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CPE : le mur

lundi 20 mars 2006 - Contacter l'auteur - 5 coms

de Bernard Lallement

Au-delà du succès des manifestations et de l’entêtement du gouvernement, l’heure est au bilan, sans concession ni complaisance, pour nombre de nos responsables de tout bord.

Entre deux législatures, de 1997 à 2002, l’âge de nos députés a augmenté. Il est, en moyenne, de 57 ans, au lieu de 52 précédemment. Sur un effectif de 577, seuls 107 ont moins de 50 ans. Au Sénat, l’âge moyen se situe aux alentours de 61 ans et, seulement, 33 sénateurs, sur 331, n’ont pas atteint la cinquantaine.

C’est dire combien notre classe politique est vieillissante et il y avait une consternation pathétique à voir, en 2004, Christian Poncelet briguer une seconde présidence de la Haute assemblée à 76 ans ou Michel Rocard trépigner des pieds devant ses camarades socialistes qui souhaitaient ne pas le représenter au Parlement européen en raison de son âge, 74 ans, celui qu’a, aujourd’hui, notre président de la République.

Depuis le 8 mai 1967, date où il fut nommé secrétaire d’Etat à l’Emploi dans le gouvernement de Georges Pompidou, Jacques Chirac n’a cessé de vivre dans nos palais nationaux, aux frais de la République.

Si l’on s’intéresse à la carrière de nos gouvernants, caractérisée par le cumul des fonctions, force est de constater que la politique est leur activité quasi exclusive dont ils tirent la majorité de leur revenu.
Ils sont, pour la plupart, issus de la fonction publique et, avec leurs principaux collaborateurs, sont, pour une grande partie, ces énarques que François Mitterrand définissait comme « conformistes, incapables d’écrire en français, coupés du peuple, réactionnaires. » Aussi ceux qui sont passés par l’ENA, dont le recrutement est loin d’être représentatif du pays, en ont-il gardé des réseaux de connivence, voire des amitiés, (Rocard était dans la même promotion que Chirac, de même que Villepin et Ségolène Royal) et une prédilection pour les analyses macro-économiques.

L’étroite implication entre l’Etat, bien que libéral, et l’économie a vu des passerelles s’établir entre public et privé, ministères et entreprises. Au fil des temps, et à défaut d’un contre-pouvoir populaire efficient, nous avons assisté à la naissance d’une véritable caste évoluant dans le champ clos d’une technostructure.

L’argent n’a pas d’idées

C’est dire combien l’idéologie présidant au choix des stratégies de pouvoir est très éloignée des réalités de la vie quotidienne, car fortement imprégnée d’une croyance immodérée en l’Economique et de la fatalité d’une politique de mondialisation. John Galbraith avait, pourtant, démontré que celle-ci est un mythe inventé par les Etats-Unis pour asseoir leur hégémonie sur le monde.

Cela donne, pour notre pays, une dette publique correspondant à 66,4 % du PIB (elle était inférieure à 20 % en 1980), une croissance dépressive, une explosion des banlieues, une société minée par le communautarisme et l’intolérance, une paupérisation de nos concitoyens les plus pauvres, un système de santé en pleine déconfiture, celui des retraites non encore financé. Sans parler d’une justice en faillite et d’une école en déroute.

Mais il est des éléments hautement positifs. Jamais les entreprises du CAC 40 n’ont été aussi florissantes. De 37 milliards de bénéfices cumulés en 2003, elles en ont réalisé 84,5 milliards en 2005. Un record ! Les salaires de leurs présidents ont atteint des sommets et les plans sociaux se sont multipliés. Les Rmistes, quant à eux, ont augmentés de 5,2 % en un an.

Voici l’héritage que les jeunes générations devront assumer.

Certainement dans le but louable de les associer à leur impéritie ou, dans une parfaite perversité, pour s’assurer de leur incapacité à y faire face, nos dirigeants se sont ingéniés à les maintenir dans un parfait état de précarité, entretenant le chômage, à un taux record, chez les moins de 25 ans. « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? », telle est la philosophie du patronat exprimée par Laurence Parisot à laquelle chacun est prié de souscrire.

De cette effroyable logique le CPE est le symbole.

Contrairement à mai 68, la jeunesse entend moins conquérir sa liberté qu’exprimer son angoisse devant l’avenir et réclamer, aussi, pour elle une place au soleil. Le succès économique de quelques uns ne saurait être payé de l’injustice sociale pour le plus grand nombre.

C’est l’ensemble de notre conception du « vivre ensemble » qu’il faut réinventer. Il est indispensable d’opérer un changement radical. Celui-ci passe, nécessairement, par une mise au rancart de cette vieille garde incapable d’esprit critique.

Les aménagements qu’elle nous propose ne sont que des pis-aller, des leurres dont la principale qualité est de ne pas changer l’ordre des choses et de maintenir les privilèges en place. « L’argent n’a pas d’idées » disait Sartre.

Ce n’est pas de réformes dont nous avons besoin, mais d’une révolution. Et pour transformer le monde, il faut, d’abord, changer les hommes.

Billet paru dans le blog "SARTRE" de Bernard Lallement

- http://sartre.blogspirit.com

Mots clés : Bernard Lallement / Dazibao / Economie-budget / Emploi-chômage / Gouvernements / Manifs-actions /

Messages

  • Nous avons les élus que nous méritons.
    Les jeunes s’abstiennent, les vieux votent.

    L’Insee souligne que,si entre 2002 et 2004
    la participation aux élections a chuté fortement pour toutes
    les générations, la baisse "a été beaucoup plus marquée
    chez les jeunes adultes" :
    moins 20 points chez les personnes nées entre 1974 et 1983.
    En 2004, la participation moyenne des 20-29 ans (40 %) est plus
    faible que celle des 18-19 ans (52 %). Elle augmente ensuite
    continûment pour atteindre 69 % chez les 60-69 ans,
    avant de baisser rapidement ensuite.

    http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-392729,0.html

    Aux dernières élections européennes du 13 juin 2004, 78% des 18-20 ans
    et 75% des ouvriers n’ont pas voté.
    60% des cadres n’ont pas eu besoin qu’on leur dise de se déplacer
    pour aller voter.
    La composition du parlement européen est le résultat direct
    de cette abstention.

    En votant les 9 et 16 juin 2002 pour une majorité de droite ou en t’abstenant,
    tu as voté pour :

    - Le démantèlement progressif de la retraite par répartition. Tu l’as obtenu.
    - Le démantèlement progressif de la Sécurité sociale. Tu l’as obtenu.
    - L’instauration d’un sous-RMI (RMA). Tu l’as obtenue.
    - La suppression des emplois-jeunes. Tu l’as obtenue.
    - L’augmentation de la radiation des chômeurs. Tu l’as obtenue.
    - La généralisation des embauches à durée déterminée. Tu l’as obtenue.
    - La réduction des indemnités de chômage. Tu l’as obtenue.
    - Le chantage à l’emploi. Tu l’as obtenu.
    - La répression syndicale. Tu l’as obtenue.
    - La remise en cause des 35 heures. Tu l’as obtenue.
    - La criminalisation de la petite délinquance et des actions militantes. Tu l’as obtenue.
    - L’aggravation du système sécuritaire. Tu l’as obtenue.
    - La réduction des impôts des plus riches. Tu l’as obtenue.
    - L’assouplissement de la loi littoral. Tu l’as obtenu.
    - Le vote du CNE, tu l’as obtenu
    - Le vote du CPE, tu l’as obtenu
    - La remise en cause du code du travail
    Tu vasbientôt l’obtenir…

    • 2002, 2003, 2004... Mais c’est de l’histoire ancienne, mon vieux ! Pourquoi ne parles-tu pas de mai 2005 où la participation au référendum sur feu la Constitution européenne a atteint des sommets ?

      Allez, arrêtons de regarder derrière, on va finir par s’emplafonner un poteau ! Nous sommes en 2006, ça bouge, alors bougeons-nous et arrêtons de pleurnicher sur les vieilles lunes.

      Le Y.

    • Et toi, en votant, tu as élu qui et pour quel résultat ? Quand il y a une main-mise des oligarchies libérales (de droite et de gauche) sur la représentation parlementaire (parlement et sénat), ce n’est pas en votant pour les mêmes depuis des années (à droite comme à gauche), qui mènent la même politique libérale, qu’on va changer les choses !!!
      Elections piège à cons !!!!
      Faure Engel.

    • Bonsoir

      En dehors du combat contre le CPE, il faut s’inscrire massivement sur les listes électorales, et accomplir son devoir de citoyens en 2007. Ce que je dis semble banal, mais lors de distributions de tracts sur les marchés, j’ai souvent eu des réflexions du style : " la politique ne m’intéresse pas"
      Et en dehors des votes, il faut s’engager en tant que citoyens dans les suyndicats, les associations de citoyens. S’il y avait 50% de syndiqués dans les entreprises au lieu de 10%, ils seraient moins forts pour imposer leurs mesures de régression sociale. On voit clairement que la faiblesse syndicale joue contre le mouvement anti CPE.

      Cordialement à tous

      André

  • Mardi 21/03 - 18h20 - "Paris Plusieurs dizaines d’universités sont toujours perturbées par le mouvement anti-CPE : sur 84 universités, 56 sont touchées (15 bloquées et 41 perturbées) selon le ministère de l’Education nationale, 68 selon l’Unef." (Nouvel observateur permanent).

    De l’aveu même du Ministère de l’Education Nationale, le mouvement étudiant est donc en train de s’amplifier. Ajoutons l’entrée dans la danse, elle aussi de plus en plus massive, des lycéens, avec en plus les désordres causées dans les banlieues par les jeunes "désoeuvrés " (En Ile de France particulièrement), le gouvernement "sarkozo-villepiniste" (une expressiont très moche pour une chose qui l’est tout autant) a franchement du souci à se faire. L’on pouvait être sceptique encore hier ou avant-hier sur les risques d’enlisement ou d’effritement du mouvement, mais aujourd’hui il est quasi sûr que cela "tiendra" au moins jusqu’aux prochaînes vacances scolaires. Autant dire que d’ici là tout est possible, et la victoire apparaît au bout du chemin.

    "Ce n’est qu’un début..."

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