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Acteal, 10 ans de lutte contre l’impunité

Publie le mercredi 26 décembre 2007 par Open-Publishing

Acteal, 25 décembre 2007

Décembre 1997, un groupe paramilitaire, dénommé « Mascara Roja », entraîné, financé et armé par l’armée Mexicaine et la sécurité publique pénètre dans le campement de « Los Naranjos » municipe de Chenalho, Chiapas, assassinant 45 habitants, membres de l’organisation civile « Las Abejas » et en blessant 26 autres. Ceci devant une patrouille de la police d’état, située à 200 mètres de là et qui n interviendra à aucun moment. La majorité des victimes sont des enfants et des femmes, dont 4 enceintes, les autres, des vieillards.

Ce massacre présenté par Ernesto Zedillo, président du Mexique alors en exercice, comme « monstrueux et devant appeler les sanctions les plus dures. » est pourtant monté et orchestré comme prétexte idéal au renforcement militaire dans la région. De plus il cadre tout à fait avec la stratégie d attaque et de désorganisation systématique de la société civile, créant la tension suivant des motifs politiques, religieux ou sociaux jusqu’à provoquer l’affrontement dans ce cas, afin de couper les zapatistes de leurs soutiens. Dans cette logique, bientôt connue sous le nom de « guerre de basse intensité », Las Abejas constituent une cible privilégiée en tant qu organisation indigène Tzotzil, pacifiste dont les revendications en matière de terres, éducation et santé sont très proches de celles des zapatistes.

Aujourd hui, dix ans après. Bien que certains des responsables matériels du massacre aient étés condamnés et que le gouverneur du Chiapas de l époque, Julio César Ruiz Terro, ainsi que le ministre de l intérieur d alors (secretario de gobernacion), Emilio Chayffete Chemor aient étés destitués de leurs fonctions ; il est notable qu aucun des responsables intellectuels n ont étés poursuivis ni condamnés. Ernesto Zedillo lui-même est actuellement professeur de l université de Yale en matière de processus de globalisation. Dans ce climat d impunité totale la militarisation croissante du pays et la réactivation de groupes paramilitaires restent les réponses privilégiées à la tension sociale et aux revendications des peuples en lutte.

En guise d exemples récents il est possible de citer l intégration, par Felipe Calderon actuel président du Mexique, de dix mille membres de l armée de terre et de la marine à la police fédérale préventive. Cette unité anti-émeute s est illustrée l an dernier, tant à Atenco qu à Oaxaca, comme un instrument de répression particulièrement efficace. Une réforme récente prévoit également une capacité d intervention policière plus étendue avec la possibilité d intervenir dans n importe quel domicile sans mandat dès lors qu il existe une « présomption de danger imminent à la sécurité des personnes ».

C est dans ce contexte que « Las Abejas », à l occasion de la commémoration du dixième anniversaire du massacre, ont organisé les « premières rencontres nationales et internationales contre l impunité » du 20 au 22 décembre. Ceci dans le cadre de la campagne « Acteal contra la impunidad 10 y 15 » (références aux nombre d années écoulées depuis le massacre et la création de l organisation). Ces rencontres regroupèrent près de 220 personnes de 14 états du Mexique, 13 pays et un total de 53 organisations différentes (Sipaz, Fray Bartolomé, ainsi que de nombreux collectifs de soutien internationaux.).

Plusieurs intervenants animèrent la première journée avec des présentations de divers aspects de la situation actuelle. Edgar Cortes, membre du réseau de défense des droits de l homme « todos los derechos para todos » a présenté une analyse générale de la réalité nationale, soulignant par exemple les graves atteintes aux droits humains et les violations de procédures pénales dont se rendent fréquemment coupables de nombreux policiers en exercice. Ou encore signalant les investigations ouvertes par la cour suprême de justice sur les cas d’Atenco et Oaxaca et qui continuent, par leur nécessité, de démontrer l inutilité des structures judiciaires ordinaires. D’autres, comme l’anthropologue Guadalupe Morfin ou encore Itzel Silva du centre des droits de l’homme « Fray Bartolome de Las Casas » présentèrent respectivement : l’état de la justice dans les cas d assassinat de femmes à Ciudad Juarez, et le processus juridique actuel dans le cas d’Acteal.

La deuxième journée quant à elle s est articulée autour de la tenue de plusieurs tables de travail autour de sujets clés comme les nouvelles formes de justice, ou il s agissait ici d’étudier des formes autonomes de justice a développer, ou encore quelles méthodes de lutte contre l’impunité ou enfin les droits des femmes dans les cas de violence et agressions faites aux femmes. Suite à ces séances de travail, les participants se sont réunis en groupes de travail par région afin de recouper les informations et les affiner en fonction des réalités, et des acteurs présents dans chaque zone du Mexique. Un groupe de participants internationaux fut également en séance de travail, parallèlement a ces réunions afin de déterminer quelles nouvelles formes d’action et de soutien étaient envisageables sur les différents thèmes et dans l’accompagnement de l action de « Las Abejas ». Toutes les activités de cette journée se déroulèrent en présence de monseigneur samuel Ruiz, évêque de San-Cristobal de Las Casas et théoricien de la théologie de la libération. Auteur en 1975 d’un livre intitulé « théologie biblique de la libération » qui présente Jésus comme un prophète révolutionnaire, et artisan infatigable du processus d’auto organisation des communautés Mayas.

L’assemblée plénière établit ensuite les accords des rencontres, qui en premier lieu prévoient le renforcement du partage d’informations et d une manière générale la communication entre les diverses organisations et associations civiles du pays conçues comme un lien de première nécessité entre le cadre légal et son exercice réel. De plus, il est également question de parvenir à un accord de principe sur l’action politique des organisations afin de leur offrir une réelle capacité d’intervention politique au niveau national. La préoccupation principale reste donc de construire une unité réelle dans le travail de « recherche de la paix et de la justice » qui fut plusieurs fois affirmé comme l’objectif principal de « Las Abejas ». Au niveau international, les organisations présentes se sont engagées à diffuser l’information tant dans leurs pays respectifs qu’au sein d’un réseau de diffusion à venir. Ou encore dans le cas de l’organisation « paix et diversité-Australie » à soutenir l’amélioration e l’amplification de la participation des femmes en « travaillant pour assurer la reconnaissance et le respect de leurs droits ». La participation principale de ces prochains mois s’exprimera au travers d’une campagne internationale initiée par le centre « Fray Bartolomé de Las Casas » consistant à l’envoi de courriers de toutes organisations et individu-es participant-e-s afin de réclamer le départ d’Ernesto Zedillo de l’université de Yale et la reconnaissance de son rôle dans la planification du massacre d’Acteal, de la même façon fut décidé la rédaction d’une carte envoyée cette fois à la commission inter-Américaine des droits de l’homme et réclamant la reconnaissance de la responsabilité intellectuelle de tout les planificateurs du massacre.

C’est le même dynamisme qui anime aujourd’hui « Las Abejas » dans leur recherche de justice que celui qui depuis le massacre à permis à l’organisation de développer de nombreuses initiatives économiques, sociales et de communication allant toutes dans le sens de la construction de leur autonomie. Citons par exemple la création en 1999 de la coopérative de café « Maya Vinic », en 2001 celle de la coopérative de textiles « Maya ansetik », en 2003 les débuts d’émission de radio Chanulpom et en 2005 la création d’un groupe de vidéastes tzotziles dont l’un d’eux, José Alfredo Jimenez Perez présenta durant la commémoration sa dernière production : « Acteal 10 ans d’impunité et combien de plus ? » retraçant les événements en donnant la parole aux survivants du massacre, à l’heure ou le gouvernement continue de maintenir la théorie selon laquelle il y eut bataille et non massacre, occultant les responsabilités et insultant les survivants.

Pour plus d’informations sur « Las Abejas », les initiatives de soutien et la campagne internationale : Centro de derechos humanos « Fray Bartolomé de Las Casas » www.fraybar.org.mx SIPAZ : Service internacional pour la paix www.sipaz.org E-mail : chiapas@sipaz.org Las Abejas : acteal.blogspot.com