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Rue de la Roquette, à deux pas de chez Manuel Valls, "il n’y a plus de SDF"
par Matthieu Alexandre
Publie le samedi 27 octobre 2012 par Matthieu Alexandre - Open-PublishingSur les ordres du ministre de l’Intérieur Manuel Valls, les policiers du XIe arrondissement de Paris redoublent d’efforts pour chasser les sans-abri de la rue de la Roquette. C’est ce qu’affirme en tout cas Le Canard Enchaîné. L’Express s’est rendu sur place.
"Ils étaient sept ou huit, juste à côté de l’entrée. Parfois ils venaient dans le magasin et importunaient les clients..." 24h après les révélations du Canard Enchainé sur une supposée "directive Valls" visant à éloigner SDF et roms, la rue de la Roquette ne connaît plus ces "désagréments". Aucun SDF ou Rom sur les trottoirs, pas de mendiant à la sortie des magasins. "Depuis lundi, il n’y a plus personne", confirme un employé du Franprix.
Selon le Canard Enchainé, Manuel Valls aurait demandé au commissariat du XIe arrondissement de "nettoyer" le quartier des SDF, car l’un d’entre eux aurait importuné sa femme, Anne Gravoin. "Depuis deux semaines, les policiers passent trois ou quatre fois par jour dans la rue", affirme l’employée d’un commerce à proximité du Franprix.
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"C’est mieux comme ça", "c’est plus calme", "c’est plus propre"... Les même commentaires reviennent inlassablement dans la bouche des commerçants. Ou presque. Une voix se détache des autres. "Moi je préfère le quartier dans sa diversité, et ces gens en font parti, nous explique un employé d’une enseigne concurrente. On n’a jamais eu de problème. Les deux SDF qui vivent juste en face sont adorables. Les punks sont parfois exubérants, mais ils ne sont pas méchants." Justement, un groupe d’une dizaine de personnes, jeans troués et chiens en laisse, approchent.
Légèrement alcoolisés, ils racontent leur quotidien aux quelques journalistes présents. Certains n’ont plus le droit d’entrer dans le supermarché, même s’ils ont assez d’argent. Un autre explique qu’il vient rue de la Roquette régulièrement et confirme que, oui, il y a de plus en plus de contrôles policiers. "Moi, ça fait huit ans que je suis à Bastille. C’est un tiers de ma vie, ce quartier." Chassés, ils reviendront.
Cela ne fait que quelques minutes qu’ils sont là et déjà une voiture de police se gare. Quatre agents sortent, ne laissant guère de doute quant à leurs intentions. Deux jeunes punks sont plaqués contre le mur : contrôle d’identité, fouille au corps. Mais les forces de l’ordre ne semblent franchement pas à l’aise.
"On ne répond pas aux questions, devoir de réserve. Adressez-vous à la cellule de communication spécifique de la préfecture", assène l’un d’eux. Après seulement deux contrôles sur la dizaine de sans-abri, les policiers repartent, gênés. Seul commentaire d’une commerçante du quartier : "Ca fait deux ans que je suis ici, et malgré toutes nos demandes, il ne s’est jamais rien passé !"




