoritaire » pour reprendre la terminologie de l’INED ou,
plus précisément, le groupe perçu comme dominant. Un phénomène qui
apparaît dans l’enquête « Trajectoires et origines » menée par l’INED et
à partir de laquelle travaillent encore des chercheurs.

Il nous est expliqué que 16% de « la population majoritaire » a vécu une
situation raciste. Ces chiffres, tout autant que la nature de ce
racisme, disons-le haut et fort, sont sans commune mesure avec ceux
relatifs aux populations noires, arabes, roms etc., qui subissent des
discriminations dans le travail, le logement…, ce qui n’est pas le cas
du groupe perçu comme dominant.

Mais ces chiffres commandent qu’une association antiraciste se
questionne et analyse ce que recouvre le racisme anti-blanc, les
conséquences de telles manifestations sur la racialisation de la société
et les réponses qu’elle doit apporter dans son combat universel et
indivisible contre le racisme.

Trois éléments sont constitutifs du racisme : une idéologie, des
représentations et des actes.

Aujourd’hui, personne ne conteste sérieusement l’existence de préjugés
et d’actes à l’encontre de la population perçue comme dominante - qui se
définit par rapport aux « minorités visibles » - suscités pour
l’essentiel par les frustrations vécues au quotidien.

Qu’en est-il de l’idéologie ?

Le MRAP est préoccupé par l’émergence d’un corpus de discours
communautaristes qui visent à racialiser les rapports sociaux –
c’est-à-dire à réintroduire la notion de lutte des races –, ce qui
revient à enfermer l’individu – blanc et non blanc – dans une
assignation identitaire.

Loin de disqualifier l’idéologie raciste dominante, ce corpus de
discours risque de constituer à son tour un système et, de ce fait, de
renforcer la racialisation du discours public et donc le repli et
l’enfermement identitaires.

En effet, si le MRAP analyse le racisme anti-blanc comme un « avatar »,
donc un élément marginal en termes de mobilisation et d’action, ses
détracteurs font, par contre, de la non-existence du racisme anti-blanc
un élément structurant de leur démarche qui conduit à une acceptation
tacite de la « racialisation » du discours politique et médiatique.

Voilà donc la lutte antiraciste « racialisée » : n’y aurait-il de « vrai
 » racisme que celui qui s’exercerait aux dépens des anciens colonisés et
de leurs descendants ? Qu’en est-il alors du racisme que subissent les
Juifs et les Roms ?

Qu’en est-il des manifestations de racisme entre populations également
dominées et marginalisées ? Doit-on les ignorer, donc s’interdire de les
condamner et de les combattre ?

Pour certains, il n’existe de racisme que dans un rapport
dominants-dominés. De fait, ils substituent la responsabilité
individuelle à la responsabilité collective : la société française étant
inégalitaire et les minorités visibles subissant lourdement ces
inégalités, le « Blanc » serait un dominant quelle que soit sa situation
propre et porterait la culpabilité de cet état de fait.

A ceux qui - au nom d’un déterminisme racial basé sur la couleur de la
peau ou l’origine ethnique - considèrent, comme Cl. Guéant, que toutes
les civilisations ne se valent pas, répondent, en écho, ceux qui
essentialisent « le blanc » en dominant raciste.

La situation n’exige-t-elle pas que soient analysés avec lucidité ces
risques de dérives vers une lutte des races ? S’y rallier ou s’y
résoudre ne conduirait-il pas à l’abandon des fondamentaux même de
l’antiracisme ?

L’action du MRAP, c’est aussi de donner toute son importance à la Loi de
1972 qui se fonde sur les valeurs de la République. Elle fixe les
limites du permis et de l’interdit, sans faire de distinction selon
l’origine ou la couleur de peau.

Elle a valeur de réparation pour la victime et, par la sanction,
réintroduit le coupable dans le corps social.

Le MRAP ne renoncera pas au caractère universel et indivisible de son
combat antiraciste. En identifiant à leur juste mesure les
manifestations de ce racisme, le MRAP relève le défi que lancent le
Front national et J.F Copé qui inscrivent leur démarche dans la
stigmatisation des populations immigrées.

Le Bureau exécutif du MRAP.