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Censure : un documentaire, initialement déprogrammé, va être diffusé par France5

samedi 31 janvier 2004

Un documentaire sur un procès, initialement
déprogrammé, va être diffusé par France 5

Le ministère de la justice avait obtenu son retrait.
Au cours des prochaines semaines, France 5 devrait
diffuserL’Appel aux assises, de Joëlle et Michèle
Loncol. Présenté lors de la conférence de presse de
rentrée de France Télévisions, ce documentaire
décrivant le fonctionnement de la justice française
avait été programmé initialement le 28 septembre 2003,
avant que la chaîne ne décide de le retirer
brusquement.

Cette mesure avait été prise après que les dirigeants
de France 5 ont reçu un courrier du ministère de la
justice les avertissant que ce documentaire, "en
l’état de son montage", n’avait pas reçu l’aval de son
service de communication et contrevenait à l’article
38 de la loi 1881, interdisant d’enregistrer les
débats judiciaires, exception faite des procès
historiques. Cette décision avait d’autant plus
surpris les sœurs Loncol et leur producteur, Jacques
Kirsner (JEM Productions), que le ministère de la
justice avait donné une subvention de 30 000 euros
pour la réalisation du film, et donné toutes les
autorisations nécessaires à ses protagonistes pour
qu’ils s’expriment.

"Au début, j’ai cru à un cafouillage ministériel.
C’était aussi l’avis de notre avocat", raconte Joëlle
Loncol. L’Appel aux assisessuit le second procès d’un
homme de 40 ans, Xavier, condamné en première instance
à dix ans de réclusion pour la tentative d’assassinat
de son meilleur ami, surpris dans les bras de sa
femme. Profitant de la loi votée le 15 juin 2000,
autorisant l’appel d’un jugement d’assises, le détenu
a été rejugé en avril 2003 par la cour de l’Isère. Il
s’agit d’un film exemplaire sur une justice
exemplaire, "une belle leçon de pédagogie civique",
selon Jean-Marie Drot, responsable de la politique
culturelle de la Société civile des auteurs
multimédias (SCAM).

Pour justifier son refus de passage à l’antenne, le
ministère de la justice a mis en avant une distorsion
entre le synopsis, qui prévoyait plus d’interventions
hors procès, et le documentaire final. "Les
témoignages hors débats restent résiduels, ainsi que
la part d’analyse", assure la responsable de la
communication du ministère dans une lettre. Autant de
raisons qui ne seraient plus avancées, aujourd’hui,
par la chancellerie. Le film devrait être diffusé tel
quel, grâce à un accord tacite de cette dernière.

"VOCATION PÉDAGOGIQUE"

La mobilisation de la profession et d’associations
telles que La Ligue des droits de l’homme envers ce
qui était considéré comme "une mesure liberticide" a
probablement été décisive dans ce revirement. Le
bouche-à-oreille a fait le reste, stimulé par
plusieurs projections publiques. Le mercredi 28
janvier, le ministère de la justice a donc fait part
de la volonté du garde des sceaux d’"engager une
réflexion sur la législation encadrant
l’enregistrement et la diffusion de débats judiciaires
(...)", tout en signalant la création, en septembre
2003, d’un groupe de travail sur le sujet. Ce dernier
préconise d’autoriser "les seuls documentaires à
vocation pédagogique, sous réserve du respect de
certaines conditions". France 5 s’est saisi de ce
point pour décider de remettre à l’antenne L’Appel aux
assises.

S’il se félicite de la reprogrammation, Jacques
Kirsner ne décolère pas : "C’est une lamentable
tartufferie !" Et d’ajouter : "Le garde des sceaux
interdit par écrit ; il autorise par téléphone. C’est
médiocre."

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3236,36-351147,0.html

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